Le Gothique

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    Autel de Klosterneuburg

    de Verdun, Nicolas

    Nom

    1181

    Style

    Nicolas de Verdun est considéré par les commentateurs comme l'un des plus grands artistes du Moyen Âge. Maître en orfèvrerie, pratique artistique majeure de l'ère gothique, il est à l'origine de ce que l'on nomme aujourd'hui le style antiquisant. C'est en effet avec son œuvre et quelques autres réalisations de l'extrême fin du XIIe siècle que l'on remarque une réappropriation de modèles antiques jusqu'alors délaissés par les artistes romans. Ce renouveau d'intérêt, comparable à celui qui caractérisa la Renaissance carolingienne (IXe siècle), est lié au souci de légitimité des hautes classes féodales et plus particulièrement des familles royales qui s'identifiaient à la Rome des Empereurs.
    L'autel de Klosterneuburg est à ce titre l'un des chefs d'œuvre qui marquèrent l'avènement de ce style. L'ensemble se présente aujourd'hui comme un autel à double vantail, orné de cinquante-cinq plaques de cuivre doré émaillé selon la technique de l'émail champlevé. Le panneau central se compose de trois rangées superposées de neuf plaques, prolongées sur chacun des deux vantaux par quatre plaques. Seules quarante-cinq plaques sont de la main de Nicolas de Verdun et de ses proches collaborateurs. Elles provenaient à l'origine d'un ambon duquel elles furent enlevées afin d’être transformées en triptyque en 1331. Dix autres plaques, réalisées au XIVe siècle, y furent adjointes.
    Chaque plaque, encadrée par une arcade trilobée le long de laquelle court une inscription qui identifie et narre brièvement la scène, illustre un épisode des Écritures. Aux écoinçons sont placés anges, prophètes et vertus. Toutes les figures ont été gravées sur du cuivre doré se démarquant sur un fond d'émail bleu. On remarque parfois l'utilisation d'émaux blanc, rouge ou vert qui soulignent certains détails narratifs.
    Le registre central traite du Nouveau Testament, avec les épisodes principaux de la vie du Christ, allant de l'Annonciation à la Pentecôte puis de la seconde apparition du Ressuscité au Jugement Dernier. Sur les registres du haut et du bas sont illustrées des scènes de l'Ancien Testament, respectivement avant (ante legem) et après (sub leg) la remise des tables de la Loi à Moïse sur le Mont Sinaï.
    Le principe iconographique des concordances, programme typologique caractéristique de la théologie et de l'art sacré médiéval, est ici clairement identifié : il s'agit d'expliciter le message des Évangiles par l'Ancien Testament qui les précède, en faisant concorder différentes scènes bibliques. Des inscriptions courant autour des registres éclairent ce programme, le tout s'apparentant à un sermon en images. On retrouve ainsi l'iconographie courante de l'époque visible dans les cycles de vitraux des cathédrales ou bien encore dans certains ivoires sculptés.
    Une inscription, rarissime pour cette période, signe et date l'ouvrage : « En 1181, Wernher t'a consacré, Vierge Marie, l'ouvrage exécuté par Nicolas de Verdun ». On retrouvera plus tard le nom de l'orfèvre sur la Châsse de la Vierge de la cathédrale de Tournai, datée de 1205. Ces deux dates nous permettent d'établir une fourchette d'activité de l'artiste s'étalant au moins sur un quart de siècle. Peu d'œuvres antérieures au XVe siècle sont clairement identifiables par la marque du nom de celui ou ceux ont participé à sa réalisation. Ce sont plus généralement des recoupements stylistiques ou des documents tels que les contrats qui permettent l'identification de l'artiste ou, plus souvent, l'attribution par l'historien de telle œuvre à tel artiste du Moyen Âge.
    L'importance de Nicolas de Verdun s'illustre avant tout dans le style même des images qu'il créa. Le mouvement et le dynamisme qui insuffle la vie à ses personnages ont peu d'équivalent dans l'art médiéval d'Occident à cette période. On peut penser que l'origine mosane de l'orfèvre est ici déterminante : Verdun, situé entre Trèves et Reims, était alors au centre de l'ancien réseau que constituaient au Xe siècle les abbayes carolingiennes, lieux moteurs de la redécouverte des formes antiques et antiquisantes (ce qui est visible au sein des ivoires et manuscrits produits à cette période reculée). Peut-être Nicolas de Verdun eut-il accès à ces modèles vieux de deux siècles et les comprit-il de manière inédite.
    La plaque illustrant l'épisode de la rencontre de la reine de Saba et du roi le laisse particulièrement supposer : le hanchement de la souveraine accentué par les retombées de son drapé a tout d'un contrapposto antique. Les expressions des personnages et leurs postures illustrent une tendance au naturalisme sans précédent.
    Alors que la technique de l'émail champlevé sur cuivre doré était typique de l'orfèvrerie du XIIe siècle, le retour aux formes antiques et à un naturalisme dépassant les formules stylisées de l'ère romane fait de l'art de Nicolas de Verdun un moment clé de l'histoire européenne des arts qui marque – de façon encore précoce – le passage au style gothique.

    BB

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