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    Cathédrale Sainte-Cécile

    Nom

    1282-1480

    Style

    La silhouette imposante de la cathédrale Sainte-Cécile, bâtie au sommet d’une colline qui surplombe le Tarn, domine la ville d’Albi. Modèle exemplaire du gothique dit toulousain, l’édifice est construit selon un plan relativement simple : sa nef unique, sans transept ni vaisseaux collatéraux, forme de l’extérieur une paroi massive de brique rouge dont la surface est rythmée par une alternance de contreforts hémicylindriques et de verrières hautes et fines. Le chevet, composé de cinq chapelles étroites disposées entre les contreforts et éclairées de deux minces fenêtres superposées, rompt à peine cette régularité. Un talutage et un clocher massif – composé de trois volumes cubiques emboîtés et couronnés d’une tour octogonale – viennent renforcer l’aspect défensif et l’impression de hauteur vertigineuse que donne l’édifice. La riche ornementation sculpturale des portails nord et sud, ainsi que le baldaquin qui précède le portail sud, compense l’absence d’une véritable façade.
    L’austérité de l’extérieur ne laisse rien deviner du décor peint foisonnant et lumineux qui recouvre intégralement les voûtes, tribunes et chapelles de l’intérieur, ni des structures sculptées complexes qui articulent son espace. Ces structures, composées d’un jubé – paroi décorée qui coupe latéralement l’église en deux – et d’une clôture de chœur en pierre et en bois peint réalisés vers la fin du XVe siècle, représentent l’un des ensembles sculptés médiévaux les plus importants conservés en France.
    Le jubé de Sainte-Cécile, traité comme la façade d’une « église dans une église » dont le chœur formerait la nef, emprunte son vocabulaire stylistique au gothique flamboyant. Les cinq travées qui composent la face extérieure du jubé sont démarquées par des piliers finement ornés, sertis sur deux niveaux de niches à canopée, destinées à recevoir des statues qui furent détruites pendant la Révolution. Le porche et les portes latérales du plus bas niveau sont surmontés de trois registres de décorations affirmés par de puissantes horizontales. Des balustrades délicatement ajourées et des consoles (pour des statues qui manquent aujourd’hui) relient les éléments supérieurs entre eux. Un fin réseau sculpté, comme une dentelle de pierre, vient recouvrir et démultiplier les formes élégantes et équilibrées de l’ensemble.
    Sur sa face intérieure, le jubé conserve la même composition générale ; l’essentiel des statues originales en bois polychrome y est demeuré intact. Au dessus de la porte principale trône sainte Cécile, à qui l’édifice est consacré, couronnée de lys et de roses, tenant une palme de martyr. Un orgue la désigne comme patronne de la musique. Au-dessus des portes sud et nord se trouvent la Vierge et des anges, tous accompagnés, comme sainte Cécile, d’une multitude de saints, d’anges et de Pères de l’Église. La clôture du chœur devancée par le jubé, structuralement plus sobre, se compose d’une série de travées encadrées par des piliers soutenant des personnages de l’Ancien et du Nouveau Testament. L’aspect et la virtuosité technique des figures, dotées de volume et de mouvements convaincants, suggèrent qu’elles furent produites sous la direction de Michel Colombe (vers 1430-1511) et d’Antoine Le Moiturier (1425-1497), sculpteurs des cours du Bourbonnais et de Bourgogne.

    Ces deux structures forment un rare vestige architectural de la pratique liturgique médiévale. L’église au Moyen Âge se caractérisait par une hiérarchisation très marquée des espaces : certaines parties de l’édifice – notamment à proximité du maître autel – considérées comme les plus sacrées, étaient réservées aux seuls « initiés », c’est-à-dire au clergé. Le jubé (dont le nom est emprunté aux premiers mots de la prière « Jube, Domine, benedicere »), qui sépare la partie destinée au laïcs (la nef) de celle dévolue aux hommes d’Église (le chœur), matérialise formellement cette notion, jusqu’à exclure les laïcs de toute participation aux offices tenus devant le maître autel, désormais invisible (un deuxième autel était souvent installé devant le jubé). La clôture de chœur, isolant l’espace central, permettait de créer des « bas-côtés » que les fidèles pouvaient emprunter par les portes latérales du jubé sans pénétrer dans l’espace même du chœur.
    L’importance du mobilier et du décor intérieur, tout comme celle de l’aspect extérieur de la cathédrale, trouvent leur explication dans l’histoire de l’édifice, qui fut conçu comme une manifestation de la puissance de l’évêché d’Albi face à ses ennemis politiques et aux idées qu’il jugeait hérétiques. C’est dans le contexte des guerres albigeoises du XIVe siècle, qui opposèrent notamment les pouvoirs royaux, les vicomtes de Toulouse et les bourgeois d’Albi, que l’évêque Bernard de Castanet prit la décision de créer une cathédrale fortifiée qui devait pouvoir abriter les reliques de sainte Cécile. Celle-ci avoisinait le palais épiscopal de la Berbie, forteresse dont ses prédécesseurs avaient entamé la construction. Ainsi, entre 1282 et 1366 (avec deux interruptions pour cause de manque de fonds), le chœur, la nef, les voûtes et la base du clocher furent édifiés, suivis, vers 1400, par l’aménagement de l’accès sud de la cathédrale. Les travaux ne reprirent ensuite qu’en 1474, à l’accession de Louis Ier d’Amboise, conseiller du roi Louis XII, au siège épiscopal. Ce dernier consacra l’édifice le 23 avril 1480 et fit reprendre le travail sur le clocher, qui atteint sa hauteur définitive de 78 mètres. C’est aussi sous Louis Ier (et son fils Louis II) que fut réalisé le décor mural encore en place aujourd’hui, ainsi que le jubé et la clôture de chœur, entendus comme une réaffirmation importante de la nature épiscopale – et non paroissiale – de la cathédrale d’Albi.
    Du XVIe jusqu’au XXe siècle, Sainte-Cécile ne cessa de subir des ajouts, des suppressions et des restaurations. Sous la Révolution française, l’essentiel de son trésor fut confisqué et détruit ; le jubé, destiné au même sort, fut sauvé in extremis par un arrêt ministériel, qui reconnut sa valeur artistique exceptionnelle. Avec le néogothique au XIXe siècle, la cathédrale et surtout le jubé – que Prosper Mérimée appela « une magnifique folie » – recouvrèrent leur rang de chef-d’œuvre.

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