Les Avant-Gardes

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    Métro : accès à la station Abbesses

    Guimard, Hector

    Nom

    1899-1913

    Style

    L’entrée de la station de métro Abbesses, (Paris, 18e arrondissement), essentiellement composée de fonte de fer et de verre, est un des quatre-vingt-six accès subsistant sur les cent-quarante-et-un conçus et réalisés par Hector Guimard entre 1899 et 1913 pour la Compagnie générale du Métro de Paris.

    Elle se présente comme un édicule en fonte de fer érigé sur un soubassement en pierre et recouvert d’une marquise de verre destinée à protéger des intempéries l’escalier permettant l’accès au métro. Elle relève du premier type d’édicule dessiné par Guimard (le modèle A), moins complexe que le second type recouvert d’une verrière à double pente inversée (le modèle B). Les deux types d’édicule pouvaient être soit ouverts (cf. illustration) ou fermés. Dans ce dernier cas, plus rarement conservé (cf. entrée de la station Porte Dauphine), des panneaux de lave émaillée constituaient le parement vertical de l’édicule.

    L’emploi de la fonte de fer et du verre répondaient avant tout à des contraintes d’ordre économique. Moins coûteuse que l’appareillage en pierre, la technique de la fonte de fer permettait la construction à partir d’éléments préfabriqués. À partir des deux modèles-types dessinés par Guimard, une multiplicité de variantes furent réalisées. Objet d’expérimentation depuis la fin du XVIIIe siècle, la construction en fer avait connu un essor ininterrompu depuis le milieu des années 1850. La première exposition universelle de Londres en 1851 avait vu consacrer avec le Crystal Palace de l’ingénieur Joseph Paxton l’utilisation de ce matériau associé au verre dans toute sa nudité.

    Une cinquantaine d’années plus tard, Guimard tire parti de la plasticité du matériau pour créer un subtil jeu de lignes décoratives inspiré de la nature. Les piliers qui soutiennent la verrière de la station Abbesses et la balustrade placée autour de celle-ci évoquent des formes végétales. La forme arrondie de la verrière, en particulier celle de l’auvent, rappelle les ailes d’une libellule. Ce répertoire décoratif s’inscrit dans le style de l’Art Nouveau qui s’épanouit à cette époque. Hector Guimard a en effet retenu la leçon de Victor Horta, architecte belge précurseur de ce style, dont il a vu à Bruxelles en 1895 les premières œuvres. De l’Hôtel Tassel, œuvre fondatrice de l’Art Nouveau, Guimard reprend le répertoire décoratif de « la tige dont on aurait jeté la feuille ». Il l’applique tout d’abord à la construction de l’immeuble de rapport du Castel Béranger dont il assure toute la réalisation depuis le gros œuvre jusqu’à la décoration de chaque appartement.

    La fonte de fer lui permet par ailleurs de créer un décor qui se confond avec la structure de la station de métro. Le travail de modénature est constitutif même des piliers ; les éléments préfabriqués s’emboîtent sans que leur jonction soit dissimulée par l’ajout d’un décor. En cela, comme Victor Horta ou Henry Van de Velde, autre créateur essentiel de l’Art Nouveau, Guimard est marqué par la leçon d’Eugène-Emmanuel Viollet-le-Duc (1814-1879) transmise dans ses Entretiens sur l’architecture (1863-1872). Le grand restaurateur de monuments historiques et théoricien, professeur à l’École des Beaux-Arts à Paris, prônait en effet la vérité des matériaux et l’honnêteté de la construction.

    Alors qu’il n’était pas inscrit au concours organisé en août 1899 par la Compagnie du métropolitain de Paris, Guimard fut choisi en décembre de la même année par l’autorité du président du conseil d’administration de la Compagnie, Adrien Bénard. Amateur d’Art Nouveau, ce dernier qui, avait fait décorer sa villa de Champrosay (Essonne) par Alexandre Charpentier, apprécia sans doute en Guimard les qualités de l’architecte et du maître d’œuvre qui pourrait donner tout son éclat au métro parisien dans de très brefs délais. Guimard eut à peine deux mois pour dessiner les deux modèles d’édicule et six mois pour réaliser les accès de la première ligne souterraine du métro (Maillot-Vincennes) inaugurée en juillet 1900. L’année de l’Exposition Universelle, il fallait que Paris, ville moderne, (« tentaculaire » pour reprendre le terme du poète Émile Verhaeren), démontre qu’elle avait rattrapé son retard sur Londres, New York ou encore Vienne, déjà équipées d’un réseau de métropolitain.

    La réception par le public parisien fut extrêmement contrastée. De nombreuses critiques s’abattirent sur ce style dit « nouille » par ses détracteurs. La typographie du panneau indiquant l’entrée du « Métropolitain » fut jugée illisible voire nuisible à la qualité de l’écriture des écoliers. Les balustrades et lampadaires aux extrémités supérieures de l’entrée du métro furent décriés, perfidement comparés à des « fragments de squelette d’ichtyosaure ». Aussi le projet pour la station Opéra lui fut refusé en 1902 au profit de la maquette plus sage de l’architecte vainqueur du Grand prix de Rome Cassien-Bernard. Boudé du grand public, Guimard continua à construire pour la grande bourgeoisie des hôtels particuliers dont il conçoit le mobilier. La construction de ses édicules se poursuit néanmoins jusqu’en 1913 au fur et à mesure de l’extension du réseau de métropolitain parisien. Longtemps méprisés, ces accès ont été finalement classés monuments historiques au cours des années 1970 et font maintenant partie du répertoire collectif des images de la capitale.

    HG

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