Le Gothique

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    Les Très Riches Heures du duc de Berry

    de Limbourg, Jean

    Nom

    Début du XVe siècle

    Style

    Le calendrier qui orne le manuscrit des Très Riches Heures du duc de Berry, conservé au musée Condé de Chantilly, constitue un ensemble de peintures sur parchemin, hautes de 29 cm et larges de 21 cm, réalisé entre 1412 et 1416, illustrant chaque mois par les travaux et occupations qui le caractérisent, selon un mode fort répandu au Moyen-Âge. Chacune des douze pages du calendrier présenté à l’intérieur du livre d’heures, est constituée à partir d’un même modèle, comprenant en partie supérieure un demi-cercle où s’inscrit un zodiaque, avec les deux signes correspondant au mois illustré ainsi que le char figurant la planète qui lui est liée, et en partie inférieure une illustration réaliste présentée dans un rectangle. Celle du mois d’août donne ainsi à voir plusieurs scènes se déroulant simultanément sous un ciel bleu intense, sous les signes du Lion et de la Vierge ; la principale fait référence à la chasse au faucon, qui se déroule à l’avant d’un château entouré de champs, d’une rivière et de forêts. Les personnages du premier plan, hommes et femmes mêlés, somptueusement vêtus et montés à cheval, à l’exception du fauconnier, accompagné de deux chiens, pratiquent la chasse, tandis qu’à l’arrière-plan des personnages se baignent nus dans la rivière ou effectuent des travaux de labour.
    Chaque enluminure, réalisée à l’aide de couleurs rares et précieuses, témoigne d’un extrême raffinement, caractéristique d’un art de cour qui fait du livre d’heures un objet de luxe et de délectation. Sa réalisation est due aux trois frères Pol, Herman et Jean de Limbourg, engagés par Jean de France, duc de Berry, qui leur confie cette commande de grande ampleur après avoir été très satisfait de l’illustration des Belles heures qu’il leur avait demandée.
    Frère du duc de Bourgogne Philippe II le Hardi (1363-1404), responsable de la diplomatie française et grand amateur d’art soucieux de s’entourer d’artistes, le duc de Berry fit venir les frères Limbourg à sa cour après avoir admiré le travail que ceux-ci avaient réalisé pour son frère. Il offrit des sommes considérables aux trois frères, originaires de Nimègue et issus d’une famille d’artistes, qui se mirent au service du duc à Bourges après avoir appris à Paris la peinture et l’orfèvrerie. Les trois frères et leur mécène moururent la même année, en 1416, probablement touchés par la peste, laissant le livre des Très Riches Heures du duc de Berry inachevé.
    Par leur raffinement, les enluminures sont caractéristiques du style international qui se déploie dans les cours d’Europe à la fin du XIVe et au début du XVe siècle ; chaque détail est l’objet d’un travail minutieux et les couleurs sont choisies parmi les plus précieuses : le bleu issu du lapis-lazuli est largement présent et les rehauts d’or sont abondants. Les vêtements se détachent par leurs teintes vives sur un paysage nuancé, où les éléments naturels, paysages et animaux, comme les constructions humaines sont soigneusement observés. L’art des Limbourg est en effet marqué par une observation du quotidien alors propre aux artistes flamands ; ils étudient le climat et les saisons ainsi que les occupations de la noblesse qu’ils côtoient, le cadre dans lequel elle évolue. Ainsi, le château de l’arrière-plan est-il celui que possédait depuis 1400 le duc de Berry à Étampes, identifiable à sa couverture de tuiles et au donjon qui occupe son centre.
    Comme celle de l’art flamand, l’influence de l’art italien se fait sentir dans l’art des Limbourg : le rendu de l’espace et de l’architecture, ainsi que l’harmonie lumineuse des coloris, rappellent les œuvres italiennes. L’ensemble reste cependant avant tout marqué par le style international, dit « courtois », caractérisé par une esthétique linéaire insistant sur le raffinement et la beauté. La perspective et l’éloignement progressif des plans sont abolis par l’emploi des couleurs, en particulier du bleu qui est aussi intense au premier qu’au dernier plan, ainsi rapprochés et unis. Les distances semblent disparaître à l’intérieur d’un monde féerique.
    L’ensemble de l’œuvre, ainsi que les autres commandes d’ouvrages enluminés passées par le duc de Berry, témoigne de l’importance et du prestige du livre au XVe siècle. Initié par le roi de France Charles V (1363-1380), le mouvement en faveur de la lecture a permis le développement d’une importante vie intellectuelle et du désir de posséder des objets d’art, dédiés à la fois au savoir et à la délectation.
    Si le livre des Très Riches Heures du duc de Berry, par son caractère fragile et précieux, ainsi que par le petit comité que nécessite sa manipulation, n’était destiné qu’à un cercle restreint et était conservé à l’abri dans un espace réservé aux manuscrits, il exerça tout de même une grande influence sur l’ensemble des enluminures au XVe siècle. D’autres miniaturistes ont en effet, dans tout le royaume, pu s’inspirer de compositions des frères Limbourg grâce aux carnets de dessins qui circulaient d’atelier en atelier et servaient de modèles. C’est cette circulation des dessins et des artistes, sollicités de cour en cour, qui a permis la généralisation dans toute l’Europe au Moyen-Âge d’un art de cour marqué par les mêmes caractéristiques d’élégance et de raffinement.

    PC

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