Le Gothique

Index par termes liés

Mots clefs

  • gothique
  • portrait
  • bourgeoisie
  • commerce
  • mariage
  • miroir
  • inscription
  • signature
  • symbole
  • saint
  • animal
  • carte europe
    • origineOrigine géographique
    • circulationAires de circulation
    • conservationLieu de conservation actuel
    zoom-carte

    Les fiches les plus recommandées sont :

    Portrait de Giovanni Arnolfini et son épouse

    Van Eyck, Jan

    Nom

    1434

    Style

    Un homme et une femme se tiennent la main dans un intérieur bourgeois, confortablement meublé, baigné d’une douce et chaude lumière. L’homme porte une robe, un chapeau et des chausses noirs, ainsi qu’un vêtement sans manches violet foncé, bordé de fourrure de martre. La jeune femme porte quant à elle une robe bleue sous un ample surcot vert bordé d’hermine. L’homme tient la main droite de la femme dans sa main gauche, tandis qu’il lève l’autre main, peut-être en geste de serment. Ce qui permet d’identifier les deux principaux personnages représentés est en réalité un document, en l’occurrence l’inventaire de la collection de Marguerite d’Autriche, rédigé en 1516. Y figurait « ung grant tableau qu’on appelle Hernoul le Fin avec sa femme dedens une chambre, qui fut donné à Madame par Don Diego, les armes duquel sont en la couverte dudit tableau fait du painctre Johannes ». « Madame » serait la régente Marguerite, qui était entrée en possession de l’œuvre qui appartenait autrefois à Diego de Guevara, un important personnage de la cour de Bourgogne, originaire d’Espagne ; « Hernoul le Fin » a quant à lui été très tôt reconnu comme étant Giovanni di Arrigo Arnolfini, un marchand italien résidant à Bruges vers 1430, qui serait représenté en compagnie de son épouse, Giovanna, fille d’un italien vivant à Paris, et dont la famille était originaire, comme celle de son mari, de Lucques (Lucca). Récemment, une autre identification a été proposée : il s’agirait en réalité de Giovanni di Nicolao Arnolfini, un cousin de Giovanni di Arrigo, en compagnie de sa seconde épouse, dont nous ignorons le nom. Que le commanditaire, quelle que soit son identité précise, ait été un de ces grands négociants italiens installés dans la prospère ville de Bruges témoigne de la vitalité des échanges économiques entre les grandes cités du Nord et du Sud, autant que de la valeur de nouveauté qu’avait pu prendre la manière flamande chez de riches expatriés. Le beau tapis oriental, placé au pied du lit, rend lui aussi compte du raffinement et de l’aisance de ce couple de marchands.

    L’œuvre a fait l’objet d’un grand nombre d’interprétations. Très tôt les commentateurs ont pensé que la compagne du commanditaire de l’œuvre était enceinte. Cela reste cependant très douteux et les historiens de l’art ont progressivement abandonné cette idée : la femme ne ferait rien d’autre que relever un pan volumineux de sa robe. Il fut également suggéré que la scène représenterait des fiançailles ou bien un mariage. Dans ce second cas, nous serions au moment de l’échange des promesses : le serment liant les époux, qui n’imposait pas alors la présence d’un prêtre, exigeait de l’homme qu’il lève l’avant-bras droit. Les deux témoins de la scène seraient alors visibles dans le miroir placé au fond de la pièce, sur le mur (voir détail) : on y perçoit très distinctement le couple Arnolfini, de dos, et plus loin deux autres personnages, l’un habillé de rouge, l’autre de bleu. L’un de ces deux hommes est peut-être l’artiste, accompagné d’un serviteur. Au dessus du miroir est écrit en latin, d’une graphie pleine de fioritures : « Johannes de Eyck fuit hic. 1434 » (« Jan van Eyck fut là. 1434 »). L’artiste a peut-être voulu ainsi signifier sa présence en tant que témoin d’un moment solennel. Là où n’importe quel artiste aurait montré son savoir-faire en signant selon l’usage alors très commun « Johannes van Eyck fecit » (« Jan van Eyck l’a fait ») — c’est du reste ce que nous lisons sur une Sainte Barbe de Jan, peinte en 1439 —, l’auteur du panneau aurait voulu faire comprendre qu’ici, il était davantage que l’habile artisan chargé de représenter une scène intime. Ou bien a-t-il simplement fait allusion au très haut degré de vérité de la représentation, c’est-à-dire au procédé mimétique lui-même et à la minutie de l’exécution.

    Nombreux sont les symboles qui ont été mis en relation avec l’institution du mariage et qui peuvent également être associés à la représentation de fiançailles : le lit, tout d’abord, orné d’une statuette de sainte Marguerite, patronne des maternités, le chien, associé à la fidélité. Autant de symboles qui seraient investis d’une signification à la fois privée et religieuse, profane et sacrée : les perles de cristal accrochées au mur, le miroir avec les scènes de la Passion du Christ (voir détail) représentées sur les dix médaillons feraient allusion à la pureté mariale. Les fruits posés sur le rebord de la fenêtre rappelleraient l’état d’innocence de l’Homme avant la Chute. Plus difficile à élucider est la bougie allumée sur le candélabre. Ces interprétations symboliques restent toutefois fragiles et le tableau pourrait tout aussi bien n’avoir été conçu que comme le simple double portrait d’un couple, représenté dans un moment ordinaire.

    Mal connue est la vie de Jan Van Eyck : on suppose qu’il était originaire, comme son frère aîné Hubert, de Maaseik (ou Maeseyck, c’est-à-dire « Eyck-sur-Meuse », un bourg de la Meuse liégeoise). Alors que la date de naissance de Hubert pourrait être 1366 (c’est ce que suggère un chroniqueur du XVIe siècle), Jan est probablement né vers 1390-1400. Nous savons qu’en 1422 il travaille auprès d’un évêque, Jean de Bavière, à La Haye. Établi à Bruges à partir de 1430, il remplira les fonctions de peintre de cour tout en acceptant de réaliser des portraits pour une clientèle bourgeoise. Il fut probablement le premier peintre flamand à signer ses œuvres. Comme les membres de la noblesse, il adopta une devise personnelle, qui exprime tout à la fois fierté et modestie : « Als ich chan » (« De mon mieux »).

    FRM

    Fiches Liées :