Le Gothique

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    Cathédrale Saint-Guy

    d’Arras, Matthieu

    Nom

    1344-1506

    Style

    Dans la seconde moitié du XIVe siècle, Prague est la capitale du royaume de Bohème. Le 3 mars 1344, Charles IV, roi des Romains et roi de Bohème, qui deviendra empereur en 1355, donne naissance au projet de la cathédrale de la ville. Le choix du site est révélateur, car la cathédrale n’est pas élevée dans les murs de la cité comme il est d’usage, mais bien dans l’enceinte même du château, au sommet d’une colline escarpée qui domine la rive gauche de la Vltava. Outre le statut de cathédrale, Saint-Guy est donc également une église seigneuriale, église du sacre et lieu de sépulture des souverains. Elle abrite par ailleurs les joyaux de la couronne.
    Charles IV appartenait à la maison de Luxembourg et était donc lié à la famille royale de France, ce qui explique probablement le choix du premier architecte de la cathédrale : Matthieu d’Arras, qu’il fit venir d’Avignon en 1342, avec tout son atelier. Ce dernier réalisa les plans d’une cathédrale largement inspirée des églises gothiques françaises. Il s’attacha à la réalisation de la cathédrale Saint-Guy pendant dix ans. En 1352, Matthieu d’Arras avait réalisé le chœur et son déambulatoire à cinq chapelles rayonnantes, une chapelle latérale au nord et deux autres au sud. Le plan du chevet est résolument lié à l’art gothique du sud de la France.
    À la mort de l’architecte français, en 1352, le chantier de la cathédrale est confié à Peter Parler, jeune architecte de vingt-trois ans qui donne au monument un souffle nouveau et accélère le rythme des travaux. Tandis que Matthieu d’Arras avait eu la volonté de créer un monument de tradition française marqué par la verticalité, Peter Parler réinvente un espace interne unifié. L’originalité de Parler réside dans la réhabilitation des murs pleins et l’abandon du système d’arcs doubleaux pour les voûtes, qui sont désormais réduits à des points d’appui. L’architecte double en revanche les ogives diagonales, ce qui permet d’établir un jeu de « lacets » sur la voûte. La nef n’est plus divisée par des travées mais unifiée par les nervures du réseau d’ogives. Les jeux entre architecture et décor sont également développés en extérieur, comme au niveau des contreforts qui transpercent les larmiers, ou encore au portail sud où l’architecte joue sur le détournement des supports dans un jeu plastique.
    La même volonté d’animation graphique du bâtiment est sensible dans son élévation interne. Chaque pile de la nef s’étire jusqu’à la voûte sous forme de colonnettes séparant chaque baie. Des inclinaisons de la paroi sont ménagées à partir de ces piles au niveau du triforium et en partie basse de la fenêtre avec la véritable inclusion d’une baie dans la baie. L’usage de plans inclinés créant l’illusion d’une saillie des piles confère un effet ondoyant à la nef, effet accentué par les variations lumineuses à travers la claire-voie. Pour la balustrade et les arcades du triforium, comme pour les fenêtres surajoutées, Parler détourne la fonction de chaque élément porteur et utilise la pierre de manière graphique.
    Le triforium de la cathédrale de Prague est conçu comme un espace indépendant : loin de n’être qu’un passage étroit, comme dans les cathédrales septentrionales, il devient une véritable galerie et reçoit un décor sculpté inhabituel. Des bustes placés sur les piles, à côté des portes qui permettent la circulation dans le triforium représentent l’Empereur et sa famille, les archevêques de Prague qui ont gagné sous Charles IV le droit de sacrer les rois de Bohème, puis les maîtres d’œuvre, Matthieu d’Arras et Peter Parler. Certains de ces bustes sont idéalisés, tandis que d’autres semblent plutôt réalistes. Peter Parler était également sculpteur et l’introduction d’un tel cycle sculpté, sans précédent dans une cathédrale gothique, est probablement due à l’intérêt de l’artiste pour cet art. Son fils, Heinrich, était lui aussi sculpteur et a réalisé en 1373 pour la chapelle Wenceslas une statue en bois du saint d’une réelle élégance qui s’inscrit parmi les plus beaux exemples de la sculpture du gothique international.
    La cathédrale Saint-Guy de Prague, dans son organisation et dans son décor est l’un des édifices les plus représentatifs du gothique international en architecture. Le goût pour le décoratif, la recherche de la performance élégante et de la séduction visuelle dont témoigne l’église illustrent la place que la cour de Bohème prit, tant au plan politique, qu’au niveau artistique.

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