Les Avant-Gardes

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    Le Baiser

    Klimt, Gustav

    Nom

    1907-1908

    Style

    Le Baiser de Gustav Klimt, conservé à l’Österreichische Galerie Belvedere de Vienne, représente un couple uni par un baiser dans un espace imaginaire où dominent or et fleurs. Agenouillée de profil, la jeune femme subit la douce étreinte de son amant, qui, entourant délicatement son visage de ses mains, l’embrasse sur la joue. Le visage aux yeux clos, empreint d’une expression de douceur trahit l’abandon de la jeune femme à la plénitude d’un amour idéal et charnel. Klimt met en valeur la différenciation du féminin et du masculin par un jeu d’oppositions très marqué auxquels participent l’attitude, la carnation ou encore les motifs géométriques des vêtements. C’est néanmoins le sentiment de fusion qui l’emporte largement : le halo doré qui entoure les amants et se confond avec le contour de leurs vêtements matérialise la force de leur union. En 1907, c’est la troisième fois que Klimt réalise une composition sur ce thème iconographique : le Baiser renvoie au Baiser au monde entier de la frise Beethoven peinte en hommage à la 9e symphonie du compositeur lors de la quinzième exposition du pavillon de la Sécession en 1902, et à celui de L’Accomplissement de la frise du Palais Stoclet à Bruxelles, mosaïque réalisée entre 1905 et 1909 d’après ses esquisses.

    Ces œuvres reflètent les orientations novatrices prises par le peintre depuis la fin des années 1890. Formé à l’École des Arts décoratifs (Kunstgewerbeschule) de Vienne entre 1876 et 1883, Klimt avait été, durant la première partie de sa carrière, un artiste officiel honoré d’importantes commandes publiques : il avait notamment exécuté des peintures décoratives pour le Burgtheater (1888) ou le Kunsthistorisches Museum (1891) de Vienne. Pourtant, notamment en raison de l’influence du courant symboliste qui s’épanouissait en Europe, il se détacha des aspects les plus traditionnels de la peinture jusqu’à entrer en rupture avec l’Association des artistes viennois et provoquer le scandale avec la présentation au public de ses projets pour l’Aula (salle des fêtes) de l’Université de Vienne. Avec les architectes Joseph Maria Olbrich et Joseph Hoffmann, Klimt fonde en 1897 l’Union des artistes autrichiens, la « Sécession » dont il devint le premier président. Ce mouvement prenait la suite de la Sécession de Munich de 1892 et précédait la Sécession de Berlin en 1899. Comme d’autres mouvements Art Nouveau, la Sécession viennoise porte ses revendications à travers une revue, Ver Sacrum (Printemps sacré), éditée de 1898 à 1903. Un lieu d’exposition, le pavillon de la Sécession, fut construit par Olbrich. Bien que réalisé après le retrait de Klimt du mouvement en 1905, le Baiser s’inscrit dans la lignée des principes qui régissent l’art des Sécessionnistes.

    L’une des revendications des artistes de la Sécession viennoise, sous-jacente à l’Art Nouveau en général est la préconisation de la notion d’unité de l’art. Cette recherche d’un art total doit aux théories du compositeur Richard Wagner de la Gesamtkunstwerk (œuvre d’art total) mais aussi aux expérimentations menées par l’Anglais William Morris, chef de file du mouvement Arts & Crafts. Niant la perspective géométrique, appliquant la couleur en aplat en maints endroits, Klimt réalise avec le Baiser une toile extrêmement décorative qui participe de cette recherche de l’abolition de la hiérarchie des arts. Les motifs géométriques des vêtements rappellent d’ailleurs les détails des objets en métal mais surtout les tissus fabriqués par les Wiener Werkstätte (Ateliers viennois) créés en 1903 dans le sillage de la Sécession dans le but de produire des objets d’art raffinés et modernes. La prédilection de Klimt pour le doré, qu’il devait bientôt, doit peut-être aussi à ses origines familiales : il est fils d’orfèvre.
    Les formes se caractérisent par leur abstraction : ce goût pour la ligne et la géométrie, commun aux artistes de la Sécession viennoise, comporte des affinités avec le travail du designer Charles Rennie Mackintosh, émule de l’Art Nouveau en Écosse, fondateur de l’École de Glasgow. Ce dernier exposa d’ailleurs du mobilier en 1900 au pavillon de la Sécession. Ce goût pour la ligne géométrique se distingue de l’attraction pour les formes courbes d’inspiration végétale qui définissent l’Art Nouveau français et belge.

    Ce tableau est par ailleurs indissociable de la vitalité de la société viennoise fin de siècle et du foisonnement de sa vie culturelle : alors que les arts plastiques et l’architecture (sous la tutelle d’Otto Wagner, auteur des stations de métropolitain) connaissent un profond renouveau, la musique, entre compositions traditionnelles d’un Richard Strauss et invention de la musique atonale par Arnold Schönberg, connaît une période faste. En littérature, une nouvelle génération d’écrivains se regroupe sous la dénomination de « Jeune Vienne », parmi lesquels Arthur Schnitzler, tandis que Sigmund Freud élabore les méthodes d’interprétation des rêves et d’exploration de l’inconscient à la base de la psychanalyse.

    HG

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