Les Avant-Gardes

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    Poupées dada

    Höch, Hannah

    Nom

    1916-1918

    Style

    Les Poupées dada réalisées par Hannah Höch entre 1916 et 1918, dont deux ont été présentées lors de la Première foire internationale Dada à Berlin en 1920, constituent des œuvres d’un genre inhabituel, faites de matériaux souples et colorés qui rappellent ceux avec lesquels sont confectionnées les marionnettes. Hautes de 60 centimètres, les poupées sont réalisées en tissu, laine, ficelles et perles ; leurs cheveux hirsutes sont figurés par des brins de laine, leurs yeux gigantesques évoquent ceux d’un insecte et leur taille de guêpe est soulignée par un costume de danse. L’ensemble des éléments, leur découpage et leur assemblage, aboutit à figure souple, prêtant à rire et ressemblant à une parodie d’œuvre d’art, se rapprochant des produits de l’artisanat ou des décors de théâtre.
    Témoignant du désir d’Hannah Höch de bannir les hiérarchies traditionnelles entre les pratiques artistiques, grâce à une activité se situant à la lisière entre les différents arts, les poupées qu’elle réalise en même temps qu’elle travaille à des aquarelles ou à des photomontages – domaine dans lequel elle fait figure de pionnière – se réfèrent bien plus aux arts populaires qu’à la tradition académique et témoignent de la volonté d’inventer d’un nouveau canon, ironique et burlesque, où la figure féminine est transformée en une poupée de chiffon.

    Clairement féminines dans la schématisation grossière de leurs traits – lèvres rouges, poitrine, jupe –, les poupées renvoient à l’interrogation sur le statut de la femme dans la société moderne qui parcourt l’œuvre d’Hannah Höch. La dénonciation du rôle dévolu aux femmes passe par la dérision, les poupées Dada invitant au rire et au sarcasme par leur aspect absurde et cocasse. Hannah Höch n’hésite pas à les considérer comme des allégories de sa propre condition et comme des autoportraits ironiques, qu’elle singe à son tour lors du bal costumé Dada organisé en 1921, auquel elle se présente elle-même déguisée en poupée Dada.
    Sous le rire et l’apparence de l’absurdité se profile ainsi une véritable critique sociale du culte de la femme-objet ; les poupées apparaissent comme des miroirs déformants tendus par l’artiste à la société dans laquelle elle vit, lui renvoyant une image grotesque et peu flatteuse.

    L’humour dont témoignent les poupées d’Hannah Höch inscrivent sa démarche au sein du mouvement Dada auquel elle fut très liée dès ses débuts et dans lequel elle affirma sa voie personnelle tout en participant aux diverses activités satiriques mises en œuvre à Berlin pour dénoncer les travers bourgeois de la République de Weimar. Moins violentes et plus ludiques que L’Esprit de notre temps (Tête mécanique) de son compagnon Raoul Haussman, autre exemple de caricature de l’homme nouveau, les poupées Dada brisent toutefois avec force le système esthétique conventionnel. Manipulées par leur auteur lors de danses et de représentations, elles participent à la remise en cause des valeurs et des codes admis tant au niveau esthétique que social ; invitant au jeu en caricaturant les vanités de la société moderne, elles mettent en exergue la mécanisation de la vie et la « marionnettisation » des individus qui la caractérisent.

    PC

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