Le Gothique

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    Synagogue du Transito

    Ha-Levi Abulafia , Samuel

    Nom

    1336-1357

    Style

    La synagogue dite « du Transito », à Tolède, est un exemple caractéristique de l'architecture mudejar tardive. Construite entre 1336 et 1357 sous la direction de Samuel ha-Levi Abulafia, homme d'état et conseiller du roi chrétien de Castille Pierre Ier, dit Pierre le Cruel, elle a connu une histoire mouvementée, celle de la communauté juive séfarade d'Espagne (« Sefarad » signifie « Espagne » en hébreu). Après l'expulsion des Juifs du territoire ibérique décrétée par les Rois catholiques en 1492, l'édifice fut confié à un ordre de chevaliers, « la Orden de Calatrava », pour lequel il servit d'hôpital et d'asile, puis d'église et de nécropole. Elle fut baptisée église du Transito au XVIIe siècle après qu'un chevalier lui a consacré un tableau de l'Assomption de la Vierge (« Transito » en espagnol). Déclarée monument national en 1877, la synagogue abrite aujourd'hui le Musée séfarade (musée national d'Art hispano-juif), symbolisant en quelque sorte la restitution de l'édifice à sa communauté d'origine.
    L'art mudéjar trouve une de ses plus brillantes illustrations dans la synagogue du Transito. Résultant de l'exil des communautés chrétiennes mozarabes et juives persécutées d'Andalousie ainsi que de l'ouvrage d'artisans musulmans présents sur les terres reprises aux maures par les chrétiens, cet art mélange influences arabes et gothiques, appliquant une décoration d'inspiration mauresque (enduit sur brique avec motifs épigraphiques, muqarnas, arcs brisés et outrepassés) à des architectures plus proprement chrétiennes ou juives.
    Les liens qui unissaient au XIVe siècle Samuel ha-Levi et Pierre le Cruel reflètent ceux entretenus par les deux communautés. Le souverain castillan, grand amateur des formes mudéjares – il fut l'un des principaux artisans de l'édification de l'Alcazar de Séville – permit aux séfarades de pratiquer leur culte et de construire leurs propres sanctuaires.
    Le plan de l'édifice tolédan servira d’exemple pour la construction des synagogues de la diaspora juive après 1400. Une grande salle rectangulaire dédiée à la prière des hommes est au centre de l'édifice. Ses dimensions sont imposantes : 23 mètres sur 9,50 mètres et 12 mètres de hauteur. Une niche centrale est creusée dans le mur oriental. Il s'agit de l'hejal où sont conservés les rouleaux de la Loi (Tora). L'innovation principale réside dans la création d'une tribune au sud dont les cinq grandes baies ouvrent sur la salle de prières. Une citation du Cantique de Miriam semble indiquer que cette tribune était exclusivement réservée aux femmes. Elle possède sa propre entrée. Ce parti de séparation des deux sexes sera, par la suite, systématiquement repris par les communautés séfarade et ashkénaze lors de l'édification de synagogues.
    On peut voir dans cette distribution le reflet du caractère palatial de l'édifice du ministre du roi, que confirment la décoration et les matériaux employés. La décoration est omniprésente et d'une grande qualité. Alors que l'aspect extérieur du bâtiment est d'une grande sobriété, se fondant dans le paysage urbain castillan – élévation de pierre avec des fenêtres en arcs brisés au niveau supérieur, toit à quatre pentes –, les parois intérieures sont couvertes de stuc ciselé polychrome. Épigraphiques ou d'inspiration végétale, les motifs principaux sont typiques des cultes aniconiques que sont l'Islam et la religion juive ; ils s'emparent de l'hébreu à la manière des graphies arabes en créant des registres superposés d’écriture courant au-dessus, mais aussi, entre les arcades qui séparent l'espace intérieur. Ces motifs reprennent des passages des Psaumes, des Prophètes et traitent du rituel du Temple de Jérusalem. D'autres inscriptions renvoient au mobilier et aux dépendances propres à la synagogue (lampes, chaire, école talmudique...) ou encore glorifient Samuel ha-Levi ou le roi de Castille, appelé « grand aigle aux ailes énormes ». Les inscriptions en arabe « paix, bonheur et prospérité » reviennent sans cesse comme élément ornemental.
    L'effet décoratif foisonnant culmine à l’emplacement de l'hejal où trois panneaux, couverts d'entrelacs et de motifs végétaux, encadrent la niche protégée par trois arcades polylobées séparées par de fines colonnettes. Placée au-dessus, une corniche de stalactites, rappelant les muqarnas des mosquées, est surmontée d'une suite d’arcs courant sur les quatre murs et séparés par des pilastres polychromes. Un plafond à caissons en bois de pin décoré de motifs géométriques d'ivoire incrusté couronne le tout. L'éclairage naturel est travaillé à l'aide d'arcades superposées à d'autres éléments décoratifs, dont des jalousies d'origine purement islamique. L'édifice baigne ainsi dans une lumière tamisée.
    Le bon état de conservation de la synagogue du Transito – qui résulte paradoxalement de sa conversion en église – fait de cet édifice un des très rares exemples, avec l'Alcazar de Séville, de l'architecture mudéjar. Avec l'expulsion des Juifs ordonnée par Isabelle de Castille et Jean d'Aragon en 1492, qui couronnait plus d'un siècle de persécutions des communautés juives et musulmanes sur les territoires de la Reconquista, les très nombreuses synagogues et mosquées de la péninsule ibérique furent détruites, plus rarement reconverties en église après leur abandon. De cet art hispano-mauresque qui couvre une période allant du XIIe au XIVe siècle, époque de rayonnement pour la péninsule, seules quatre synagogues nous sont parvenues dont deux à Tolède qui en comptait sept en 1391.

    BB

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