Le Gothique

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    King’s lynn cup

    Nom

    Vers 1340

    Style

    La King’s Lynn Cup, dite aussi King John Cup, conservée par la ville anglaise qui lui donna son nom, se compose de quatre éléments en argent doré moulé et chassé. Le corps de la coupe, en forme de cloche inversée à cinq facettes, repose sur une tige-colonne ornée d’une protubérance dite knop chassée de glands et de feuilles de chêne. Celle-ci est reliée, par un fin décor en relief à sa base, à un large pied circulaire bordé de cinq éléments en forme d’ogive lancéolée. Le couvercle, entouré d’une couronne moulée et ajourée d’éléments trilobés, est également divisé en cinq compartiments et surmonté d’un fleuron feuillu et d’une boule à pique (rajoutée ultérieurement).
    Vingt-et-une plaques d’émail translucide bleu, vert et violet et d’émail bleu foncé opaque, séparées par des nervures moulées ressemblant à des arbres stylisés, viennent enrichir d’un décor figuré les surfaces de la coupe, du pied et du couvercle. Sur un fond parsemé de vignes et de fleurs en forme d’étoile se déploient des figures élégamment vêtues, occupées à chasser : douze femmes et neuf hommes, accompagnés de chiens, poursuivent des lièvres et un renard. Parmi les personnages féminins, deux tiennent des faucons, un troisième un arc anglais, tandis qu’un des hommes porte un sabre et qu’un autre souffle dans un cor de chasse.
    Les couleurs brillantes (surtout les verts et les violets) que revêtent ces figures, très différentes de celles de l’émail contemporain, suggèrent que les émaux de la coupe ont été largement réparés ou remplacés, constat que viennent confirmer des inscriptions sous le pied faisant mention de cinq restaurations entreprises entre 1692 et 1711. Ce sont néanmoins ces émaux – ou plutôt le style vestimentaire des figures – qui permettent de dater l’œuvre : les coiffes en cornet, les robes à boutons et les longues étoles que portent les femmes étaient très en vogue vers 1340, date qui correspond, en outre, à l’apparition à la cathédrale d’Ely de formes végétales similaires à celles employées sur la coupe.
    Compte tenu de cette datation, la King’s Lynn Cup est le plus ancien exemple, en Angleterre, d’objet d’orfèvrerie profane et une des plus belles œuvres émaillées du XIVe siècle qui nous soient parvenues. Son histoire est cependant loin d’être éclaircie, et son origine même reste indéterminée : certains, s’appuyant sur un manuscrit flamand où apparaissent des figures semblables, ont supposé qu’elle avait été importée de Flandres ; d’autres la considèrent comme une production de l’Angleterre médiévale, à rapprocher de plusieurs psautiers anglais de la même époque. Malheureusement, le nom évocateur de King John Cup, que lui donne un inventaire de l’hôtel de ville de King’s Lynn daté de 1548, ne permet pas de trancher. Selon la mythologie locale, la coupe fut offerte à la ville par Jean d’Angleterre (1166-1216), qui lui donna sa charte, mais son style suggère plutôt un commanditaire du XIVe siècle, peut-être Jean le Bon, roi de France, Jean IV, duc de Bretagne ou encore la guilde de la Trinité à King’s Lynn, qui considérait Jean d’Angleterre comme son fondateur.
    Si l’œuvre provient bien de Grande-Bretagne, elle fournit un témoignage précieux du développement de l’orfèvrerie anglaise médiévale dont seuls de rares exemples ont échappé à la refonte (refonte effectuée pour des raisons d’évolution du goût, d’économie ou – notamment pendant la Réforme – de conflits religieux). La production d’émaux, dominée aux XIIe et XIIIe siècles par Limoges, qui exporta quantité d’objets vers l’Angleterre, ne prit son essor sur l’île que vers le milieu du XIIIe siècle, puis, autour de 1300, lorsqu’on adopta la technique de la basse-taille. Ce procédé, qui permet d’obtenir des effets de lumière et de profondeur variés, est appliqué de manière curieuse sur la coupe : à la gravure fine et sensible des personnages s’opposent de larges traits plus grossiers qui forment la préparation du fond.
    Le choix de la chasse comme sujet iconographique relève également d’un courant européen généralisé qui se manifeste aussi bien dans les objets d’art ou les manuscrits que dans la littérature et la musique, à savoir l’essor, au XIIe siècle, de la culture chevaleresque et de l’idéal de l’amour courtois. Selon ces idéaux, le chevalier, partagé entre l’aventure et le sentiment, devait se mettre au service de sa bien-aimée pour gagner son cœur en lui vouant un amour chaste et inébranlable. La chasse, passe-temps courtois par excellence, devient alors une métaphore de cette conquête amoureuse et des jeux de séduction entre hommes et femmes. Sur la King’s Lynn Cup, l’aspect courtois se manifeste par l’importance donnée aux femmes élégantes (qui figuraient dans les représentations de chasse plus souvent qu’elles n’y participaient) et surtout par la présence de la figure de la dame au faucon au fond de la coupe : au fur et à mesure que le buveur vide la coupe, elle se révèle à lui, cause et prix de ses peines.

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