Le Gothique

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    La quarte estampie royal

    Nom

    XIIIe siècle

    Style

    La danse est très certainement un divertissement universel et le Moyen Âge a, de toute évidence, dansé en tous lieux et toutes occasions. Nous ne sommes pourtant pas très renseignés sur ces pratiques qui furent récréatives, populaires, aristocratiques et parfois sacrées. Souvent décriée comme gesticulation porteuse de désordre, la danse peut, à l’inverse, être une manifestation de l’harmonie du corps et de la maîtrise raisonnable des mouvements. La rareté des traces musicales qui nous parvient dans les manuscrits ne doit pas minimiser l’importance de cette activité sociale. Si l’essentiel de la musique qui a traversé les siècles grâce au travail des copistes est en effet vocal, il arrive toutefois que des genres vocaux présentent des liens avec la danse : on pense aux rondeaux, aux virelais ou encore aux caroles, dont les noms indiquent probablement une gestuelle et des déplacements circulaires. Les enluminures représentent d’ailleurs parfois des danseurs se tenant par la main comme pour former une ronde.
    Le Chansonnier du Roi (Paris, BnF, fr. 844) est un manuscrit principalement consacré aux chansons courtoises des trouvères. Cependant, ses folios renferment la plus ancienne collection de danses instrumentales : les huit estampies royales. Ces huit mélodies nous parviennent sans indication d’instruments ni informations chorégraphiques. Seuls figurent les lignes mélodiques et les titres. Ces danses ont été composées au XIIIe siècle mais leur ajout à ce manuscrit semble plus tardif. Le fait même de coucher ces mélodies sur le parchemin n’ayant rien d’évident, cette collection revêt un caractère exceptionnel. Inventées et jouées par les musiciens professionnels que sont les ménestrels, ces estampies semblent parfaitement correspondre aux exigences d’une pratique de mémoire, laissant la porte ouverte à l’imprévu et à l’improvisation. La tradition orale qui a façonné ces mélodies s’est, la plupart du temps, passée de l’écrit. Heureusement pour nous, il s’est trouvé quelques copistes désireux de conserver ce répertoire instrumental, dont il ne nous parvient que très peu d’autres témoignages.
    Toutes les estampies empruntent une forme musicale identique, apparemment complexe pour qui n’a pas l’habitude de la pratiquer. Elle s’apparente à une double structure couplet-refrain. Chacune de ces parties est une courte phrase mélodique assez simple. Le refrain présente alternativement deux versions mélodiques dont seule la fin est différente, l’une se terminant par une cadence suspensive (ouverte) et l’autre conclusive (close, mouvement descendant). Les couplets (puncti) sont joués deux fois à l’identique, entrecoupés du refrain avec ses cadences variées. La structure peut se résumer ainsi :
    Couplet 1 refrain ouvert Couplet 1 refrain fermé Couplet 2 refrain ouvert Couplet 2 refrain fermé etc.
    La quarte estampie royal se compose de sept puncti différents, mais l’on peut imaginer que les ménestrels étaient capables d’improviser à leur guise d’autres couplets, de manière à faire durer la danse autant que nécessaire. De même, la simplicité mélodique de cette danse telle qu’elle apparaît dans le manuscrit est un espace de liberté pour l’instrumentiste qui dispose probablement d’un grand nombre de techniques d’ornementation et d’enrichissement.
    On ignore avec quels instruments les estampies étaient jouées. Les enluminures représentant des groupes de musiciens sont nombreuses et laissent envisager de multiples possibilités quant au timbre et au nombre. Les sources ne donnent pas non plus d’indication sur la manière dont les estampies étaient chorégraphiées. Tout au plus, on peut déduire de l’étymologie du latin stampare, qu’il y est question de frapper du pied ou de rester les pieds au sol, à la manière des basses danses de la Renaissance. L’origine aristocratique de cette danse est indiquée par le manuscrit qui désigne par l’adjectif royal chacune des huit estampies de la collection. Au même titre que les chansons et les romans, ces danses participent donc de l’art courtois et sont un lointain témoignage des divertissements raffinés appréciés dans l’entourage des seigneurs.

    AZR

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