Le Gothique

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    La Mort de la Vierge

    Schongauer, Martin

    Nom

    Fin du XVe siècle

    Style

    La Mort de la Vierge est une estampe obtenue à partir d’une gravure au burin sur plaque de cuivre, réalisée par Martin Schongauer – dont le monogramme, composé des initiales de ses prénom et nom reliées par une croix se terminant en une boucle, se trouve en bas au centre de l’image –, probablement entre 1470 et 1475.
    La scène représentée témoigne de l’usage religieux de l’art de la gravure, susceptible de se substituer aux luxueuses miniatures qui accompagnent les livres de prière et d’offrir à moindre coût un support figuré à la dévotion. L’image représente la mort de la Vierge Marie, thème issu de la tradition byzantine et repris par les artistes occidentaux au XVe siècle, figurant la mère du Christ dans son lit, entourée des douze apôtres, venus des quatre coins du monde assister à sa mort. Jean remet à Marie un cierge allumé, sensé prolonger sa vie, tandis qu’un apôtre apporte de l’eau bénite et que deux autres lisent des prières. La scène se fait ainsi un modèle de l’art du bien mourir, l’ars moriendi, mis en valeur au moyen âge et dont la mort de la Vierge, par le calme et la sérénité qui la caractérisent et signalent sa foi en la vie éternelle, fournit un exemple éloquent.
    Le décor de la chambre évoque les intérieurs bourgeois du XVe siècle, avec de nombreux détails pittoresques et réalistes ; au pied du lit prend place un candélabre portant un cierge, dont la base est ornée de lions tenant des proies entre leurs pattes, ainsi que de femmes et d’enfants écoutant un homme jouer du luth. Ces différents éléments symbolisent le monde terrestre des sens et de la sauvagerie, opposé à la lumière du cierge qui, en partie haute, rappelle celle de l’esprit.

    Par son style comme par sa composition, par son souci d’harmonie générale et de perfection dans le détail, la gravure évoque l’influence de la peinture flamande de Rogier van der Weyden, Dirk Bouts et Hugo van der Goes ; elle témoigne des voyages qui ont nourris Martin Schongauer. Né vers 1450 dans famille d’orfèvres, celui-ci étudie en effet à Leipzig avant de visiter les Flandres, l’Allemagne et la Bourgogne puis de rejoindre son père dans la ville de Colmar, où il exerce les professions de peintre et de graveur et acquiert une réputation exceptionnelle qui le fait connaître et apprécier jusqu’en Espagne.
    La gravure témoigne de la virtuosité de Martin Schongauer dans le maniement du burin, sans doute due à sa proximité avec les orfèvres, qui utilisent le même outil pour le travail des métaux. Les sillons tracés avec une grande sûreté dans le cuivre permettent de traiter avec minutie les éléments décoratifs comme le chandelier du premier plan, tout en déployant une composition solidement définie par le tracé des contours de larges masses. Une forte monumentalité est ainsi alliée à un grand raffinement des formes, permettant l’obtention d’une image dense et complexe, où les effets du burin sont variés selon les textures qu’il doit figurer. Le lit, disposé de biais, creuse l’espace de la chambre et permet d’y ordonner les nombreux personnages sans que ceux-ci soient noyés par la profusion des détails.

    Due à sa virtuosité technique comme à la sobriété qui se dégage de ses compositions, la gloire de Martin Schongauer est largement liée à ses gravures qui ont permis la diffusion rapide de ses œuvres dans toute l’Europe. Imitées dès le XVe siècle – la première copie de La Mort de la Vierge est effectuée en 1481 –, ces gravures ont permis le rayonnement de son style et de sa personnalité, cela bien après sa mort. Albrecht Dürer, Michel-Ange et Rembrandt, aux XVIe et XVIIe siècles, collectionnèrent notamment ses estampes et s’en inspirèrent pour leurs propres travaux.

    PC

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