Le Gothique

Index par termes liés

Mots clefs

  • héraldique
  • Vierge
  • mécène
  • or
  • auréole
  • perspective
  • dessin
  • ange
  • gothique
  • atelier
  • influence
  • Flandres
  • cathédrale
  • Marie
  • carte europe
    • origineOrigine géographique
    • circulationAires de circulation
    • conservationLieu de conservation actuel
    zoom-carte

    Les fiches les plus recommandées sont :

    Verrière Jacques Cœur

    Nom

    Milieu du XVe siècle

    Style

    L'immense verrière donnée au chapitre par Jacques Cœur peu avant 1450 occupe la chapelle nord de la cathédrale de Bourges, adjacente au chœur. Elle est composée de quatre lancettes trilobées surmontées par des cœurs ; l’ensemble est coiffé par un tympan accueillant un réseau de fleurs de lys et de cœurs. Sur les deux lancettes centrales apparait une Annonciation flanquée à l'extérieur par les figures de sainte Catherine à gauche et saint Jacques à droite, qui occupent les deux autres lancettes. Les quatre personnages ont été placés dans une architecture complexe, voutée d'ogives ornées de fleurs de lys sur fond bleu. Des arcades s'ouvrent sur un espace extérieur fictif. Le réseau du tympan est orné de figures d'angelots, dominées par les figures de Dieu le Père et de la Colombe du Saint-Esprit.

    L'image de l'Annonciation est canonique. Placée dans un décor d'architecture religieuse – qui marque la persistance des solutions gothiques dans le royaume de France au milieu du XVe siècle –, elle suggère une analogie forte voire une identification entre la Vierge et l'Église. L'ange agenouillé, vêtu d'une chape rouge ornée de brocards d'or, porte un médaillon. Ses ailes, délicatement ouvragées, apparaissent dans la lumière dans une déclinaison de gris et blanc. Il tient dans sa main une baguette dorée et tend un phylactère à la Vierge Marie sur lequel est inscrit « Ave gratia plene » (« Je te salue pleine de grâce »). La Vierge est vêtue d'un manteau blanc ainsi que d'une robe d'un vert éclatant. Comme l'usage le voulait alors, elle tient un livre dont elle interrompant la lecture, levant sa tête aux longs cheveux dorés en direction de l'ange. À ses pieds une coupe en or contient un lys blanc, symbole de pureté et de virginité. Saint Jacques porte l'habit des pèlerins dont il est le protecteur tandis que l’on reconnaît Sainte Catherine aux instruments de son martyr : l'épée dans sa main gauche et la roue cloutée brisée reposant sur sa jambe. Tous deux renvoient aux prénoms du donateur et de son épouse.
    Jacques Cœur (v.1395-1456) fit don de ce vitrail à la cathédrale de sa ville natale alors qu'il était au sommet de sa carrière. Argentier de Charles VII, il avait fait fortune dans le commerce en Languedoc et au Moyen-Orient. Grand mécène de Bourges, continuant ainsi l'œuvre de commande aux grands artistes de son temps entreprise au siècle précédent par le duc de Berry, Jacques Cœur offrit au chapitre une sacristie capitulaire, fit construire une chapelle familiale et paya le renouvellement d'une partie de la vitrerie de l'édifice. Ces largesses s'ajoutaient ainsi à celles réalisées pour son hôtel situé dans le centre de Bourges, et précédèrent de peu sa disgrâce auprès du roi qui le contraignit à fuir le pays. Avant celle-ci sa puissance était considérable, et les présences conjointes dans le tympan des armes de Berry et du Dauphiné dans les cœurs – emblème de l'homme d'Etat – montrent ostensiblement le lien qui l'unissait aux destinées du royaume et que la fleur de lys qui couronne le tympan ne fait que confirmer.
    La qualité du vitrail, du modèle et de son exécution, laisse penser qu'un atelier fut créé pour sa réalisation. Il devait être constitué des meilleurs peintres et verriers de l'époque. Les couleurs utilisées sont d'une franchise et d'une splendeur rarement atteintes, notamment le jaune d'argent techniquement si difficile à obtenir et qui confère aux brocards de l'ange l'apparence de l'or. La résille de plomb est d'une grande discrétion : suivant les lignes du dessin, elle ne gêne aucunement la lecture de l'image. L'unité première du modèle est préservée et la lumière ne se voit jamais contrariée dans son rôle de révélateur. La révolution technique propre au vitrail qui débute au XIVe siècle aboutit avec la réalisation de cette baie à une perfection rarement atteinte.
    Le primat du peintre est ici indéniable. Le carton, étape première de la conception d'un vitrail, est sans aucun doute l'œuvre d'un grand maître : s'agit-il de Jacob de Littemont originaire des Flandres ? On préfère rester sur l'épithète floue de « Maître de Jacques Cœur ». Quoiqu'il en soit, l'influence flamande y est indéniable, comme le confirme le soin apporté au rendu des étoffes et des chevelures. L'iconographie fournit de nombreux indices quant à la connaissance et la reprise de modèles nordiques par le peintre. La baguette des ostiaires, qui étaient chargés de la garde et de la protection des églises, est un attribut typique des Annonciations peintes au nord de l'Escault (cf. Van Eyck, Annonciation, National Gallery de Londres). La chape de brocards ornée d'une bordure représentant des statuettes de saints personnages, les auréoles massives incrustées de pierres précieuses, qui rappellent l’art de Robert Campin : tout dans l'œuvre concourt à la désigner comme une synthèse des éléments flamands alors très en vogue à Paris mais aussi dans le sud de la France (cf. L'Annonciation du Maître de l’Annonciation d'Aix, identifié à Barthélémy d'Eyck, d'origine flamande).
    Le goût pour une représentation complexe de l'espace dépasse néanmoins les modèles que furent Van Eyck, Robert Campin et leurs successeurs : bien que l'estrade flamande supportant la scène subsiste, il est clair que l'intérêt porté à la perspective est sans précédent dans cette tradition nordique, particulièrement dans le domaine du vitrail, où les recherches portent habituellement davantage sur les couleurs et la lisibilité d’ensemble.

    BB

    Fiches Liées : Hôtel Jacques Cœur