Le Gothique

Index par termes liés

Mots clefs

  • imprimerie
  • dessin
  • cuivre
  • orfèvre
  • roi
  • pape
  • illustration
  • livre
  • gravure
  • carte europe
    • origineOrigine géographique
    • circulationAires de circulation
    • conservationLieu de conservation actuel
    zoom-carte

    Les fiches les plus recommandées sont :

    La Divine Comédie

    Boticelli, Sandro

    Nom

    Avant 1481

    Style

    La série de gravures sur l’Enfer réalisée à Florence à la fin du XVe siècle par Baccio Baldini fut créée pour la première édition illustrée de La Divine Comédie de Dante, parue en 1481 et contenant les commentaires de Cristoforo Landino, professeur d’éloquence et de poésie à l’université de Florence. Les images se rapportent aux différents épisodes du cheminement de Dante et de son guide, le poète Virgile, à travers l’Enfer ; elles illustrent ainsi la première partie du livre qui, rédigé au XIIIe siècle, est composé de cent chants qui décrivent l’accession à la découverte de Dieu, passant par la traversée de l’Enfer, du Purgatoire et du Paradis, où sont inventoriés les crimes et les bienfaits de l’homme.
    Les images sont toutes composées sur un même mode, illustrant chacune une étape du parcours de Dante et de Virgile dans les différents cercles de l’Enfer ; les deux poètes sont représentés plusieurs fois dans chaque scène, ce qui permet de rendre visible leur cheminement.
    L’image du Chant VII, qui les figure dans le quatrième cercle de l’Enfer, celui où sont punis ensemble les avares et les prodigues, présente ainsi les deux personnages observant les damnés, condamnés à rouler d’énormes pierres qui symbolisent l’attachement aux biens matériels qui empêche l’être humain d’avancer. Parmi les damnés apparaissent notamment un pape, un cardinal, un empereur et un roi. À droite de l’image se trouve Plutus, le démon des richesses, gardien du cercle, à qui Virgile adresse une malédiction.

    Un livre illustré est toujours le résultat d’une collaboration étroite entre différents acteurs ; dans le cas de La Divine Comédie, l’on sait que l’entreprise associa, outre l’éditeur et le commentateur du texte, le peintre Sandro Botticelli et le graveur Baccio Baldini. Celui-ci réalisa en effet les gravures à partir de modèles dessinés et imaginés par Botticelli ; nous le savons par des dessins, parvenus jusqu’à nous et qui permettent de s’assurer de leur utilisation comme base de travail. L’on sait que ces dessins, sans doute réutilisés par l’éditeur, furent à l’origine commandés à Botticelli par Lorenzo di Pierfrancesco Medici, l’un des plus hauts dignitaires de Florence. Apparaissant dans le sens inverse à celui des dessins après l’impression, les gravures de Baldini les simplifient et leur donnent un caractère plus archaïque qui reflète le style de leur interprète, dont ils constituent les dernières gravures.
    Principal graveur florentin de sa génération, issu d’un milieu d’orfèvres, Baccio Baldini fut l’élève de l’orfèvre Maso Finiguerra ; il réalisa des gravures tant religieuses que profanes dont aucune n’est signée. Il est principalement connu grâce à un texte du grand historien Giorgio Vasari qui, au XVIe siècle, le place dans l’entourage de Sandro Botticelli et signale qu’il effectua les illustrations pour La Divine Comédie de Dante. Le texte de Vasari déclare encore que Baldini n’était qu’un mauvais dessinateur et qu’il était incapable d’inventer lui-même les compositions de ses œuvres. Ses gravures s’inscrivent dans le contexte de l’art florentin de son temps tout en reprenant de nombreux éléments de l’art des écoles du Nord, notamment des créations de Martin Schongauer.
    Les gravures qui sont attribuées à Baccio Baldini en raison de leur parenté tant technique que stylistique sont marquées par l’emploi d’une « manière fine », attribuée aux graveurs-orfèvres, qui consiste en une taille ferme et vigoureuse sur la plaque pour les tracés essentiels, qui mettent en place les grands axes du décor et de la composition, à laquelle sont adjointes des tailles courtes et serrées qui produisent des effets d’une grande légèreté, évoquant ceux de l’estompe et du lavis. Cette technique de gravure permet aux images de se rapprocher du dessin : les lignes profondes évoquent le trait d’un crayon tandis que les tailles courtes rappellent le lavis. Cette proximité avec le dessin est un atout pour l’illustration d’un livre, quand celui-ci souhaite rivaliser avec les précieux manuscrits enluminés ; plusieurs exemplaires de l’ouvrage furent d’ailleurs colorés à la main par des artistes après l’impression.

    Si le livre fut édité, la totalité des gravures ne fut jamais terminée, ce dont témoignent les espaces blancs laissés dans le texte qui devaient initialement accueillir une image. Cet inachèvement rappelle les difficultés techniques rencontrées par les imprimeurs pour inclure des gravures sur cuivre dans des ouvrages imprimés. Le texte étant en relief tandis que la gravure est en creux, deux presses différentes doivent en effet être utilisées pour imprimer l’ensemble sur une seule page. Long et coûteux, ce procédé ne fut utilisé que pour quelques gravures, les autres étant tirées à part puis collées dans les espaces réservés.
    Malgré des moyens financiers qui devaient être considérables, les éditeurs ne purent ainsi attendre la réalisation de l’ensemble des gravures prévues ; seules dix-neuf ornèrent le livre, sur les cent qui étaient prévues. Cet état de fait souligne les grandes difficultés rencontrées pour mener à bien des entreprises collectives inévitablement marquées par des problèmes techniques, et plus encore par les difficultés qui découlent de l’association de différentes personnalités. Dans son livre, Vasari considère que l’illustration de Dante fut une expérience malencontreuse et contre-productive pour Botticelli, puisqu’elle « lui prit beaucoup de temps, l’empêcha de travailler à autre chose et fut la cause de beaucoup d’ennuis dans sa vie. »

    PC

    Fiches Liées : Mort et pathétique : notice transversale