Le Gothique

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    Sainte Véronique

    Maître de la Véronique

    Nom

    Vers 1410

    Style

    Le panneau peint sur bois vers 1410 par le Maître de la Véronique et conservé à Munich présente une sainte sur un fond d’or, mise en valeur une auréole, vêtue d’un grand manteau, la tête couverte, déployant devant elle un voile clair où apparaît une tête de grande dimension. Dans les angles inférieurs se trouvent deux groupes de trois anges, assemblés autour d’un phylactère à gauche et d’un livre à droite, dont ils semblent suspendre la lecture pour se tourner vers la sainte et son voile.
    Celui-ci est marqué en son centre par l’imposante tête du Christ, surmontée d’une couronne d’épines, arborant un air douloureux qui, avec les traces de sang qui parsèment le visage, rappellent sa Passion. Dans des tons sombres, la tête apparaît de manière frontale sur un tissu animé dans les angles par des plis souples ; sa taille comme sa couleur contrastent avec l’aspect de la sainte, que tout désigne comme Véronique, la femme qui, alors que le Christ portait sa croix entouré de ses bourreaux vers le mont Golgotha pour y être crucifié, eut pitié de lui et essuya son visage avec un linge. C’est sur ce voile qu’elle déploie que, selon la légende, la tête du Christ fut imprimée de façon miraculeuse. Le prénom de la sainte passe d’ailleurs pour être issu des termes latins vera icon, « image vraie ».

    Le panneau de Sainte Véronique reprend un thème traditionnel tout en rompant avec sa représentation habituelle : souvent figurée dans son rôle actif au sein de la Passion, auprès de Jésus, Véronique apparaît ici seule, après l’action, présentant la tête du Christ sur son voile comme un témoignage de son histoire et de sa foi, dans un espace dont ni le lieu ni la date ne peuvent être identifiés, le fond d’or et le carrelage ne donnant aucune indication précise à ce sujet.
    La présentation frontale du visage souffrant du Christ, figé au cours sa Passion, rappelle l’art des icônes ; l’insistance sur la face est d’ailleurs renforcée par sa différence de taille avec celle de la sainte et tout concourt à mener vers elle le regard. Si les protagonistes de la scène lui confèrent une certaine animation, celle-ci ne rend que plus imposante l’immobilité monumentale de la tête du Christ. Cette proximité avec l’art des icônes peut aussi renvoyer, de manière allusive, à l’étymologie du prénom de Véronique. Elle permet également une concentration sur la souffrance de Jésus et par-là une méditation en accord avec le développement à Cologne d’images de dévotion à l’atmosphère calme et intime, pouvant servir de support à la quête spirituelle proposée par les grands mystiques rhénans du XIVe siècle tels Henri Suso et Maître Eckart.
    Si l’origine précise du panneau demeure inconnue, on suppose qu’il pouvait s’agir d’une image de dévotion vouée à la contemplation ; la sérénité nécessaire à celle-ci y est rendue possible par la création, au-delà de la dureté hypnotique de la souffrance du Christ, d’une atmosphère calme grâce à la douceur de la sainte, à la délicatesse de son visage et de ses doigts. Des éléments durs, comme la couronne d’épines, prennent un aspect plus élégant que cruel, de par la grande régularité, quasi décorative, de leur traitement.

    En dépit de son sujet, renvoyant à la douleur du Christ et à son sacrifice, le panneau est marqué par la grâce et la sérénité propres au gothique international ; une impression d’innocence et de pureté se dégage de l’aspect même de Véronique, évoquant celui d’une poupée, ainsi que de la fluidité et de la douceur de l’ensemble. Les formes sont modelées avec grâce et participent, avec les couleurs claires et la délicatesse du dessin, d’un aspect décoratif qui prend le pas sur la description réaliste et confère à l’œuvre un effet irréel et précieux.
    Peinte par le Maître de la Véronique, qui est le plus important peintre de Cologne au tournant du XVe siècle, elle témoigne d’une connaissance de l’art des cours d’Europe dans les régions du Rhin moyen, dont l’artiste adopte certains éléments tout en faisant preuve d’une grande originalité. L’influence française est particulièrement marquée, dans une ville riche et cosmopolite, membre de la Ligue Hanséatique et qui entretenait des rapports étroits tant avec les Pays-Bas et l’Angleterre qu’avec la France et le reste de l’Allemagne. Cette influence apparaît notamment dans les groupes des anges qui, dans les angles inférieurs, tranchent avec la solennité de la sainte et rappellent par leurs poses dynamiques le répertoire des enlumineurs du duc de Berry de la fin du XIVe siècle ; la sophistication et le raffinement propres à l’art français laissent toutefois place à une insistance sur l’aspect pur et le charme naïf de leur grâce.
    Cette connaissance poussée des particularités de plusieurs foyers artistiques suggère que le Maître de la Véronique effectua à de nombreux voyages. Il fréquenta probablement l’atelier de Conrad von Soest à Dortmund et collabora avec celui-ci, sans que leur proximité n’empêche l’affirmation de sa personnalité ; la palette claire et assourdie du Maître de la Véronique diffère ainsi radicalement de celle, plus contrastée, de Conrad von Soest.
    Réalisant surtout des œuvres de piété, caractérisées par une simplicité ingénue qui n’exclut en rien une émotion profonde, destinées à la dévotion privée et donnant à voir un monde féerique et sacré, le Maître de la Véronique dirigea le plus grand atelier de Cologne au début du XVe siècle ; son importante production reflète la prospérité économique de la ville. Il mit en place l’idéal féminin colonais, marqué par une moue à la fois triste et douce, des yeux ourlés et légèrement tombants, image de délicatesse humble, qui fut repris dans de nombreuses régions d’Allemagne. Il participa ainsi à la diffusion du gothique international avant que la génération de Stefan Lochner n’en donne une version proprement locale.
    Suivi et imité par de nombreux artistes après avoir établi avec sa Véronique un type d’image de contemplation qui connut un grand succès à Cologne, le Maître de la Véronique fut également prisé au XIXe siècle, notamment par Goethe, pour la beauté sereine et pieuse de ses personnages et devint ainsi un modèle pour les romantiques allemands.

    PC

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