Le Gothique

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    Portrait de Solon

    de Gand, Juste

    Nom

    Avant 1476

    Style

    Le portrait du législateur grec Solon conservé au musée du Louvre à Paris, peint par Juste de Gand, répond aux conventions du genre en cette fin du XVe siècle. Cadré de façon très serrée, représenté de trois-quarts en costume d'époque, le modèle est assis dans un intérieur sous un plafond de bois, devant un drap d'honneur de couleur rouge et derrière une balustrade de marbre qui marque une séparation entre l'espace pictural et le spectateur. Une inscription l’identifie. Une colonnette à chapiteau sculpté de feuilles d'acanthe ferme la composition à droite, soulignant l'origine antique de Solon. Tenant un livre rouge luxueusement relié et orné de cabochons, il a le regard fixe, évoquant l’idée de la concentration intellectuelle. Il semble parler ; peut-être enseigne-t-il ?
    Ce panneau fait partie des vingt-huit portraits d' « Hommes illustres » peints pour le studiolo du duc Frédéric de Montefeltre, achevé en 1476. L'ensemble, aujourd'hui dispersé entre le palais ducal d'Urbino, d'où il provenait, et le musée du Louvre, était disposé sur deux registres, groupant les figures quatre par quatre sur des panneaux marquetés. S'y succédaient les portraits de poètes et philosophes grecs ou romains (Homère, Platon, Virgile ou Sénèque), figures bibliques (Moïse et Salomon), docteurs de l’Eglise grecque ou latine (saint Jérôme, saint Augustin, saint Thomas d'Aquin, Duns Scott), poètes et humanistes des XIVe et XVe siècles (Dante, Pétrarque, Bartholo, Bessarion). La plupart des portraits sont imaginaires, excepté celui du lettré Vittorino de Feltre, copié à partir d'une médaille réalisée trente ans auparavant du vivant du modèle par Pisanello.
    Le parti pris est à chaque fois identique : une architecture, un drap d'honneur, une balustrade et un léger trois-quarts du buste voire du visage. Les attitudes diffèrent peu. Des attributs explicitent parfois les statuts, comme le globe tenu par Ptolémée. Les positions des mains de nombre de ces personnages semblent en rapport avec certains usages propres à la science de la rhétorique.
    Mais qu'en est-il du programme et de ses exécutants ? On peut légitimement penser que Fréderic lui-même – qui était représenté en portrait d'apparat au milieu de cette cour idéale – fut l'artisan principal du choix des personnages à représenter, aidé en cela par les lettrés de sa cour. Protecteur des lettres, des sciences et des arts, il se revendiquait comme humaniste, et devait à ce titre afficher cette culture, bientôt commune à tous les princes européens.
    Quant à l'exécution des panneaux, de nombreuses incertitudes subsistent encore. Il semble néanmoins que Juste de Gand, peintre flamand très peu documenté et mal identifié (on le situe d’un point de vue stylistique entre les manières de Dirck Bouts et Hugo Van der Goes), fut appelé à la cour du duc afin de réaliser ce cycle. Ne pouvant plus compter sur le si sollicité de Piero della Francesca, Frédéric cherchait alors un artiste qui sache manier la technique de l'huile, encore peu pratiquée au sud de la Loire. Le peintre nordique, convié de Gand à Urbino ou de voyage en terre latine, aurait alors préparé les vingt-huit portraits et réalisé tous les dessins sous-jacents, fonds et réserves des panneaux. Mais la mort brutale qu’on lui suppose, à moins qu’il ne s’agisse d’une disgrâce, fit qu'un second exécutant termina cette galerie des « Hommes illustres ». On soupçonne la main du castillan Pedro Berruguete.

    Le portrait de Solon aurait ainsi été en majeure partie peint par Juste de Gand – le dessin au trait sûr qui souligne certaines parties du visage comme le nez ou encore les cheveux et poils de barbe, si finement détaillés, est typique de la manière des « primitifs flamands » – puis retouché par ce « Pietro spagnolo » (Pedro Berruguete ?) des textes. Des examens stylistiques et scientifiques révèlent en effet une seconde intervention dans quelques repeints sur la robe bleue et le chapeau. Le traitement des mains, d'un modelé plus souple et marqué que dans la peinture flamande, semble confirmer cette hypothèse.
    Cette galerie des « Hommes illustres » rend compte à merveille de l'humanisme qui caractérisa l'avènement de ce que nous appelons la Renaissance. Ce courant de pensée naquit avec la redécouverte et la traduction de textes antiques dont Pétrarque – l'un des « portraiturés » – fut l'un des promoteurs. Il se diffusa en Italie à partir de foyers tels que Milan sous les Sforza et la Florence des Médicis, entraînant un renouveau des arts et une grande implication des puissants dans leur développement. Le duc d'Urbino y adhéra, prônant un retour aux sources originelles présumées qu'étaient l'antique, la nature, l'écriture sacrée et la Rome impériale.
    Il s’agit d’inventer une tradition censée plonger ses racines dans une Antiquité idéalisée et de parcourir le temps jusqu'à l'époque contemporaine, en montrant les grands hommes – païens ou chrétiens – parés de la « gloire immortelle ». Sont alors recherchés la réconciliation des différentes philosophies cautionnées par l'Ecriture, le progrès de l'homme qui allie harmonieusement les sciences et la foi, l'authentique et l'idéal.
    Solon trouve une place particulière dans cet ensemble. Législateur athénien du VIe siècle avant notre ère, il témoigne de l'intérêt de la fin du Moyen Âge pour le droit, notamment romain, produit de la nostalgie de l'Empire des Césars. Homme d'écriture et de raison, poète aussi, il était associé dans le studiolo au portrait de Bartholo, jurisconsulte italien mort en 1347 qui enseignait à Pérouse. C'est l'illustration même de cette volonté de renaissance qui était ainsi exprimée, tissant un lien entre des personnages issus de différentes époques et érigeant l'Antiquité en modèle.

    BB

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