Le Gothique

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    Les Effets du bon et du mauvais gouvernement

    Lorenzetti, Ambrogio

    Nom

    Vers 1337-1340

    Style

    Les fresques des Effets du bon et du mauvais gouvernement peintes par Ambrogio Lorenzetti à l’intérieur de la Salle des Neuf du Palazzo Pubblico de Sienne vers 1337-1340 constituent un vaste ensemble occupant trois murs de la salle ; chaque mur peint est divisé en trois sections horizontales – de haut en bas : une suite de médaillons, une scène dans un paysage et un lambris peint. Cette distinction en trois registres sur chaque mur permet une continuité de la lecture de l’un à l’autre tout en donnant une place de choix à la figure de la Paix, qui occupe le centre du mur Nord et peut ainsi organiser l’ensemble de la composition.
    Les fresques des murs Ouest et Est donnent à voir la ville de Sienne et la campagne environnante sous deux modes différents de gouvernement ; deux visions d’un même lieu sous un régime spécifique s’affrontent ainsi sur des murs qui se font face, celle du « mauvais gouvernement » et celle du « bon gouvernement » ; la transition s’effectue entre ces deux ensembles par le mur Nord, qui accueille différentes figures – vertus munies d’attributs et groupes de citoyens –, organisées autour de la Paix. La lecture s’effectuant de gauche à droite lors de l’entrée dans la salle, le mur central apparaît comme l’élément permettant le passage d’un état à un autre.
    Le mur Ouest, présentant la ville sous le gouvernement injuste de la Tyrannie, figurée par un être cornu ayant les attributs du diable, notamment conseillée par la Fraude, la Trahison, la Division, la Guerre et l’Avarice, donne à voir un monde en désolation : au-dessus de la campagne flotte la figure de la Peur, répandue par des soldats au milieu de champs en friches, tandis que dans la ville en ruine ont lieu différents crimes et vols. Sous le gouvernement, la figure de la Justice est représentée enchaînée, sa balance brisée gisant à ses côtés.
    Le mur Est présente quant à lui un monde dominé par le sentiment de la sécurité : des danseuses se trouvent dans la ville, où de nombreuses échoppes sont ouvertes (notamment celle d’un cordonnier), tandis que des marchands et des chasseurs circulent sur les routes de la campagne, dont les champs sont cultivés avec soin.
    Le mur Nord, par lequel s’effectue le passage du mauvais au bon gouvernement, est marqué par un ensemble de figures hiératiques et de symboles qui expriment les vertus nécessaires à la vie en société. De gauche à droite apparaissent ainsi la Justice, avec sa balance, la Paix, la Force, la Prudence, une figure royale, la Magnanimité et la Tempérance. Au-dessous de ces figures se trouve la Concorde, munie d’un rabot de menuisier (moyen de faire disparaître ce qui sépare les citoyens) et d’une double corde, tenue par vingt-quatre citoyens, qui signifient ainsi leur désir de se rallier au bon gouvernement. La figure de la Paix, au centre, est identifiable à un rameau d’olivier et à sa couronne, mais aussi au bouclier et à l’armure qui se trouvent à ses pieds. Ces deux derniers éléments rappellent que la Paix doit pouvoir inspirer la peur à ceux qui souhaitent le désordre, et que sa sauvegarde, qui permet la concorde et la tranquillité, passe par son triomphe sur les forces de discorde et de guerre. Présentée assise, le bras droit sur un coussin, elle prend ainsi l’aspect d’une force victorieuse et vigilante au repos.

    Le vaste ensemble des fresques résulte d’un commande passée à Ambrogio Lorenzetti par le gouvernement de la cité-état de Sienne, dans une période de prospérité. Témoignant de l’importance des commandes artistiques publiques dans une ville riche et peuplée, gouvernée par des responsables élus et soucieuse de rivaliser avec sa voisine Florence, les fresques sont destinées à prendre place dans un lieu ayant une forte valeur symbolique, le Palazzo Pubblico étant le centre politique et économique de la ville, abritant déjà de nombreuses peintures, notamment réalisées par Simone Martini. La Salle des Neuf est le lieu où siègent les dirigeants qui ont pour mission, d’après la constitution, « la conservation, l’augmentation et la magnificence du régime en place ».
    Les nombreux textes disséminés dans l’image, sous la forme de cartouches, légendes, citations ou longues explications, signalent l’importante élaboration intellectuelle du projet qui, même s’il n’en existe a priori pas de trace, devait contenir des instructions très précises et émaner directement des dirigeants de la ville, qui confiaient son exécution à un artiste renommé. Dans les fresques se fait fortement sentir la volonté du gouvernement d’un état de paix perpétuelle et de justice passant par la lutte contre l’ignorance des lois et par la recherche du bien commun.
    La peinture à fresque apparaît comme la technique idéale pour l’exécution du programme sur les murs entiers de la salle, en raison de son caractère durable et bon marché ainsi que par la relative facilité de sa mise en œuvre – notamment en comparaison avec d’autres techniques de décor comme la mosaïque. Ambrogio Lorenzetti, peintre siennois mort de la peste en 1348, fut probablement choisi en raison de sa réputation de peintre lettré, sage et cultivé, habitué à fréquenter les cercles érudits, ainsi que pour sa capacité à effectuer des œuvres mêlant les aspects symboliques et narratifs. Les fresques témoignent de l’influence que Giotto exerça sur son art, particulièrement sensible dans la solidité des volumes. Vigoureuse et précise, la ligne du dessin définit de larges plans où sont posées les couleurs pures, fraîches et raffinées, qui font la réputation de la peinture siennoise.

    N’illustrant pas un traité théorique de bon gouvernement préexistant, l’ensemble des fresques témoigne de l’interrogation du pouvoir politique sur la vie sociale et économique et présente un grand intérêt tant intellectuel que documentaire et artistique. Original et complexe, il offre visuellement un système élaboré figurant le passage du chaos à la paix tout en permettant la contemplation d’un idéal politique et social. La représentation picturale des concepts et des métaphores permet, avec la matérialisation de leur action sur la ville et la campagne, la transmission de véritables messages politiques.
    L’œuvre est marquée à la fois par une grande clarté et un foisonnement de détails, toujours mis au service de l’ensemble. La sensibilité d’Ambrogio Lorenzetti pour le paysage s’y fait particulièrement sentir dans le déploiement de vastes panoramas où apparaît de manière suggestive, dans un entremêlement de symbolique et de concret, la vie de son époque. Costumes, animaux et métiers, mais aussi bâtiments et cultures, sont observés avec un grand soin. Les descriptions de la ville et de la campagne qui l’environne et contribue à sa richesse forment de véritables « paysages politiques », qui devaient donner à penser aux dirigeants au moment de la prise de décision en suggérant l’impact des mesures prises par le pouvoir sur l’existence de chacun.

    PC

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