Le Gothique

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    Aigle de Suger

    Nom

    Antiquité ; première moitié du XIIe siècle

    Style

    L’Aigle de Suger, conservé au musée du Louvre à Paris, est composé d’un vase en porphyre rouge, qui constitue le corps de l’animal, et d’une monture en argent doré, travaillé selon les techniques de la fonte, de la gravure, de la ciselure et du nielle. Haut de 43 cm, il est ainsi formé de différents matériaux, assemblés pour créer une œuvre zoomorphe. Le vase, en pierre dure taillée dans la masse puis parfaitement polie, composé d’un col, de deux anses et d’une panse fuselée (à laquelle les anses sont reliées par une palmette légèrement saillante), est un vase antique, dont l’origine est à situer en Égypte ou à Rome, capitale de l’Empire romain. Sa transformation par l’adjonction d’une monture en or a lieu au XIIe siècle, avant 1147 ; elle est due à l’abbé Suger, qui fut à la tête de l’abbaye royale de Saint-Denis de 1122 à 1151. Celui-ci confia à un ou plusieurs orfèvres, probablement parisiens, la réalisation d’une tête d’aigle au long cou, de deux ailes déployées et d’un socle composé de la queue et des pattes, dont les serres se referment sur des poissons. Un tuyau a été ménagé dans le bec et le cou, permettant de faire couler l’eau qui se trouve à l’intérieur du vase et ainsi de se servir de l’aigle comme objet liturgique.
    L’abbé Suger raconte cette opération de transformation d’un vase antique découvert dans un coffre de l’abbaye dans son ouvrage De la conduite des affaires administratives (Liber de rebus in administratione sua gestis), où il explique qu’il souhaitait consacrer à Dieu des objets dont les splendeurs égaleraient celles de l’église byzantine Sainte-Sophie de Constantinople, afin de glorifier la religion par d’impressionnantes réalisations humaines.
    L’aigle, par ses serres crispées sur les poissons comme par le maintien de la tête, son œil féroce et la stylisation de ses plumes, dégage une forte impression de puissance. Il constituait une pièce majeure du trésor de l’abbaye de Saint-Denis, fondé par le roi Dagobert (629 – v. 638) qui en confia le soin à son orfèvre Saint Éloi. Le trésor réunit des œuvres précieuses offertes à Dieu et à ses saints (en particulier saint Denis, dont l’abbaye abrite les reliques, ainsi que celles de ses deux compagnons Rustique et Éleuthère), qui constituent en même temps une précieuse réserve monétaire pour le monastère. Le trésor fut enrichi au fil des siècles par les différents dirigeants de l’abbaye, qui dépendait directement de la royauté. L’abbé Suger, par les restaurations d’œuvres anciennes et les créations qu’il ordonne, joua un rôle considérable pour le trésor, qui fut admiré par des visiteurs dès le XIVe siècle et dont les différentes pièces furent inventoriées et dessinées au XVIe siècle afin d’éviter les pillages. Des guides destinés aux visiteurs de l’abbaye furent même réalisés à partir du XVIIe siècle. Une grande partie du trésor disparut cependant au cours des nombreuses guerres. La Révolution française envoya à la fonte les pièces qui existaient encore au XVIIIe siècle, dont seules quelques unes furent sauvées.
    Le vase en forme d’aigle était ainsi initialement une pièce liturgique parmi d’autres, dont subsistent quelques exemples disséminés dans différents musées, comme le calice de Washington, le vase d’Aliénor ou l’aiguière de Sardoine du Louvre. D’autres pièces du trésor, qui ont été perdues mais qui sont connues par des dessins, présentaient les mêmes caractéristiques zoomorphes que l’aigle, à savoir un vase de pierre dure ayant été transformé en animal par le biais d’une monture d’orfèvrerie.
    L’alliance des pierres et des métaux précieux constitue pour l’abbé Suger un acte fort ayant une valeur spirituelle ; la contemplation de la beauté et de l’éclat des différents matériaux transporte l’homme « d’un monde inférieur dans un monde supérieur », comme il le raconte dans ses écrits. Celui qui observe la beauté des différentes matières est conduit à méditer sur les saintes vertus. À la base du cou du rapace, l’abbé fit inscrire une phrase en latin : «cette gemme méritait d’être sertie dans l’or et les pierres précieuses. Elle était de marbre mais ainsi, elle est plus précieuse que le marbre » ; il témoigne ainsi de son désir de glorifier l’église par une magnificence et un luxe qui se veulent à l’image de Dieu. Il sollicita pour cela les meilleurs orfèvres de toutes les provinces.
    En cherchant à mettre le luxe au service de Dieu, l’abbé Suger s’oppose à saint Bernard de Clairvaux qui, à la même époque, prône un idéal de dépouillement et reproche à l’abbaye de Saint-Denis ses fastes et son opulence, contraires à la simplicité rigoureuse qu’il considère plus proche des valeurs chrétiennes.

    PC

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