Le Gothique

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    Marie Madeleine

    Erhart, Gregor

    Nom

    Vers 1510-1520

    Style

    La sculpture de Gregor Erhart conservée au musée du Louvre à Paris représente une femme nue, couverte par ses longs cheveux dorés, joignant des mains potelées devant son buste, la tête inclinée, le corps pivotant légèrement. L’œuvre est une ronde-bosse, conçue pour pouvoir être vue de tous les côtés ; le revers est ainsi travaillé avec autant de soin que la face.
    La femme figurée, aux formes harmonieuses et d’une grande délicatesse, sans lourdeur en dépit de leur plénitude, est l’image de sainte Marie-Madeleine, pécheresse repentie et modèle de conversion dont le culte connaît une faveur croissante en Occident tout au long du Moyen Âge. L’épisode évoqué par la sculpture et qui est également l’objet de nombreuses gravures – telle celle de Dürer réalisée en 1504 –, est celui de l’élévation au ciel par les anges, qui voit la sainte, retirée dans une grotte en Provence après la mort et la résurrection du Christ, transportée au ciel par les anges lors d’extases mystiques. Largement diffusée par les arts graphiques – gravure, enluminure – en Allemagne, cette scène fait apparaître Marie-Madeleine comme l’incarnation du renoncement au monde et à soi, de la recherche du Christ et de la sainteté. Tout dans sa beauté irréelle évoque son caractère saint, de son visage doux à ses cheveux dorés, qui rappellent sa vie érémitique et peuvent être identifiés, par leur ruissellement sur son corps, à l’eau purificatrice du baptême. L’éclat précieux de l’or de sa chevelure dénote un caractère sacré, qui l’élève au-dessus des humains.
    La gravure de Dürer qui a vraisemblablement servi de source d’inspiration à Gregor Erhart présente la sainte entourée des anges qui la transportent vers le ciel ; la sculpture, munie d’une auréole dont les rayons se fichaient dans la tête, était probablement destinée à être accrochée à la voûte d’une église, accompagnée d’anges sculptés et d’une structure de suspension ; le tout devait ainsi constituer un ensemble monumental d’environ 250 cm de hauteur. Peut-être cet ensemble prenait-il place dans une église consacrée à Marie-Madeleine, comme celle des dominicains d’Augsbourg.
    La sculpture a été réalisée selon les usages des ateliers allemands de la fin du Moyen Âge, dans une seule pièce de tilleul, à laquelle ont été ensuite adjoints les éléments en saillie, comme les mains. La pièce de bois est travaillée couchée, fixée au niveau de la tête et de la base ; l’arrière est évidé afin de rendre l’œuvre plus légère et moins sensible aux mouvements du bois, la cavité étant ensuite refermée par un autre élément de bois. L’ensemble est recouvert de polychromie, la peinture venant toujours compléter le travail de sculpture.
    L’utilisation du tilleul, bois clair et léger, permet un travail virtuose qui passe par des formes complexes avec des creux profonds. Le soin porté au modelé est particulièrement sensible dans la souplesse des mèches de cheveux et dans les détails du visage ; cette délicatesse est complétée par celle de la peinture, qui suggère l’aspect de la peau par le biais de subtils dégradés.
    La qualité du travail autorise à y voir le chef-d’œuvre de Gregor Erhart, qui naquit dans les environs d’Ulm vers 1470 et mena sa carrière de « tailleur d’images » à Augsbourg. Fils d’un important sculpteur, il tailla aussi bien la pierre que le bois et reçu de prestigieuses commandes telle celle de la statue équestre de l’empereur Maximilien. S’inspirant souvent d’œuvres graphiques, il témoigne à travers la réalisation d’une figure nue d’un intérêt nouveau pour l’étude du corps humain et sa représentation en mouvement dans l’espace.
    Image de la sainteté, la Marie-Madeleine de Gregor Erhart constitue en effet une interprétation particulière du thème, en raison de l’importance donnée à la représentation du corps, à la fois idéalisé et soigneusement observé du point de vue de l’anatomie ; cette attention témoigne d’une véritable curiosité envers la Renaissance italienne, peut-être connue par le biais de Dürer. Présentant un corps charnel, souligné plutôt que dissimulé par la chevelure, Gregor Erhart refuse le canon gothique traditionnel, dont la grâce irréelle repose sur des membres grêles, un buste étroit et une taille haute, pour offrir une vision nouvelle de la beauté.
    Longtemps surnommée « la belle Allemande », sa sculpture connut une histoire mouvementée, qui conduisit à l’oubli de son thème et de sa présentation d’origine. À la Réforme, elle fut détachée de la voûte et dépourvue des anges qui l’accompagnaient afin d’être transformée en image de pécheresse repentie, présentée dos à un pilier, des larmes peintes sur son visage. Au XVIIIe siècle, elle reçut des vêtements, fixés par des pointes de cuivre et destinés à cacher sa nudité ; au XIXe siècle, passant aux mains de collectionneurs privés, elle fut repeinte de manière à présenter des cheveux noirs et des chairs orangées ; vendue au Louvre au début du XXe siècle, elle fut saisie par les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale. La restauration, qui passa notamment par l’enlèvement des couches de peinture, afin de retrouver la polychromie initiale, permet d’imaginer l’aspect primitif de l’œuvre.

    PC

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