Les Avant-Gardes

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    Luxe, calme et volupté

    Matisse, Henri

    Nom

    1904

    Style

    Dans un paysage idyllique, un rivage baigné d’une lumière douce, se déploient au premier plan des personnages féminins, autour de trois tasses, d’un plat et d’une aiguière. Assises, étendues ou debout, les femmes dansent et se coiffent. Les corps, dans la variété de leurs positions, rythment la composition qui est délimitée, sur la partie droite, par un pin et à l’arrière plan par des montagnes qui ferment la baie et définissent un cadre naturel pour la scène. Fondée sur un jeu de lignes horizontales, verticales et obliques, la composition, classique dans son ordonnance, est enveloppée par la vibration que crée la juxtaposition des touches colorées.
    Le sujet de l’œuvre est traditionnel et s’inscrit dans la lignée des scènes pastorales et des bacchanales des l’Ecole vénitienne du XVIe siècle et de l’Ecole française du XVIIe siècle, dont Nicolas Poussin est l’une des grandes figures. Le tableau fait également écho à des œuvres plus modernes comme les « Déjeuners sur l’herbe », notamment ceux d’Edouard Manet et Claude Monet. Ce thème qui prendra une grande importance dans l’œuvre de Matisse évoque ici un « Âge d’or » de l’humanité, en harmonie avec la nature. Matisse s’inspira du refrain d’un poème de Charles Baudelaire, « L’invitation au voyage » (« Là où tout n’est qu’ordre et beauté / Luxe, calme et volupté »), pour intituler cette vision paradisiaque. Matisse admirait beaucoup le poète, dont il illustrera à la suite et à plusieurs reprises Les Fleurs du Mal. La toile est également nommée par Matisse lui-même Les baigneuses, en hommage à celles réalisées par Cézanne – dont Matisse possédait une toile représentant trois baigneuses, aujourd’hui conservée au musée du Petit Palais à Paris et admirée par Picasso, qui s’en inspira pour l’une des figures des Demoiselles d’Avignon.

    Né au Cateau-Cambrésis dans le nord de la France en 1869, Matisse commence à dessiner tardivement, alors qu’on le destinait au droit. C’est en 1891 qu’il se rend à Paris pour apprendre la peinture aux Beaux-Arts dans l’atelier du peintre Gustave Moreau. En juillet 1904, Matisse décide de partir à Saint-Tropez où séjournent Paul Signac, chef de file du mouvement néo-impressionniste et Henri-Edmond Cross, autre artiste de ce mouvement.
    Au contact de ces deux peintres, Matisse donne une nouvelle direction à son art, s’inspirant des théories divisionnistes. A la suite de Seurat, ces artistes utilisent les propriétés optiques des couleurs ; ils les appliquent en petites touches pures, qui, vues de loin, se fondent entre elles et restituent l’harmonie colorée. Les petites taches de couleurs ne sont pas assujetties à un dessin, c'est-à-dire qu’elles ne sont pas enfermées dans des lignes, mais sont disposées de manière à définir les différents aspects de la composition et des figures qui l’habitent. Ce mouvement connaissait depuis les années 1880 un grand succès. C’est largement sous l’influence de Signac, qui théorise la complémentarité des couleurs pures, que Matisse peint Luxe, calme et volupté.

    Matisse s’éloigne toutefois de la technique pointilliste traditionnelle en réalisant cette œuvre. Il n’applique pas de très fines touches de couleurs pures qui viendraient, comme le préconise la doctrine divisionniste, recouvrir l’ensemble de la toile, mais de larges touches rectangulaires. S’il fait reposer toute l’harmonie colorée de sa toile sur l’équilibre entre les couleurs complémentaires, des lignes continues viennent cependant souligner certains contours comme celui de la femme allongée, ou de celle qui tresse ses cheveux. Matisse retrouve ainsi la vieille problématique des rapports entre la ligne (le dessin) et la touche (la couleur). L’œuvre sera exposée en 1905 au Salon des indépendants.
    Matisse n’en fut toutefois pas satisfait. Les contrastes des couleurs, loin de soutenir et de renforcer les teintes dominantes, les annulaient en quelque sorte. Cette réflexion le fit évoluer dans sa manière de peindre, le conduisant à utiliser de larges aplats colorés, afin de faire correspondre et résonner les couleurs entre elles, selon un principe que la critique désigne dès 1905 comme « fauve ». Des effets visuels plus forts que ceux du pointillisme sont ainsi obtenus.

    Cette toile est une illustration parfaite d’un des problèmes auxquels Matisse sera confronté durant toute sa carrière : faire coexister au sein d’une même œuvre la ligne et la couleur, sans qu’aucune ne prenne le dessus sur l’autre. Une réponse à ce questionnement est apportée dès les années 1930 avec les gouaches découpées (Nu Bleu II, 1952, MNAM) qui lui permettent de dessiner directement dans la couleur, en coupant des formes dans de larges aplats colorés.

    JMD

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