Le Gothique

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    King’s college

    Nom

    1448-1515 (chapelle)

    Style

    La chapelle du King’s College, exemple par excellence de l’architecture gothique tardive en Angleterre, délimite le côté nord de la cour du « collège du Roi » de l’université de Cambridge. Mesurant 90 mètres de long, elle présente une nef sans transept et sans vaisseaux collatéraux, indivisée à l’intérieur si ce n’est par un jubé en bois sculpté. L’élévation au nord et au sud est rythmée par douze baies monumentales serties de vitraux, séparées à l’extérieur par des contreforts et à l’intérieur par des éperons sur lesquels reposent les retombées de la splendide voûte en éventail (la plus grande au monde) qui couronne l’édifice. Les deux façades à l’est et à l’ouest, encadrées à l’extérieur par quatre tours identiques s’élevant à 30 mètres, s’organisent autour d’une immense baie centrale, qui ne fait qu’accentuer l’impression de luminosité, de légèreté et d’élancement de cet ensemble pourtant massif.
    L’unité spatiale et l’harmonie stylistique apparentes de la chapelle ne laissent rien deviner de la discontinuité de l’histoire de sa construction, jalonnée par de nombreuses difficultés, tant politiques que financières. En 1441, le roi Henri VI, alors âgé de 19 ans, fonda une institution royale d’études, le « collège du Roi », au sein de la nouvelle université de Cambridge (active depuis 1209), comme il l’avait fait à Eton College quelques mois auparavant. Le projet, de modeste envergure au départ, prit en 1448 des proportions plus aptes à asseoir le pouvoir d’un roi dont le règne fut menacé par la Guerre de Cent Ans et par les crises de folie du souverain. Dans son testament de 1448, Henri VI prévoyait, autour d’une cour centrale, l’édification d’un ensemble palatial comprenant chapelle, résidences, loge du prévôt, et grande salle, dont seule la chapelle fut entamée. La chute du roi en 1461 ralentit considérablement les travaux, qui ne reprirent pleinement qu’en 1477, sous Édouard IV et furent poursuivis sous Richard III. Ce dernier détrôné, lui aussi en faveur des Tudor, la construction cessa entièrement en 1485. Les rois Henri VII et surtout Henri VIII menèrent les travaux à terme entre 1508-1515.
    La construction de la chapelle s’articule donc autour de trois campagnes principales, supervisées par quatre maîtres d’œuvre successifs, tous originaires d’East Anglia (la péninsule est de l’Angleterre, comprenant historiquement les comtés de Norfolk et Suffolk), qui complétèrent et modifièrent le plan originel au gré des circonstances financières et de l’évolution du goût. Sous Reginald Ely, qui arrêta le premier plan en 1448, et sous son successeur John Wolryche, les fondations furent établies, ainsi que les murs bas du choeur et une partie des quatre premières baies à l’est ; Simon Clerk continua la construction du chœur jusqu’au toit pour les six premières baies, en « modernisant » les réseaux des fenêtres ; enfin, John Wastell assura la construction rapide de l’entrée de la chapelle, des tours et surtout de la voûte, élément qui constitua le plus grand écart par rapport au projet d’Ely puisque sa réalisation dépend d’une technique qui ne fut mise au point qu’à partir de 1475.
    Le résultat est l’un des derniers grands édifices construits dans le style gothique « perpendiculaire » qui domina en Angleterre de 1330 environ jusqu’à la fin du Moyen Âge. Succédant aux styles Early English et « décoré », le « perpendiculaire », tel qu’il apparut à la Chapelle Saint-Étienne de Westminster ou à la cathédrale d’York, procédait d’une réévaluation du gothique rayonnant français, caractérisé par son accent vertical, sa luminosité, ses remplages virtuoses et son élégance économe. À King’s College, les formes atténuées et l’élancement des verticales confèrent une incroyable légèreté à l’ensemble, tandis que la voûte en éventail – un particularisme anglais – défie la matérialité de la pierre blonde dont elle est façonnée. Autre élément typique du « perpendiculaire », les immenses fenêtres à lancettes permettent d’illuminer la chapelle par une grande étendue de vitrail, qui est aujourd’hui la mieux préservée de Grande-Bretagne. Réalisés sous Henri VIII – qui commanda également le jubé –, les vingt-six panneaux présentent des sujets inspirés de l’Ancien et du Nouveau Testament, notamment la Vie de la Vierge et la Vie du Christ.
    Curieusement, la chapelle n’a jamais véritablement rempli la fonction pour laquelle elle a été conçue, c’est-à-dire comme lieu de célébration des offices de l’Église médiévale et comme expression de la piété du souverain. Au moment où les vitraux et le mobilier d’église furent définitivement installés, vers 1530, Henri VIII avait rompu avec le Vatican et s’apprêtait à supprimer les ordres religieux ; l’architecture séculaire connaissait un essor sans précédent et la culture anglaise commençait à être gagnée par les charmes de la Renaissance.
    Comme pour souligner sa singularité, la chapelle resta seule, dépourvue de ses bâtiments collégiaux, jusqu’au XVIIIe siècle. C’est seulement en 1715 que l’on songea à achever la Front Court (cour principale), qui se vit alors dotée d’un bâtiment classique, puis, au XIXe siècle complétée par des corps de bâtiment et un portail de style néogothique.

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