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    La Danse

    Matisse, Henri

    Nom

    1909-1910

    Style

    Créée comme un pendant de la Musique, la Danse est le fruit de la collaboration de Matisse avec le marchand et collectionneur russe, Ivan Chtchoukine (ou Stchoukine). Les panneaux décoraient l’escalier de la maison de ce dernier à Moscou. Le sujet de la Danse fut proposé par le peintre, tandis que celui de la Musique fut suggéré par le collectionneur, fin mélomane et amateur de Scriabine. Matisse expliqua en 1909 son dessein : « Il y a trois étages. J’imagine le visiteur qui vient du dehors. Le premier étage s’offre à lui. Il faut obtenir un effort, donner un sentiment d’allégement. Mon premier panneau représente la danse, cette ronde envolée de la colline. »
    « Ces panneaux de Matisse étaient dans leur temps si forts et originaux … », écrit un contemporain du peintre. « Or maintenant tout cela est devenu habituel et parfois même ennuyeux, mais à l’époque, à Moscou, riche, gelée et belle… Matisse produisait un tel contraste, il agissait comme le poivre fort. »
    La Danse était pour Matisse l’expression du bonheur, une action sacrée. La ronde dansante était déjà représentée dans son tableau la Joie de vivre (1906), celui-là même qui avait bouleversé Chtchoukine, l’incitant à venir dans l’atelier du peintre afin de faire sa connaissance et passer commande. Sujet autonome, la ronde occupe tout l’espace du tableau. La colline verte et le ciel bleu forment le fond sur lequel se détachent cinq figures rouge-orangé qui composent un ovale, figure géométrique dynamique par excellence. Le rythme des personnages renforce l’impression de mouvement : debout à l’arrière plan, ils sont inclinés au premier, jusqu’au rompre la ronde. Formant une diagonale, la figure vue de dos, qui peine à rejoindre la danse, crée un infime déséquilibre que compense la danseuse de droite, inclinée vers l’arrière. A gauche, un personnage effectue un pas croisé, liant le premier et le deuxième plan.

    Alors même que l’on peut deviner deux plans, l’espace semble ne pas avoir de profondeur. En outre, le volume des corps n’est pas modelé par la lumière et l’ombre. Matisse découvre cette méthode de peinture à l’occasion d’un séjour en Corse, où les ombres apparaissent comme transparentes, voire inexistantes, sous le soleil aveuglant. Avec des couleurs posées en aplat, « en surface et sans nuances », la peinture de Matisse atteint un degré d’extrême simplification, qui désole certains critiques et enchante la nouvelle génération des peintres.
    Chtchoukine s’interrogea longuement sur le sujet de sa commande, passée en janvier 1909 : le nu gênait le collectionneur qui avait accueilli dans sa maison les jeunes orphelines d’un de ses parents. Il écrivit à Matisse : les peintures « sont très belles et très nobles de couleur et de ligne » mais « en Russie (nous sommes un peu en Orient) on ne peut montrer le nu devant les jeunes filles. » Après avoir reçu les esquisses des compositions décoratives, Chtchoukine fut finalement convaincu : « Je trouve votre panneau La Danse d’une telle noblesse que je pris la résolution de braver notre opinion bourgeoise et de mettre sur mon escalier un sujet avec LE NU. »
    Lors du Salon d’Automne de 1910, la Danse produisit un scandale de telle ampleur, que Chtchoukine, effrayé, renonça à son achat, ayant pourtant, acquitté la somme de 20 000 Fr. Revenant de Paris, il changea à nouveau d’avis : « …j’ai honte de ma faiblesse et de mon manque de courage. Il ne faut pas abandonner le champ de bataille sans essayer la lutte », écrivit-il à Matisse. Les panneaux arriveront finalement à Moscou en décembre 1910.
    La Danse va devenir un des emblèmes de l’art de Matisse. Elle est si importante pour le peintre qu’il la cite dans d’autres peintures : la Nature morte à la Danse (1909) ou encore les deux variantes des Capucines à la Danse (1909 et 1912). Cette œuvre était l’aboutissement des premières recherches de Matisse qui affirmait que « tout détail superflu prendrait, dans l’esprit du spectateur, la place d’un autre détail essentiel » et que « les couleurs simples peuvent agir sur le sentiment intime avec d’autant plus de force qu’elles sont simples ».
    Matisse revient au thème de la danse en 1931-1933 lors de la création du décor pour la fondation Barnes à Merion, dans la banlieue de Philadelphie. Les personnages y sont isolés dans des panneaux semi-circulaires alors les couleurs (bleu, blanc et rose) y sont moins vives. Selon le peintre, dans la Danse de Merion, « l’élément humain y est moins prononcé ».

    AB

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