Le Gothique

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    La Pêche miraculeuse

    Borrassa, Lluis

    Nom

    1411-1413

    Style

    La scène est tirée de l'Évangile de Jean (Jn 21, 1-14) qui relate la troisième apparition du Christ après sa Résurrection. Se montrant à Jean et Pierre, qui sont sur le point de rentrer bredouille de la pêche, Jésus leur demande de jeter une nouvelle fois leurs filets qui se remplissent miraculeusement de poissons. Pierre, reconnaissant le Ressuscité, se jette alors à l'eau pour le rejoindre.
    Au premier plan, le Christ debout sur la berge, tend sa main gauche à Pierre pour l'aider à sortir des eaux du lac de Tibériade. De sa main droite, il esquisse un geste de bénédiction. Derrière eux, deux barques coupent obliquement le plan du tableau, suggérant une idée de profondeur. Un troisième saint personnage, signalé par un nimbe doré, Jean, regarde la scène. Un pêcheur avec un filet l'accompagne dans la première barque. À l'arrière-plan se trouvent deux autres pêcheurs qui donnent un caractère anecdotique et vivant à la représentation : l'un actionne les rames de l'embarcation, l'autre hâle ses filets pleins de poissons. Les trois pêcheurs semblent se désintéresser de la scène sacrée. Leurs vêtements sombres accentuent la séparation formelle des personnages en deux groupes, le Christ et les deux apôtres étant vêtus de tuniques de couleur rouge et bleue, qui renforcent leur présence dans le tableau.
    Issu du retable dédié à saint Pierre en l'église Santa Maria de Tarrassa, ce panneau fut réalisé par Lluis Borrassa, spécialiste du genre. Pas moins de onze retables documentés lui sont dus, auxquels s'ajoutent vingt ouvrages qui lui sont attribués par recoupements stylistiques. À ce titre, il apparaît comme le peintre catalan le plus prolifique de son temps, œuvrant à Barcelone mais aussi dans le reste de la Catalogne, à Tarragone, Gérone ou encore Igualada.
    Le traitement très graphique et l'utilisation d'une gamme chromatique harmonieuse, typiques de l'art de Borrassa, confèrent à cette peinture une élégance formelle qui l'inscrit totalement dans le « style international » du gothique tardif. Les flots du lac et les arabesques décrites par les corps liés de Pierre et Jésus à l'aide d'une ligne souple et continue qui trace et rythme la composition, participent de la préciosité de ce style alors en vogue dans l'Europe à la fin du Moyen Âge. Cette préciosité s'observe aussi dans l'emploi de la feuille d'or, selon la technique de l’or gaufré, pour les nimbes des personnages sacrés. On soulignera ici que cet emploi de l'orfèvrerie par les peintres a participé à l'ennoblissement du genre de la peinture au fil des XIVe et XVe siècles, celle-ci reprenant ainsi à son compte le prestige des matières nobles.

    Le royaume d'Aragon, largement ouvert sur la Méditerranée grâce au port de Barcelone et à ses possessions qui s’étalaient alors jusqu'en Sicile et même à Chypre, accueillait naturellement les tendances artistiques en vogue dans la péninsule italienne et dans le royaume de France autour de 1400. Avec son compatriote Jaime Cabrera, Lluis Borrassa apparaît comme l'un des peintres catalans qui introduisirent et développèrent le style « gothique international » dans la péninsule ibérique, manière prolongée plus tard par Bernat Martorell. Les caractères de la peinture siennoise de la seconde moitié du XIVe siècle, héritière du style de Simone Martini, y sont très présents, mêlés à celles de certains modèles français.
    L'aspect éminemment narratif du panneau peint par Borrassa le démarque cependant de ces derniers. Ce goût pour la narration, très en vogue dans l'art catalan, est indissociable de la faveur qu’ont au même moment les romans et historiettes. Le format même du retable espagnol, qui multiplie les scènes peintes reliées dans un schéma complexe, conditionne cet aspect narratif. Les épisodes de l'Évangile – ainsi que les vies des saints – étaient en effet très prisés par les commanditaires de cette période, sensibles à la Devotio moderna (dévotion moderne) qui incitait à la connaissance, à la méditation et à l'imitation de la vie du Christ et des saints de la part du groupe mais aussi de l’individu. Avec l'épisode de la pêche miraculeuse, l'accent est mis sur la confiance en la Résurrection et la Rédemption.
    Par cet aspect narratif et par delà l'apparence précieuse et élégante de la scène, il faut noter une certaine volonté de réalisme de la part de Borrassa, fait nouveau dans la peinture catalane du temps. La tentative de représenter les effets de transparence propres à l'élément aquatique – ainsi du bout de la rame du pêcheur à l'arrière plan et de la partie immergée des vêtements de Pierre – et les attitudes dynamiques des pêcheurs témoignent d’une observation sensible de la réalité.
    Cette tendance s’amplifie au cours des décennies suivantes sous l'influence flamande, résultant des contacts fructueux entre le royaume d'Aragon et les Flandres, et dans certaines œuvres, conduit à un réalisme cru particulier à l’Espagne (cf. retable de saint Georges attribué à Marzal de Sas).

    BB

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