Le Gothique

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    Tout par compas

    Cordier, Baude

    Nom

    Début du XVe siècle

    Style

    Musique pour l’ouïe, pour l’œil, mais aussi et surtout pour l’intellect, Tout par compas développe jusqu’à leurs limites certains des principes musicaux mis en place tout au long du XIVe siècle. Les innovations de l’ars nova ainsi que l’immense œuvre poétique et musicale de Guillaume de Machaut ont préparé le terrain pour l’éclosion d’un style où la recherche de l’ornementation et de l’artifice de fabrication sera poussée à l’extrême. Maniériste et ampoulé selon certains commentateurs, virtuose et imaginatif selon d’autres, ce style est qualifié de « plus subtil » (ars subtilior) dans la mesure où il poursuit et achève les recherches en matière de constructions et de superpositions rythmiques entamées par les théoriciens et compositeurs des générations précédentes.
    Ce rondeau copié dans le manuscrit de Chantilly n’est pas la plus complexe des compositions que conserve cette collection très justement célèbre. Il est un ajout plus tardif, du début du XVe siècle, alors que le reste des œuvres provient de la seconde moitié du XIVe.
    Tout par compas n’est donc pas une démonstration du savoir-faire rythmique et polyphonique de la plus grande technicité, que mettent en œuvre les autres compositeurs représentés dans ce manuscrit (entre autres Solage, Senleche, Vaillant, Andrieu…). Baude Cordier use d’un style rythmique moins sophistiqué, annonçant par cela le retour à une relative simplicité chez les polyphonistes de la génération de Guillaume Dufay. C’est surtout la cohérence entre le texte, la forme musicale et sa présentation dans le manuscrit qui rendent cette composition unique et hautement significative. Aux époques précédentes du Moyen Âge, la trace écrite des compositions musicales est à interpréter comme un aide-mémoire qui n’est pas la composition elle-même. Dans un monde de culture orale, les œuvres existent principalement dans la pratique, lorsqu’elles sont interprétées et transmises. Avec Tout par compas, c’est un autre univers qui est révélé. La véritable œuvre est-elle la composition musicale entendue ou ce folio du manuscrit de Chantilly ?
    Le texte semble détenir la clé de l’énigme (transcription modernisée)
    Tout par compas suis composé
    Sur ce cercle exactement, Pour me chanter plus sûrement
    Regarde comme suis disposé,…
    C’est donc le texte qui donne les instructions nécessaires à l’interprétation de l’œuvre : le cercle central est double. La mélodie à chanter en canon à deux voix se trouve à l’extérieur et la voix de teneur à l’intérieur, offrant ainsi la possibilité de chanter à trois. Malgré ces indications, la réalisation pose problème en raison de l’interprétation de la notation rythmique et il faut commettre certaines irrégularités pour que la polyphonie fonctionne. La strophe est un rondeau, forme fixe utilisée depuis le XIIIe siècle. Deux phrases musicales peuvent être chantées sur des textes identiques (le refrain, ici Tout par compas…) ou différents. La combinaison de la forme et de l’écriture canonique impose donc une contrainte particulièrement forte qui s’apparente à un exercice de virtuosité. La page du manuscrit présente les quatre strophes dans des cercles répartis aux quatre coins. La première strophe, en haut à gauche reprend donc le texte inscrit dans le cercle central, sous la notation musicale et donne l’intégralité de la strophe. On y trouve notamment les instructions pour réaliser le canon (Trois temps entiers par toi posés, tu peux me conduire joyeusement). Le texte est à nouveau écrit de manière circulaire, ce qui n’est pas le cas des trois autres strophes. Dans celles-ci, l’auteur demande à l’auditoire de le recommander à Dieu, lui qui a composé ce rondeau avec cœur pour sa consolation. Le mot cœur est remplacé par son symbole (voir centre du cercle en bas à gauche). Il fait ici probablement allusion à un autre célèbre rondeau de Baude Cordier, Belle bonne et sage, du même manuscrit, dont l’écriture emprunte la forme d’un grand cœur. C’est donc du cœur très certainement qu’il a fallu à l’auteur pour inventer cette page, mais surtout beaucoup d’esprit : représentation graphique, résultat sonore répétitif de la mélodie et du texte, tout concourt à illustrer et célébrer la forme du cercle, symbole de perfection.

    AZR

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