Le Gothique

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    Monastère des Hiéronymites

    Boytac, Diego

    Nom

    1501/1502-1572

    Style

    Le monastère des Hiéronymites s’élève à Belém, ville située au bord du Tage à proximité de Lisbonne (7 km) et point de départ des expéditions maritimes au XVe siècle. Sa construction, décidée par le roi Manuel Ier en 1496, s’est étalée durant les trois premiers quarts du XVIe siècle : elle révèle la magnificence de l’empire portugais à cette époque.

    Le monastère comprend une église et un cloître auxquels sont adossés les bâtiments habituels d’un édifice conventuel comprenant une salle capitulaire, une sacristie, une bibliothèque et un réfectoire. La première phase du chantier fut confiée à Diego Boytac, maître des œuvres royales, architecte ayant dirigé la construction de l’église du couvent de Jésus à Setúbal et collaboré à celle du monastère de Batalha. Il conçut le plan et supervisa la réalisation du monastère de 1501/1502 à 1516. Le plan de l’église n’offre pas d’originalité particulière : la nef, longue de 91 mètres, est constituée d’un vaisseau central et de deux vaisseaux collatéraux à trois travées. Elle aboutit à un large transept non débordant qui donne sur un chœur profond à chevet plat. L’élévation est en revanche remarquable par sa taille monumentale et ses proportions proches de celles d’une église-halle. En effet, les voûtes du vaisseau central et des collatéraux reposant sur six longs piliers effilés atteignent la même hauteur.
    La deuxième phase du chantier revint à João de Castilho, qui avait collaboré auparavant à la construction du couvent des Templiers de Tomar : il apporta un profond renouvellement de la conception du décor dont il chargea de nouveaux artistes. Il décida du couvrement de l’église, constitué d’un enchevêtrement de voûtes en palmiers et de voûtes d’ogives nervurées à liernes et tiercerons dont la fonction est tant structurelle que décorative, et supervisa le décor sculpté de l’intérieur de l’église (bas-reliefs des piliers) et de ses portails sud et ouest. Sculpté par Nicolas de Chantereine, le portail ouest (1517) est encadré de sculptures en ronde-bosse du couple royal agenouillé en prière devant ses saints patrons : Manuel Ier et saint Jérôme (à gauche), doña Maria et saint Jean-Baptiste (à droite). Le portail sud (1517), orienté vers le Tage, est dédié à la Vierge. Il présente un foisonnant décor en partie sculpté par Diego de Castilho : encadré de contreforts hérissés de pinacles, il apparaît surchargé de multiples niches abritant des statues en ronde-bosse. Castilho transforma profondément l’aspect du cloître spacieux (55 x 55 m) construit par Boytac, y introduisant deux innovations majeures : d’une part, il transforma le plan carré en plan octogonal en remplaçant les quatre angles droits par des arcades en diagonales, d’autre part, il ajouta un deuxième niveau. Quant à la décoration, il recouvrit les pilastres circulaires conçus par Boytac, de pilastres rectangulaires comportant des reliefs décorés d’abondants ornements végétaux stylisés. Les arcades sont peuplées de motifs végétaux ainsi que de représentations d’animaux et de personnages fantastiques. À la mort de Castilho en 1551, il semble que la construction continua sous la direction, de Diego de Torralva (1551-1566) puis de Jerónimo de Ruão (1566-1572), qui réalisèrent le chœur de l’église dans le style Renaissance.

    L’exacerbation de l’aspect décoratif, allié à un goût pour le haut-relief et à un vocabulaire en partie emprunté à l’univers de la nature visibles dans la nef et le cloître, est caractéristique de l’art dit « manuélin ». Ce terme d’art désigne l’adaptation du style gothique, tardivement éclos au Portugal sous le règne du roi Manuel Ier dont il tire son nom. Il associe les principes de structure et de décor du gothique flamboyant (voûte de la nef, arcs surbaissés du cloître), revus à travers le prisme de diverses traditions européennes (espagnole, italienne, française) à des apports iconographiques originaux. Cette fusion engagée avec le monastère de Batalha atteint son épanouissement au monastère de Belém. Elle est le produit de la rencontre d’artistes d’origines diverses (Boytac passe pour être français, Castilho est biscayen), formés dans des chantiers européens (Nicolas de Chantereine est un artiste d’origine wallonne marqué par la tradition bourguignonne et les innovations italiennes). João de Castilho donne au style manuélin un infléchissement plus proprement italien. Les décors qu’il ajoute (reliefs des piliers de la nef et du cloître) sont caractéristiques du style dit « plateresque », développé en Espagne aux XVe et XVIe siècles, marqué par l’introduction du répertoire décoratif iconographique italien de la Renaissance. Le terme de plateresque dérive du mot espagnol platero, orfèvre, en référence à la délicate réalisation de ses ornements.

    L’importance et la qualité de la réalisation du chantier du monastère des Hiéronymites sont révélatrices de la prospérité que connaissait l’empire portugais en cette époque de découverte des terres, et par-là de nouvelles richesses à travers le monde. Le site de Belém dut son développement à sa situation géographique, point de départ des grandes expéditions navales. Et c’est à l’emplacement du futur monastère, dans une église dédiée à la Vierge Marie, protectrice des marins, que Vasco de Gama se recueillit avant le départ de l’expédition au cours de laquelle il découvrit la route des Indes en 1496. La construction du monastère projetée en même temps que ce voyage ne doit néanmoins pas être entendue comme une référence directe à la découverte de Vasco de Gama, puisque ce rôle commémoratif est tenu par la tour construite à proximité du monastère par Francisco de Arunda vers 1514-1520. En revanche, c’est bien grâce aux richesses obtenues grâce à l’importation de denrées d’Afrique et d’Inde que l’édification du monastère put être entreprise. Le roi Manuel Ier octroya aux moines le droit de prélever une dîme sur ces marchandises importées.
    La fonction première du monastère devait être d’abriter les tombeaux de la famille royale qui se trouvaient auparavant au monastère de Batalha. À travers cet édifice, le roi Manuel Ier cherchait à démontrer aux yeux de l’Europe la puissance de la dynastie des Avis, en particulier vis-à-vis de l’Espagne, royaume qu’il aurait souhaité réunir au Portugal sous sa propre couronne. Qui d’autre, mieux que les Hiéronymites, moines contemplatifs d’une haute spiritualité et chargés de perpétuer le culte funéraire de la dynastie de Castille, auraient pu servir ce dessein ?

    De l’empire brillant que constituait le Royaume du Portugal, beaucoup de monuments furent irrémédiablement perdus dans le tremblement de terre de Lisbonne en 1755. La rareté de ce patrimoine exceptionnel explique son classement par l’UNESCO au Patrimoine mondial de l’humanité en 1983.

    HG

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