Le Gothique

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    Li nouviautz tanz

    de Couci, Chastelain

    Nom

    Fin du XIIe siècle

    Style

    Le XIIe siècle est celui d’une renaissance du spirituel. Le sentiment religieux y est exprimé avec profondeur et passion. A cette tendance mystique, la culture profane répond par ses propres formes d’expression des sentiments. Les cours savantes développent des codes culturels et littéraires nouveaux que l’on nomme « courtoisie ». Les troubadours du sud de la France ont, depuis le milieu du XIIe siècle déjà, façonné des formes poétiques et musicales vouées à l’expression du sentiment courtois. Sous ses allures codifiées, la fin’amor est un cadre dans lequel s’épanouit une grande inventivité.
    Trouvères et troubadours sont des poètes-compositeurs en langue vernaculaire, inventeurs de compositions savantes et délicates. Ils évoluent dans les milieux courtois dont ils sont souvent eux-mêmes d’éminents membres. Le seigneur, poète éclairé, à l’image du roi David, est le centre d’une vie intellectuelle riche ; Aliénore d'Aquitaine œuvra notamment par son mécénat à la diffusion des répertoires du Sud vers les cours du Nord de la France.
    Le Chastelain de Couci (ou Coucy, localité de l’Aisne) fait partie de ces compositeurs de noble lignage. Il nous a laissé une trentaine de chansons. On sait peu de choses de sa vie, si ce n’est qu’il partit à deux reprises aux Croisades en 1190 et en 1202. C’est d’ailleurs lors d’une traversée de la mer Égée qu’il trouva la mort, en 1203. Ses chansons portent la trace de ses voyages en terre lointaine. Les thèmes du départ pour la Croisade, de l’amour et de la douleur causée par l’éloignement de la Dame sont récurrents dans toute la poésie courtoise et très amplement développés par le Chastelain de Couci.
    La chanson li nouviautz tanz en est un exemple puisqu’il y est fait allusion à l’outremer à la fin de la strophe 1. Le texte commence pourtant de manière légère et souriante, par l’un des clichés de la littérature courtoise : le printemps, saison des amours invite et inspire le poète. La relation amoureuse qu’il décrit tient à la fois d’une dévotion spirituelle et du désir charnel. L’amour courtois effectue la réconciliation du corps et de l’âme. Parée de toutes les qualités physiques, la Dame est pourtant libre de repousser les avances. Cet amour déçu est source d’un profond désespoir. Le rejet capricieux de la Dame est vécu comme une trahison et elle devient « fausse amie ». Ce n’est pas pour autant que le poète renonce à cet amour. Le service, comparable au lien vassalique, est indéfectible et conduit à la mort.
    La mélodie parait simple mais est agréablement ornée et ménage une expressivité touchante. La légèreté, soulignée par les instruments choisis pour l’extrait proposé (flûte et cymbalettes), est contenue dans une structure poétique et musicale très recherchée. L’ensemble se compose de quatre strophes de huit vers. Le travail sur la structure poétique est subtil :
    Li nouviautz tanz et mais et violete
    Et lousseignolz me semont de chanter
    Et mes fins cuers me fait d’une amourete
    Si douz present que ne l’os refuser.
    Or le lait Dieus en tele honeur monter
    Que cele u j’ai mon cuer et mon penser
    Tieigne une foiz entre mes braz nuete
    Ancoiz quaille outremer

    Traduction : La saison nouvelle, le mois de mai, la violette, le rossignol, tout m’invite à chanter, et mon cœur tendre me fait d’une amourette si doux présent que je ne l’ose refuser. Que Dieu m’accorde l’honneur de tenir celle en qui j’ai mis mon âme et mes pensées une fois nue, entre mes bras, avant que je n’aille par-delà les mers !

    Les quatre premiers vers se chantent sur deux phrases mélodiques répétées alors que les quatre vers suivants sont différents. Le sixième vers relance l’ensemble, car il est plus aigu et expressif. Seules deux sonorités des rimes, soulignées par les cadences de la musique, encadrent ces huit vers. Les mêmes terminaisons sont utilisées aux strophes 2 (Au commencier la trouvai si doucete…) et 4 (De mil soupirs que le li doi par dete). La strophe 3, dans laquelle il est question de la cruauté de la Dame, est donc démarquée par rapport aux autres. Le trouvère réalise ainsi l’alchimie parfaite des mots et des sons. La mélodie s’incarne dans les sonorités du texte, en épouse les contours et joue de sa propre rhétorique pour faire éclore une émotion parfois contenue et raffinée, parfois impétueuse et passionnée.

    AZR

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