Le Gothique

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    Rhodes ville médiévale

    Nom

    1309-1522

    Style

    La ville de Rhodes, située au nord-est de l’île grecque du même nom, est l’une des rares, voire l’unique grande ville médiévale fortifiée à conserver presque intacts l’ensemble de son enceinte, son plan et ses bâtiments. Centre urbain florissant du temps de la Grèce antique, Rhodes devint une ville forteresse byzantine avant le VIIe siècle, avant d’être soumise en 1309 par l’Ordre souverain militaire hospitalier de Saint-Jean (aujourd’hui communément appelé « les Chevaliers de Malte »), qui en fit sa base d’opérations et un avant-poste important pour l’Occident chrétien jusqu’en 1522.
    Occupant une superficie d’environ un kilomètre carré, la ville forme un ovale irrégulier entravé seulement par le port à l’est. Un mur d’enceinte complexe, comprenant plusieurs épaisseurs de remparts crénelés séparés de fossés et ponctués de neuf tours polygonales, circonscrit la ville au nord, à l’ouest et au sud, tandis qu’une douve large et profonde l’isole du terre-plein environnant. Des bastions situés à l’extrémité des trois môles érigés dans la baie en défendaient l’entrée et permettaient de contrôler le passage de vaisseaux au moyen de la chaîne qui fermait le port.
    À l’intérieur des remparts, la ville obéit à une division tripartite héritée de l’époque byzantine. Le collachium, tiers septentrional de la ville correspondant à l’ancienne cité fortifiée du VIIe siècle, contient les nombreux bâtiments essentiels à l’administration des Chevaliers de Saint-Jean : à l’extrême nord-ouest, imbriqué dans le mur de défense, le Palais du Grand Maître, chef de l’Ordre, et, disposés au nord et au sud d’une artère centrale, les Auberges des Langues (sièges des Chevaliers des différents pays), l’Hôpital des Chevaliers, l’arsenal, l’église de Saint-Jean et la cathédrale Notre-Dame du Château. Au sud du collachium s’étend la ville de Rhodes à proprement parler (le burgus ou burgum) où étaient installés les citoyens Grecs et Latins. Les prospères activités commerciales de la cité se concentraient dans la Macellus Burgi Rhodi, vaste voie publique (jusqu’à 60 mètres de large) séparant le collachium du burgus d’ouest en est et aboutissant dans les quartiers portuaires.

    On distingue deux périodes de construction de la ville médiévale : la première s’étend de 1309 à 1481, date à laquelle la ville fut ravagée par un assaut (repoussé) des Turcs et par un puissant tremblement de terre, la seconde débutant en 1481 et durant jusqu’à la capitulation des Chevaliers devant les Ottomans en 1522. Les bâtiments existants, publics et privés, dont la plupart furent construits ou restaurés pendant cette seconde période, comprennent généralement deux étages et présentent, pour les plus élaborés (églises, maisons de notables…), armoiries ou reliefs sculptés, parfois même des peintures murales de style occidental ou byzantin.

    Le Palais du Grand Maître, qui domine la ville de son plus haut point, demeure l’édifice le plus important de Rhodes, par son architecture et son ancienne fonction de chef-lieu de l’Ordre. Érigée à partir du XIVe siècle sur des fondations byzantines, la citadelle rectangulaire s’organise autour d’une cour centrale sur laquelle s’élèvent deux niveaux d’arcades en plein cintre. Le luxe des appartements du Grand Maître et des chambres de cérémonie (meubles et tapisseries somptueux, peintures et sculptures murales…) contraste avec la vocation défensive claire de la structure, qui comprenait des remparts et des tours massifs, une plateforme d’artillerie et trois étages de réserves souterraines.
    La sophistication des défenses, la place significative dévolue au port et au commerce dans le plan de la ville et la qualité de l’architecture trouvent leur explication dans le statut de Rhodes comme capitale des états hospitaliers. L’ordre monastique, fondé à Jérusalem au milieu du XIe siècle pour soigner des pèlerins chrétiens, fut doté à partir des années 1130 d’une fonction militaire appelée à croître qui le mena à s’impliquer fortement dans les Croisades. Possédant aux XIIe et XIIIe siècles jusqu’à cinquante-six forteresses sur la péninsule ibérique et au Moyen-Orient (dont le célèbre Krak des Chevaliers en Syrie), l’ordre souverain bénéficia du soutien militaire et financier des états européens, dont il défendait les intérêts, ainsi que des nombreux territoires qui appartenaient à ces derniers au Moyen-Orient. Ce réseau multinational fut dirigé par une administration hiérarchique stricte présidée par le Grand Maître et ses représentants (les Langues), qui siégeait d’abord à la citadelle d’Acre (Jérusalem), puis à Rhodes et ensuite à Malte.

    Sous l’autorité des Chevaliers, Rhodes devint un carrefour important d’échanges entre l’Europe occidentale et l’Est de la Méditerranée et son port, l’un des plus prospères de la région. Des parfums, des épices, du sucre, des esclaves s’échangeaient sur le marché contre des produits vénitiens, espagnols et turcs ou étaient exportés sur les navires des Hospitaliers. Le cosmopolitisme de Rhodes est alors attesté par sa vie culturelle dynamique : nombre d’artistes et d’érudits – notamment des humanistes s’intéressant aux manuscrits grecs et latins – gravitaient autour du Grand Maître tandis que les Chevaliers attribuaient des bourses d’études (ils fondèrent même une école publique locale en 1510).
    L’effervescence de Rhodes reflète la redoutable puissance militaire des Chevaliers qui, vivant sous la menace constante de l’Empire Ottoman, en firent une ville modèle pour l’architecture défensive autour de 1500. L’introduction de la poudre à canon et le développement de l’artillerie lourde au XIVe siècle, qui transformèrent radicalement les méthodes de la guerre, obligèrent les Hospitaliers à faire évoluer leurs défenses. Ainsi, au cours du XVe siècle, ils démultiplièrent les fossés, renforcèrent de remblais tours et enceinte, et perfectionnèrent les fortifications du port.
    La conquête de la ville par les Turcs en 1522 ne transforma pas fondamentalement la cité : des quartiers résidentiels s’établirent peu à peu à l’extérieur du mur d’enceinte et des mosquées, bains et autres bâtiments publics ottomans furent construits ou investirent les édifices existants. La restauration des monuments et fortifications médiévaux – en particulier du Palais du Grand Maître, en grande partie écroulé – commença en 1912, puis se poursuivit après la Deuxième Guerre mondiale, culminant en 1988 avec l’inscription de la ville médiévale de Rhodes à la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO.

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