Le Gothique

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    Stoss, Veit

    Nom

    1477-1489

    Style

    Situé dans l’abside de l’église Notre-Dame de Cracovie, le retable de Veit Stoss est le plus grand des retables de l’époque gothique. Sa largeur totale est de onze mètres une fois déployé et sa hauteur atteint treize mètres.
    Veit Stoss travailla à cette œuvre entre 1477 et 1489, alors que la sculpture sur bois connaissait un essor considérable. Les grands retables – œuvres collectives de sculpteurs, peintres, menuisiers – témoignent de la richesse, de la puissance et de la piété de riches commanditaires, grands bourgeois ou membres du clergé. Cette œuvre a été commandée par la communauté des habitants de Cracovie et fut financée par de multiples offrandes provenant de toute la population de la ville.
    L’histoire de ce retable est relativement bien connue : elle a été consignée sur un document écrit en 1489 par le secrétaire municipal et dont des copies nous sont parvenues. L’auteur du précieux témoignage nous indique que l’œuvre a été commencée en mai 1477. Il précise que, malgré les difficultés financières rencontrées au début de la réalisation (la somme nécessaire à la réalisation de l’œuvre n’avait pas pu être réunie à temps), la majeure partie des travaux est achevée en 1483. Il faudra encore six années pour terminer l’ensemble. C’est grâce à ce document d’archive, où son nom apparaît, que cette œuvre a pu être attribuée avec certitude à Veit Stoss.
    Artiste d’origine allemande, né à Horb sur le Neckar en Souabe, Veit Stoss devait avoir trente ans lorsqu’il arriva à Cracovie. Il a très certainement subi l’influence du foyer artistique du Rhin supérieur en prenant notamment connaissance des œuvres du Maître de la Vierge de Dangolsheim et de Nicolas de Leyde, dont l’influence se fait nettement sentir dans le traitement réaliste des figures, avant de quitter cette région pour s’installer à Nuremberg, où il se maria en 1476. Il se rendit l’année suivante à Cracovie qui connaissait depuis la fin du XIVe siècle une période florissante sous la dynastie lituanienne Jagellon. Capitale d’un état puissant, Cracovie devient un centre artistique important, bénéficiant de la consolidation du pouvoir central, la Pologne occupant alors une place importante en Europe (monté sur le trône en 1471, Ladislas Jagellon est également roi de Hongrie et de Bohème).
    Ville prospère et cosmopolite, Cracovie est le lieu où de nombreux contacts commerciaux avec l’Allemagne et les pays du nord de l’Europe se tissent, favorisant les échanges artistiques. Cette période de stabilité et de prospérité sera cependant de courte durée : les luttes intestines entre la bourgeoisie et l’église catholique mèneront au déclin des activités économiques et donc à celui des villes, perceptible dès les dernières années du XVe siècle.

    Veit Stoss réside à Cracovie entre 1477 et 1486, puis de 1488 à 1496, date à laquelle il retourne vivre à Nuremberg où il meurt en 1533. Durant son séjour à Cracovie, il bénéficie d’un régime de faveur en étant exonéré d’impôts. Il y réalise des œuvres majeures comme le tombeau de Casimir Jagellon qui se trouve dans la cathédrale de Cracovie.
    Le retable de la Vierge est une des œuvres maîtresses d’un artiste qui fut à la fois peintre et sculpteur. Divisé en trois parties et sculpté dans du bois de tilleul, le retable évoque les épisodes de la vie de la Vierge. La partie centrale représente la Dormition et l’Assomption. La scène de la Dormition est habilement reliée à celle de l’Assomption par les figures des apôtres qui entourent le corps de la Vierge : levant les yeux au ciel, certains d’entre eux guident notre regard vers la partie supérieure où prend place l’Assomption. Dans cette dernière scène, les personnages sont de plus petite taille, évoquant une vision céleste.
    La partie centrale repose sur une prédelle sculptée représentant l’arbre de Jessé, qui constitue la généalogie du Christ ; elle est surmontée d’un baldaquin abritant le groupe du Couronnement de la Vierge (dont certains personnages ont été remaniés lors d’une restauration au XIXe siècle). L’intérieur du volet gauche représente, de haut en bas, l’Annonciation, la Nativité et l’Adoration des rois, en haut-relief. À ces scènes font écho, sur le volet droit, la Résurrection, l’Ascension et la Pentecôte. L’ensemble iconographique touche à un thème courant de l’imagerie médiévale : les sept Joies de la Vierge.
    Les faces extérieures des volets comportent douze bas-reliefs retraçant les vies de Marie et du Christ : la rencontre d’Anne et de Joachim, la naissance de la Vierge, la Présentation de la Vierge, la Présentation de l’Enfant Jésus, Jésus parmi les docteurs, l’Arrestation du Christ, la Crucifixion, la déposition de Croix, la mise au tombeau, la descente aux limbes, les saintes femmes au tombeau et l’apparition du Christ à Madeleine. L’ordre des six scènes du volet de gauche a vraisemblablement été inversé lors d’une restauration du XVIIe siècle.

    La complexité de la composition fait de l’œuvre un des retables les plus caractéristiques de la surenchère monumentale en Allemagne autour de 1500 : près de deux cents figures sculptées sont représentées, marquées par une grande impression de vie qui émane, typique de l’art de Veit Stoss ; chaque tête est ainsi individualisée. S’ajoute à celle des types humains, la très grande variété des émotions figurées. L’artiste s’est également attaché à représenter avec précision les vêtements des personnages, décrits avec une grande minutie, étoffes froissées dont l’agitation redouble la tension exprimée par les visages.
    La composition, abandonnant la stricte frontalité, met du reste en scène les protagonistes avec une grande liberté : la multitude des points de vue, l’enchaînement des scènes entre elles, le mouvement des drapés, l’utilisation théâtrale de la polychromie concourent à donner à l’ensemble une grande impression de vie. Cette représentation lyrique sera reprise par Veit Stoss dans un autre grand retable à Bamberg et imitée par Pawel de Levoča. La figure centrale de la Vierge mourante servira de modèle à des sculpteurs silésiens et hongrois.

    JMD

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