Le Gothique

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    Bréviaire de Belleville

    Pucelle, Jean

    Nom

    1323-1326

    Style

    Le Bréviaire de Belleville, conservé à la Bibliothèque nationale de France, est un manuscrit enluminé dont les peintures furent réalisées par Jean Pucelle et son entourage vers le premier quart du XIVe siècle. Il doit son nom à sa probable destinatrice, Jeanne de Belleville, qui le reçut peut-être en cadeau pour ses noces avec Olivier de Clisson, seigneur breton dont les biens furent confisqués par Charles V en 1343.

    Un bréviaire est un livre liturgique rassemblant les textes servant à un clerc ou un religieux pour célébrer la messe dite « aux huit heures canoniales » au fil de l’année (matines, laudes, primes, tierces, sixtes, nones, vêpres, complies). Conformément aux usages pour ce type de manuscrit, le Bréviaire de Belleville comprend deux volumes correspondant à deux périodes de l’année (de l’Avent à Pâques et de Pâques à l’Avent). Chaque volume contient un calendrier suivi de trois sections : le temporal pour les offices du dimanche et ceux commémorant la vie du Christ, le psautier comprenant les psaumes, et le sanctoral pour les fêtes des saints. Ce bréviaire, qui comprend aujourd’hui 79 folios, est remarquable par l’abondance et la qualité des illustrations qu’il contenait. Les peintures se situent en effet, soit dans les marges, soit dans le corps du texte sous forme de vignettes. Deux peintures disparues, en pleine page à thème symbolique, venaient s’intercaler entre le calendrier et les prières. Les illustrations manquantes sont connues grâce à des copies de la deuxième moitié du XIVe siècle, contenues dans le Bréviaire de Charles V, et dans les Petites et Grandes Heures du duc de Berry, où le calendrier est repris.

    Un programme iconographique complexe a présidé à la réalisation des enluminures. Il est explicité par un texte d’exposition (fol. 2-4) sans doute rédigé par un moine dominicain. Dans la marge inférieure du Mois de décembre (premier volume, calendrier, folio 6), figure une scène narrative symbolisant la concordance entre l’Ancien et le Nouveau Testament : Isaïe annonce une prophétie matérialisée par un phylactère, qui, transmis à l’apôtre Matthieu, devient un article de foi. À cette transcription littérale de la révélation se superpose une interprétation allégorique. De la main droite, le prophète s’empare d’une pierre provenant des ruines d’une synagogue. Cette image doit se comprendre comme le résultat d’un processus représenté au fil des mois de l’année : la synagogue, complète en janvier, a été progressivement démantelée, ce qui, dans le contexte de l’époque, est à interpréter comme une métaphore de l’effondrement de la religion juive détruite par l’avènement de la religion chrétienne. Dans la marge supérieure, une porte de ville, symbolisant l’une des douze portes de la Jérusalem céleste, structure la composition : à gauche sont représentés des personnages du Nouveau Testament (la Vierge Marie, saint Paul prêchant), tandis qu’à droite figure un paysan taillant les branches d’un arbre fruitier, allusion au cycle des saisons. Sous la porte se trouvait, à l’origine, le signe zodiacal du sagittaire. Est ainsi instauré un dispositif iconographique très élaboré, commun à tous les mois du calendrier, combinant la représentation symbolique des articles de la Foi et du Credo des apôtres aux Travaux des mois.
    Le psautier est orné de miniatures ayant pour thème le cycle des sept sacrements. La bordure inférieure du verso du folio 24 évoque celui de l’Eucharistie. De part et d’autre de la représentation de la cérémonie de l’Eucharistie, où le prêtre tient ostensiblement une hostie, figurent l’histoire du meurtre d’Abel (à gauche) et une scène de distribution des aumônes (à droite). Dans le corps du texte apparaît une vignette représentant Saül tentant de blesser David. Cette opposition entre vice et vertu se répète pour chaque sacrement. Elle correspond à une vision antithétique, typiquement médiévale, fixée au XIIIe siècle par saint Thomas d’Aquin dans le De Sacramentis.

    Les pages illustrées du manuscrit sont structurées par un cadre rectangulaire imitant les branches d’un arbre qui divise le texte en deux colonnes et délimite l’espace dans lequel les scènes sont figurées. Le feuillage de ces arbres est parfois animé de grotesques et d’animaux. Cette attention portée à la nature, particulièrement marquée dans les pages du calendrier du premier volume, témoigne d’un transfert d’intérêt de la vie de l’homme à celle de la nature. En cela, elle annonce les miniatures du calendrier des Très Riches Heures du duc de Berry (1412-1416, Chantilly, musée Condé) des frères Limbourg, voire la série des Saisons de Pieter Brueghel l’Ancien (1565, divers musées).

    Les illustrations du manuscrit sont données avec certitude à Jean Pucelle dont la signature apparaît en marge d’un folio (fol. 33r). Cet artiste a su le premier intégrer aux traditions spécifiques de l’enluminure gothique septentrionale les innovations de la peinture toscane. Les compositions en bas de page relèvent d’un type de décoration inspiré par les psautiers anglais de la fin du XIIIe et du début du XIVe siècle. Le volume conféré, notamment par la présence d’édifices architecturés en trois dimensions, est inséparable des recherches sur la représentation de l’espace des artistes italiens Duccio et Giotto diffusées en France au début du XIVe siècle. Pour autant, cette tendance au réalisme est moins prégnante que dans d’autres manuscrits de Pucelle. Au lieu de recourir à de subtils dégradés en grisaille comme dans Les Heures de Jeanne d’Évreux (1325-1328, New York, Cloisters Museum), l’enlumineur a utilisé des couleurs vigoureuses dont les oppositions hardies atténuent l’effet de réalisme. Cette timidité dans le réalisme de la représentation est peut-être due au fait que le bréviaire est le fruit d’une collaboration. On suppose en effet – étant donné la différence de qualité des enluminures – que Jean Pucelle a dirigé l’exécution de toutes les illustrations plutôt qu’il ne les a réalisées. Il aurait été aidé par Anciau de Cens et Jacquet Maci, avec lesquels il a collaboré de façon certaine pour la Bible de Robert de Bylling (1327, Paris, Bibliothèque nationale de France). Le Bréviaire de Belleville participe néanmoins d’une profonde rupture avec le caractère essentiellement graphique et linéaire des enluminures réalisées en France jusqu’à la fin du XIIIe siècle.

    HG

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