Les Avant-Gardes

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    La Mise au tombeau des oiseaux et papillons

    Arp, Hans

    Nom

    Vers 1916-1917

    Style

    La mise au tombeau des oiseaux et papillons. Portrait de Tristan Tzara conservée à la Kunsthaus de Zurich est une œuvre en bois peint, découpé et assemblé à l’aide de vis ; destinée à être accrochée au mur, elle est constituée de différents éléments roses, noirs et gris, dont certains sont traversés de traînées poudreuses blanches. L’assemblage de ces morceaux de bois joue sur les différences d’épaisseur visibles à la surface ainsi que sur les saillies hors de la plaque de fond qui donne la forme générale de l’ensemble. Adoptant des contours souples, sans angles droits, les différents éléments permettent des jeux d’ombres portées, tant sur le mur qui la reçoit que sur l’œuvre elle-même.
    Réalisée vers 1916-1917, cette sculpture n’a reçu qu’en 1950 le titre qui en fait un portrait du poète Tristan Tzara. Si sa forme générale peut évoquer celle d’une tête, aucun trait n’y rappelle un visage. Et si certaines formes évoquent des ailes d’oiseaux et de papillons qui pourraient alors se rattacher à la première partie du titre, la sculpture est avant tout livrée comme un portrait abstrait, témoignant de l’amitié qui unissait deux hommes. Le titre rend en effet hommage à la personnalité du poète d’origine roumaine, fondateur de Dada à Zurich, tout en rappelant la période pendant laquelle il a été réalisé, en Suisse, où se retrouvèrent durant la Première Guerre mondiale des artistes réfractaires d’horizons divers – Hans Arp, de mère française et de père allemand, ne souhaitait naturellement pas s’engager dans le conflit.

    Par sa technique et ses matériaux, l’œuvre constitue un exemple caractéristique de la philosophie du mouvement Dada, auquel Arp et Tzara furent attachés tout au long de leur carrière. Faite de simples planches de bois, dont l’assemblage crée des reliefs, elle se rattache en effet aux conceptions des artistes réunis à Zurich qui rejetaient la copie et la description au profit de l’élémentaire et du spontané, qu’ils souhaitaient « laisser jouer en liberté ». Le genre du portrait et de la sculpture elle-même sont ainsi remis en cause dans une œuvre qui témoigne du désir de ne pas copier la nature et de produire plutôt que de reproduire, en attaquant directement le matériau, choisi parmi les éléments de la vie quotidienne. Plasticien et poète à la fois, désireux de fonder son œuvre sur la nature, perçue comme un processus de création libre et spontané plutôt que comme une série de motifs à copier, Hans Arp voulait en effet « produire comme une plante qui produit un fruit ».
    Son désir le conduit à un type nouveau d’œuvres qui contribue à sa reconnaissance en tant qu’artiste dada, créateur et inventeur transcendant les catégories habituelles en refusant le système et la conformité. Les formes qu’il invente et dont l’assemblage conduit à des objets inclassables, faits de matériaux ordinaires, constituent des œuvres qui, comme celles de sa compagne Sophie Tauber, expriment une conception de la création humaine en profonde communion avec les phénomènes de la nature.

    Comme tous les reliefs en bois de Hans Arp, le Portait de Tristan Tzara refuse la rigidité de la symétrie et de la géométrie ; les formes qui le constituent sont irrégulières et évoquent des organismes vivants. Désignées comme des « formes terrestres » par l’artiste, elles sont en effet issues d’éléments naturels, simplifiés jusqu’à devenir des aplats colorés en trois dimensions. Aboutissements des recherches personnelles d’Arp, qu’il mène parallèlement à son travail dans les autres domaines et qui le démarquent de courants plus nihilistes au sein de Dada, ces formes témoignent du désir de l’artiste de créer un nouveau langage grâce à l’abstraction. À la volonté dadaïste de faire table rase, succède ainsi une poétique de la nature, dont l’homme doit être capable d’adopter les processus de production perpétuelle.
    À la fois peintre et sculpteur, jouant sur les ruptures et les accords entre les différents éléments, Hans Arp crée ainsi un vocabulaire neuf où les formes simplifiées et réduites à leur essence semblent se mouvoir, prenant vie assemblées les unes aux autres, rappelant la croissance et la métamorphose des corps. La mise au tombeau des oiseaux et papillons. Portrait de Tristan Tzara évoque ainsi un processus de vie et de création, dont la contemplation renvoie probablement de manière plus sensible à la force attachée à la personnalité du poète que la plus fidèle des photographies.

    PC

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