Les Avant-Gardes

Index par termes liés

Mots clefs

  • hôtel
  • diffusion
  • ornement
  • décor
  • commerce
  • art nouveau
  • avant-garde
  • carte europe
    • origineOrigine géographique
    • circulationAires de circulation
    • conservationLieu de conservation actuel
    zoom-carte

    Les fiches les plus recommandées sont :

    Maison du peuple

    Horta, Victor

    Nom

    1895-1899

    Style

    La Maison du Peuple de l’architecte belge Victor Horta (1861-1947) fait partie des nombreuses constructions de style Art Nouveau démolies au XXe siècle car ne correspondant plus au goût de l’époque. À son achèvement, à la fin du mois de mars 1899, après moins de quatre ans de travaux, l’édifice avait pourtant été unanimement salué comme un chef-d’œuvre de l’architecture sociale et devait rester pour l’historiographie comme le fleuron de la carrière de l’architecte.
    Commandé par la Société coopérative ouvrière de Bruxelles, le bâtiment devait mettre à disposition de la classe ouvrière un ensemble de services commerciaux mais aussi contribuer à son édification politique, culturelle et morale. Il abritait aussi le siège du parti socialiste belge récemment créé. Ce type de structure désigné par le vocable de « maison du peuple » existait dans toute la Belgique.

    Horta réussit à tirer le meilleur parti possible du terrain qui lui fut confié – difficile à bâtir en raison de son périmètre, trapézoïdal, et de sa déclivité. De forme irrégulière, l’immeuble présentait quatre façades et huit entrées : la façade principale donnant sur la place Émile Vandervelde présentait une double courbure concave. Chacun des quatre étages avait un plan différent en fonction des activités qu’il devait accueillir. Le rez-de-chaussée était dévolu aux activités commerciales : plusieurs magasins dont une boucherie, une épicerie et un café auquel était attenante une salle de jeux, jouxtaient un grand hall permettant l’accès aux étages supérieurs. Au premier étage, des bureaux et des magasins entouraient l’espace supérieur du café laissé vide ; le deuxième étage comprenait une salle de réunion et des bureaux ; enfin, aux troisième et quatrième étages, l’espace était largement décloisonné au profit d’une salle de spectacle et de réunion de 1500 places assises, autour de laquelle se succédaient tabagie, buffets et salle de répétition.
    Ainsi le bâtiment s’affirmait-t-il en rupture par rapport aux normes de l’architecture classique : la stricte symétrie des corps de bâtiment, la régularité des façades étaient abandonnées au profit d’une meilleure distribution des pièces respectant le principe de vérité constructive. Ce mode de construction, caractéristique de l’Art Nouveau, est un héritage de la doctrine rationaliste de l’architecte français Eugène Viollet-le-Duc (1814-1879) qui préconisait « l’honnêteté des formes ». L’organisation du décor répond au même principe : plutôt que d’ajouter à une structure un décor artificiel, Horta a fait en sorte de faire émaner le décor de la structure même. Cette fusion de la structure et de l’ornement est particulièrement réussie dans la salle de spectacle dans laquelle les colonnettes en fonte qui soutiennent le plafond s’épanouissent en courbes gracieuses. Cet auditorium de 54 mètres de long sur 16,50 mètres de large constituait d’ailleurs l’apothéose de cet édifice résolument moderne : la légèreté de sa structure et l’aspect de son plafond ondulé lui donnant la forme d’un dirigeable, ainsi que la réputation de son excellente acoustique en constituaient les plus éclatantes réussites. L’architecte donnait la preuve des qualités esthétiques de matériaux de contruction peu coûteux, la brique et le fer.

    L’implication de Victor Horta dans ce projet ne doit pas se comprendre comme la traduction d’un quelconque engagement politique : certes Horta professait un cours de dessin industriel aux ouvriers depuis 1892, et le but d’un tel édifice était d’affirmer la puissance du mouvement ouvrier mais il fit une grande partie de sa carrière comme architecte d’hôtels particuliers. Ses commanditaires étaient de riches industriels prêts à prendre le risque de soutenir ses projets novateurs en rupture avec l’éclectisme qui prévalait depuis le milieu du XIXe siècle en Europe. Avec l’hôtel Tassel (1893), considéré comme la première œuvre majeure de l’Art Nouveau, il avait initié une révolution architecturale qui devait avoir une influence prépondérante à Bruxelles et à Paris. Peu après la Maison du Peuple, Horta réalisa en 1901 un grand magasin bruxellois dans le style Art Nouveau, À l’Innovation (1901, détruit par un incendie en 1967), marquant un jalon dans l’histoire de l’architecture commerciale qui avait fait l’objet de recherches tout au long du XIXe siècle.

    En dépit de sa qualité architecturale, la Maison du Peuple se révéla au fil des années comporter des inconvénients de plus en plus importants : elle n’est pas équipée d’un ascenseur, alors qu’à époque comparable les premiers gratte-ciel américains construits par les architectes de l’école de Chicago, le baron Jeanney ou Louis Sullivan (1856-1924) en comportaient déjà ; la taille des salles de réunion, jugée trop grande ou trop petite, n’est plus adaptée aux besoins ; enfin l’acoustique de la grande salle de réunion dont Horta s’enorgueillissait pourtant dans ses Mémoires est finalement considérée comme défectueuse. Aussi sa destruction est-elle décidée en 1964, moins de vingt ans après la mort de son auteur, malgré de vives protestations d’architectes.

    HG

    Fiches Liées :