Les Avant-Gardes

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    Le Cheval majeur

    Duchamp-Villon, Raymond

    Nom

    1914 (plâtre) ; 1976 (fonte)

    Style

    Au moment de sa mort, à la suite d’une maladie, peu avant l'Armistice en 1918, Raymond Duchamp-Villon projetait d'agrandir l'original en plâtre de son Cheval, aujourd'hui conservé au musée de Grenoble et considéré comme l'une des œuvres essentielles pour le développement de la sculpture d'avant-garde dans la première moitié du XXe siècle.
    Suivant le vœu de Raymond, deux de ses frères – figures de l'art des avant-gardes européennes – réalisèrent deux agrandissements successifs du plâtre de 1914 afin de couler en bronze des épreuves : le premier réalisé par son aîné Jacques Villon en 1930-1931, le second par son cadet Marcel Duchamp en 1966. C'est de cette dernière mise en œuvre que proviennent les huit exemplaires dits du Cheval majeur, dont celui dédicacé et conservé au Centre Pompidou à Paris.

    Ce bronze imposant – un mètre cinquante de haut – est l'aboutissement d'un processus trouve sa source dans la figure d'un joueur de polo. Les nombreux croquis et dessins réalisés sur ce thème furent graduellement et systématiquement simplifiés. Ces recherches aboutirent peu à peu à l'éviction de la thématique du cavalier – si chère aux artistes de l'avant-garde (cf. Der Blaue Reiter, le « Cavalier bleu », mouvement initié à Munich par Wassily Kandinsky – pour se concentrer exclusivement sur le motif de la monture.
    Dans l'œuvre de Duchamp-Villon, le cheval n'est pas représenté de façon naturaliste. Comme s'il eût été réalisé par l'emboîtement de triangles inversés, adoucis par des formes courbes et légèrement chantournées, le motif présente un équidé totalement stylisé, ramassé dans une torsion verticale transmettant une forte impression de dynamisme. Contrairement aux sculptures cubistes de l'époque, qui fragmentent l’espace et les volumes, la sculpture du Cheval majeur est marquée par le souci de préserver l’intégrité des masses : on peut promener son regard tout autour de l'œuvre sans qu'il ne rencontre ni obstacle ni discontinuité.
    Des formes issues du monde mécanique – pistons, courroies et bielles – se sont substituées aux membres naturels de l'animal, accentuant l'idée d'une énergie prête à être convertie en énergie cinétique. C'est à une véritable fusion du cheval et de la machine, amplifiée par le poli noir du bronze, que l'on assiste ; la simplification des formes, l'opposition créée par l'imposant et brutal contraste entre la courbe naturaliste de l'échine et les lignes de force du corps mécanisé parachèvent cette mise à nu de la nature par l'industrie.

    Très tôt fasciné par l'esthétique industrielle, admirée pour la première fois dans la Galerie des Machines construite lors de l'Exposition universelle de 1889, Duchamp-Villon s'attacha tout au long de sa brève carrière à intégrer la sculpture dans le cadre de la vie moderne. À cette fin, il s'empara des thématiques cubistes et futuristes jusqu’alors principalement explorées dans la peinture. Il est à ce titre important de noter qu'il fut un acteur majeur au croisement de ces deux mouvements, synthétisant leurs recherches respectives.
    De la thématique cubiste ressortent les réflexions sur l'agencement des volumes dans l'espace ; de la thématique futuriste les questions relatives à la représentation et l'expression du dynamisme et de la vitesse, si chère au chantre du mouvement Filippo Tomaso Marinetti. Dans l'œuvre du poète italien, la figure du cheval se constituait d'ailleurs comme un des symboles de l'énergie. Duchamp-Villon, qui connaissait ces écrits, s'empara du sujet, pour en donner une interprétation singulière. Un autre futuriste, Umberto Boccioni, traita lui aussi en sculpture ce thème, symbole de modernité – n'appelle-t-on pas alors le train « cheval vapeur », épithète souvent prêtée au Cheval majeur ? – peut être après avoir vu l'original en plâtre de Duchamp-Villon.

    Très tôt engagé auprès des cubistes par ses articles militants dans les revues Gil Blas et Montjoie!, ce dernier fut avec son frère aîné l'un des initiateurs principaux des conversations du dit « cercle de Puteaux » auquel participaient des personnalités artistiques et littéraires telles Frantisek Kupka, Fernand Léger, Albert Gleizes ou encore Guillaume Apollinaire. Leurs discussions dominicales s'emparaient avant tout des questions modernes relatives à la science et aux arts et des rapports que les deux domaines devaient entretenir, avec en toile de fond la conciliation plastique des préoccupations cubistes et futuristes.
    La stylisation extrême, l'agencement des volumes et l'expression de dynamisme qui ressortent du Cheval majeur en font une synthèse très avancée de ces mouvements, équivalent dans la sculpture à Udnie, chef d'œuvre pictural de Picabia créé un an plus tôt.
    « Hiéroglyphe de l'âge industriel », le Cheval majeur paraît ainsi comme une œuvre déterminante avant la Grande Guerre. Ce « projectile », qualificatif prémonitoire proposé par Matisse lors d'une visite au sculpteur, matérialise ainsi cette pensée de Duchamp-Villon : « Comprimer une idée c'est ajouter à sa force ».

    BB

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