Le Gothique

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    La Dame à la licorne

    Maître des Petites Heures d’Anne de Bretagne

    Nom

    Vers 1484-1500

    Style

    La tenture de La Dame à la licorne, conservée au musée de Cluny, est constituée d’un ensemble de six tapisseries datant de la fin du XVe siècle. Elle doit son nom à la présence d’une dame et d’une licorne figurées dans un jardin imaginaire peuplé d’animaux (lion, singe, lapin, chien, oiseau) sur chacune des tapisseries. Leur iconographie est interprétée, pour cinq d’entre elles, comme une représentation des cinq sens. Dans La Vue, la licorne, les pattes avant appuyées sur les genoux de la dame, se contemple dans un miroir que lui tend celle-ci. Le Toucher est symbolisé par le geste de la jeune femme effleure la corne de la licorne de sa main gauche. Pour la représentation des trois autres sens, la licorne délaisse son rôle actif dans le déroulement de la scène, au profit d’autres protagonistes. La dame joue d’un orgue positif dont sa servante actionne les soufflets : c’est le symbole de L’Ouïe. Dans Le Goût, la jeune femme prend une dragée dans une coupe que lui tend sa servante, tandis qu’une perruche posée sur sa main gauche est en train d’en porter une à son bec et qu’un singe, placé dans la partie inférieure de la tapisserie, en croque une autre. Pour L’Odorat, la jeune femme ajoute à sa couronne d’œillets une fleur prise dans une corbeille que lui présente sa servante, tandis qu’à l’arrière-plan un singe hume une fleur qu’il vient d’attraper dans un panier.

    La sixième pièce semble donner la clé d’interprétation de l’ensemble : debout devant un pavillon ouvert, la jeune femme repose un collier dans un coffret porté par sa suivante. Sur le sommet du pavillon, au centre de la composition figure l’inscription À mon seul désir. Dans ce contexte, cette devise doit être interprétée non comme une invite épicurienne, mais au contraire comme un appel à renoncer aux passions. L’ensemble de la tenture se lit donc comme une mise en garde devant les passions suscitées par les sens. Rare – c’en est le seul exemple conservé –, cette iconographie n’est néanmoins pas un unicum. Une tenture aujourd’hui disparue intitulée Los Sentidos appartenant au cardinal de La Marck (XVIe siècle) avait une signification analogue : cinq tapisseries illustraient les sens et une sixième portait la mention « Liberum arbitrium ».

    Autant que par son iconographie élaborée, la tenture émerveille aujourd’hui par la qualité de sa composition et de son style. La forme circulaire de « l’île » bleue ressortant sur un fond rectangulaire rouge donne un intéressant effet de profondeur à chaque tapisserie. Dans L’Odorat, la composition pyramidale s’organise selon un axe vertical, matérialisé par la jeune femme, vers laquelle convergent en deux lignes diagonales symétriques un lion et une licorne porteurs d’emblèmes. Dans Le Toucher, l’orgue portatif structure la composition autour d’une diagonale partant de haut à gauche vers le bas à droite. À chaque fois, la jeune fille est présentée dans des attitudes et vêtements différents. Son visage est individualisé : arrondi dans la Vue et le Goût, particulièrement allongé dans Le Toucher. De même, sa coiffure est représentée de façon variée : tantôt longue et laissée libre dans le dos (Le Toucher), tantôt nattée et tressée (La Vue et L’Ouïe) ou encore mi-longue, s’échappant d’un turban (À mon seul désir). La variété et le raffinement des détails traduisent une volonté d’individualisation et de particularisation rare dans ce type de production, dite « mille fleurs ». En effet, les tapisseries mille fleurs, désignées par ce nom à cause de leur décor, présentent souvent des représentations stéréotypées. Elles étaient la plupart du temps entièrement réalisées par des lissiers qui remployaient, pour des raisons d’économie, des compositions préexistantes. Une composition et une iconographie aussi complexes que celle de la Dame à la licorne ont en revanche très vraisemblablement requis l’exécution par un peintre d’un dessin préparatoire. En l’absence de sources écrites permettant d’établir avec certitude l’identité de cet artiste, la comparaison avec d’autres tapisseries a permis de suggérer plusieurs hypothèses. L’attribution au Maître des Très Petites Heures d’Anne de Bretagne, auteur probable d’autres dessins préparatoires, est la plus communément admise. Le canon des personnages représentés sur les tapisseries de Persée (coll. particulière) ou Pénélope (Boston) offre de saisissantes similitudes avec celui de l’élégante dame de la tenture de Cluny. Ce peintre serait aussi l’auteur du dessin préparatoire de la tenture de La Chasse à la licorne (vers 1500, Cloisters Museum, New York). Quant au tissage de la tenture du musée de Cluny, l’hypothèse d’une fabrication dans un atelier bruxellois est généralement retenue. Devant faire face au déclin de l’industrie drapière, la ville de Bruxelles développa au XVe siècle une brillante activité de production de tapisserie ; de ses ateliers sortirent des verdures de belle qualité comme l’atteste la tenture de Philippe le Bon (vers 1466, Berne, musée d’art et d’histoire) souvent comparée à celle de la Dame à la Licorne.

    En faisant exécuter une tapisserie mille fleurs, le commanditaire n’a donc pas voulu faire preuve d’originalité et s’est conformé au goût de son époque. Son identité a pu être précisée grâce aux armoiries (gueules à bande d’azur avec trois croissants d’argent) figurant sur les étendards et les bannières de chaque tapisserie. Originaire de Lyon, Jean Le Viste était le descendant de membres du Parlement. Drapier de profession, il embrassa une carrière dans l’administration. Après avoir été maître des requêtes, il devint un des premiers laïcs à obtenir la charge de président de la Cour des aides en 1484. La mise en évidence de ses armoiries, répétées sur chaque tapisserie, traduirait sa volonté de montrer sa puissance et de se mesurer à d’autres seigneurs. Peut-être exprimait-il ainsi des prétentions nobiliaires, non satisfaites à sa mort, en 1500.

    HG

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