Les Avant-Gardes

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    Portrait de Paul Gauguin

    Redon, Odilon

    Nom

    Vers 1903-1906

    Style

    Le portrait de l’artiste Paul Gauguin réalisé par Odilon Redon et conservé au Musée d’Orsay à Paris, dit aussi « le profil noir », figure le modèle de profil, le visage tourné vers la droite, dans des tons sombres qui ne permettent pas une vision immédiate des détails. La masse des cheveux, l’œil ouvert, les sourcils et les lèvres n’apparaissent ainsi qu’après la silhouette de la tête, présentée sans cou avec un nez légèrement busqué.
    S’il rappelle la formule du profil héroïque propre à la célébration des grands hommes, le portrait s’en détache toutefois par les éléments qui entourent le visage et qui lui donnent une valeur avant tout poétique et spirituelle. La tête sombre est en effet entourée de différents halos colorés, s’interpénétrant parfois les uns les autres, ponctués de fleurs qui créent des notes lumineuses. Traitées avec un grand soin, ces dernières semblent entretenir un véritable dialogue avec la figure de Gauguin.

    Réalisé après la mort de ce dernier, probablement entre 1903 et 1906, l’œuvre témoigne de l’intérêt de Redon envers le portrait, qu’il perçoit toujours comme l’image intérieure de l’homme, ainsi que de son vœu, sensible dans des nombreuses réalisations, de former une galerie de ses proches. De nombreux artistes comptant parmi ses amis, notamment du groupe des Nabis, furent ainsi représentés de profil dans des séries de fusain – le profil permettant aux yeux de Redon un rendu plus fidèle de l’essence de l’homme qu’une image de face.

    Le portrait de Gauguin s’inscrit dans les recherches de Redon sur la couleur, qu’il travaille depuis les années 1890 après avoir essentiellement utilisé le noir et blanc, selon un choix radical qui lui permettait de se détacher de la représentation réaliste. Perpétuant ce désir par un autre moyen, les couleurs employées dans le portrait contribuent largement à lui conférer son impression d’irréalité ; cherchant à évoquer une émotion plutôt qu’à décrire de manière naturaliste, elles créent une atmosphère qui renvoie directement aux domaines du souvenir éloigné et du rêve, rappelant au spectateur le goût de Gauguin pour les voyages et sa recherche des Paradis perdus, dans les îles Marquises notamment.
    En associant à l’huile différents matériaux parmi lesquels des pigments métalliques, Odilon Redon explore des effets qui permettent d’accentuer l’impression d’irréel qui se dégage de la toile ; au-dessus de la tête de Gauguin se dessine ainsi, à l’intérieur d’un halo doré, une masse orange dont la couleur et les ramifications rappellent celles du corail. Les différents assemblages des couleurs conduisent à une harmonie qui rappelle celle créée par des notes de musique ; le tableau peut ainsi être ressenti comme une symphonie visuelle.
    En refusant la description naturaliste et en recherchant une expression personnelle, profondément imaginative, Odilon Redon donne à son portrait une importante puissance évocatrice ; l’image de Gauguin, restituée par l’artiste, s’offre comme un secret ou un mystère révélé dans sa plénitude.

    Représentation, d’une personnalité particulière, marqué la sensibilité de Redon, le portrait de Gauguin est aussi un hommage à un homme, témoignant de l’admiration éprouvée à son égard. Rencontré dans les années 1880, Gauguin devient un ami de Redon et représente à ses yeux la lutte héroïque des artistes avant-gardistes proches du courant symboliste pour un art sensible à la poésie des formes comme à leur valeur décorative. L’admiration de Redon envers les céramiques de Gauguin – qu’il comparait à des fleurs nées de la terre –, comme celle qu’il éprouvait envers sa capacité à quitter toutes attaches, transparaissent dans le portrait, où Gauguin est environné d’une flore poétique intimement liée à son être et avec laquelle s’instaurent de véritables rapports.
    Symbolisant Gauguin en restituant l’aura dont il bénéficiait comme modèle de « vie artiste », le portrait témoigne de la nostalgie de Redon envers son idéal et peut probablement être rapproché d’une lettre que Gauguin lui écrivit. Reprenant à son compte une phrase du compositeur Richard Wagner, il déclarait en effet : « Je crois que les disciples du grand art seront glorifiés et enveloppés d’un céleste tissu de rayons, de parfums, d’accords mélodieux, ils retourneront se perdre pour l’éternité au sein de la divine source de toute harmonie » ; cette croyance et ce souhait sont d’une certaine manière réalisés par Odilon Redon dans son portrait, offert à un absent.

    PC

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