Le Gothique

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    Hôtel Jacques Cœur

    Nom

    Vers 1450

    Style

    L’hôtel Jacques Cœur, bâti à Bourges entre 1443 et 1451, est un exemple d’architecture civile et domestique témoignant de la montée en puissance de la bourgeoisie au cours du Moyen-âge, qui se traduit par d’importantes constructions destinées à de grands marchands dans toutes les villes d’Europe. Il constitue un spécimen impressionnant parmi les palais et les hôtels urbains qui apparaissent au XIVe siècle, signalés par des tours et renfermant de grandes salles richement décorées.
    La taille considérable du terrain acquis par Jacques Cœur pour construire son hôtel témoigne de son désir de faire valoir la puissance qui résulte de son accession au pouvoir et d’en assurer la pérennité. Issu d’une famille de marchands pelletiers, fondant un empire commercial très étendu, nommé Argentier du roi Charles VII en 1438 puis anobli en 1441, il se doit de posséder d’importants domaines, qu’il acquiert notamment dans le Berry et le Bourbonnais. C’est en 1443 qu’il achète le terrain destiné à la construction de sa demeure à Bourges ; celui-ci comprend déjà un donjon et deux tours, ainsi qu’une portion de muraille antique, dont les pierres seront réemployées pour la construction du nouvel édifice.
    Cette volonté d’affirmation de puissance de la bourgeoisie, soucieuse d’égaler la noblesse, est symptomatique de l’affaiblissement des grands centres de pouvoir, de plus en plus concurrencés par les régions périphériques autour de 1400. Paris perd ainsi son importance tandis que se développent des foyers artistiques novateurs en Touraine, dans le Bourbonnais ou encore dans le Nord. Avec l’édifice de Jacques Cœur, l’hôtel classique français, donnant à la fois sur une cour et un jardin, ouvrant sur la rue par un portail, est ainsi élaboré loin de la capitale, où il se développera plus tard.

    Par sa taille et sa richesse, ses formes inspirées des miniatures des châteaux représentés dans les Très Riches Heures du duc de Berry, l’hôtel Jacques Cœur apparaît comme une maison extraordinaire, dont le caractère est lié à la personnalité exceptionnelle de Jacques Cœur, qui participe amplement à sa conception. Ostentatoire par la richesse déployée, véritable château urbain dominé par un donjon et dont l’entrée s’effectue par une porte charretière au-dessus de laquelle se trouve une chapelle, l’hôtel est indissociable de son constructeur et contribue largement à enrichir sa légende. Fils de marchand, Jacques Cœur rejoint par son mariage l’entourage du duc Jean de Berry. Il mène des affaires liées tant aux métaux, aux textiles et aux épices, de leur transport à leur transformation, qu’à l’armurerie et au commerce de l’argent. Ses activités le conduisent à Beyrouth, Damas ou Alexandrie ; mêlant affaires commerciales et fonctions publiques liées aux charges octroyées par Charles VII, créancier de la haute noblesse, il fut arrêté pour intrigues en 1451 et accusé de crime de lèse-majesté. Évadé de prison après son procès, il meurt en 1456 alors qu’il s’engageait dans un projet de croisade.
    Son hôtel, inachevé à sa mort et restant sous la main de Charles VII jusqu’à sa restitution aux descendants en 1457, constitue un document primordial pour la connaissance de Jacques Cœur. Le chantier, dont la surveillance était confiée à des amis de Bourges pendant ses déplacements, dura plus de huit ans et conduisit à des dépenses considérables. L’intérieur comprend de vastes salles de réceptions à l’image de celles des châteaux anciens, où les immenses cheminées sculptées prennent pour modèle celles du palais du duc Jean de Berry.
    Le déploiement du décor, qui contraste avec la simplicité du plan de l’hôtel, laisse deviner que Jacques Cœur sollicita un grand nombre de sculpteurs et de peintres, choisis parmi les meilleurs artisans. À l’extérieur comme à l’intérieur – où il était complété par la richesse des meubles et des tentures, ainsi que par l’éclat des vitraux –, le décor sculpté abonde, constitué tant de scènes figurées religieuses et profanes que de motifs naturels et héraldiques. Les coquilles et les cœurs, symbolisant le prénom et le nom du maître de la maison, sont particulièrement présents, alliés à des rosettes qui évoquent Charles VII.
    La façade donnant sur la rue, à l’est de l’hôtel, est marquée par un foisonnant décor qui souligne son importance et captive le regard dès l’entrée. Au-dessus de la porte cochère se trouvent notamment deux baies dont la partie haute est marquée par une véritable fenêtre tandis que la partie basse, en pierre, simule une fenêtre entr’ouverte à laquelle apparaissent un homme et une femme, représentés à mi-corps.
    Mêlant les emblèmes de Charles VII (cerf ailé, soleil, rosier) et de Jacques Cœur, le décor témoigne de la volonté de ce dernier d’afficher sa proximité avec le roi tout en lui rendant hommage. Chaque élément du décor participe ainsi d’un langage qui rend le bâtiment significatif et parlant. Au-dessus de l’entrée court la devise de Jacques Cœur, « A. VAILLANS [CUERS] RIENS. IN. POSSIBLE. R. G. », désignant directement la forte personnalité du propriétaire ; à l’intérieur de la chapelle, les signes se font plus discrets – avec l’utilisation pour les ailes des anges peints sur la voûte des couleurs de Charles VII (le rouge et le vert) –, mais ils demeurent toujours présents, participant d’un programme très élaboré où aucun détail n’est laissé au hasard.

    PC

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