Le Gothique

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    Portement de croix

    Martini, Simone

    Nom

    Vers 1335-1342

    Style

    Le Portement de Croix de Simone Martini est un panneau peint sur bois de petite dimension, conservé au musée du Louvre et datant du deuxième quart du XIVe siècle. Il représente un épisode de la Passion du Christ narré dans les Évangiles. Après avoir été condamné à mort par Ponce Pilate et flagellé par ses soldats, le Christ emprisonné quitte Jérusalem pour gagner le mont Golgotha, lieu de son supplice. Porté sur son épaule, le lourd fardeau de la croix traverse horizontalement la composition. Une foule compacte entoure le Christ : elle mêle ses bourreaux, figurés au premier plan, des saints personnages la tête ceinte d’une auréole à gauche, et des anonymes tout autour.

    Le Christ apparaît comme le point central d’une composition ordonnée selon une ligne sinueuse reliant les remparts de Jérusalem aux premiers membres du cortège. Il a la tête tournée vers l’arrière en direction de la Vierge, qui, implorante, tend les mains vers lui : ce mouvement renforce la continuité visuelle entre les différentes parties de la composition en même temps qu’il crée un élément de dramatisation. Le Christ est pris en étau entre deux tortionnaires vêtus en bleu, l’un le poussant violemment dans le dos, l’autre le tirant sans ménagement vers l’avant. Ce groupe est encadré de deux autres bourreaux dont l’attitude est symétrique : le premier, à l’expression haineuse, tire violemment la corde qui entoure le cou du Christ, le second, représenté de dos, se retourne menaçant d’asséner un coup de masse à l’encontre de la Vierge entourée de saint Jean. Le poignant échange de regards entre le Christ et la Vierge est ainsi brusquement interrompu. Les différences d’inclinaison des lances des soldats à l’arrière-plan rappellent le caractère inexorable du mouvement de la foule et, partant, du supplice à venir. À la couleur rouge de la tunique du Christ fait écho le carmin du vêtement de Marie-Madeleine. L’ancienne pécheresse, reconnaissable à ses longs cheveux blonds lâchés, lève les bras au ciel dans un geste emphatique de déploration. Le regard du spectateur s’attarde sur elle en raison de sa taille, disproportionnée par rapport à celle des autres personnages de la composition. Cette disproportion est d’autant plus frappante qu’elle enfreint les règles de la perspective géométrique. Elle concerne aussi le défilé des anonymes suivant le cortège qui semble comme écrasé par les remparts de la ville fortifiée. La profondeur est suggérée par la juxtaposition de ces personnages.

    Plus qu’à la construction spatiale, le peintre a accordé toute son attention au rendu des détails et à l’harmonie délicate des coloris. Les physionomies sont fortement individualisées : le profil crochu de la vieille femme au manteau bleu, le visage boursouflé de la femme au manteau rouge à côté d’elle en sont des exemples. Ces détails contribuent parfois à la dramatisation du récit, mais ils peuvent aussi apparaître totalement gratuits et ne sembler rechercher que la délectation du regard. Les auréoles, la cuirasse du soldat au premier plan, la bordure de certains vêtements sont travaillés à la feuille d’or. Les coloris rouge, bleu, orange et vert se déclinent dans des teintes tantôt vives tantôt pastel [accord ?]. Ce raffinement chromatique et cette élégance linéaire sont caractéristiques de l’école de Sienne, dont Simone Martini est un des plus célèbres représentants. Son art doit à la manière de Duccio, auquel il apporte toutefois une nuance plus naturaliste.

    Le panneau du Louvre appartenait à un quadriptyque aujourd’hui démembré et dispersé à travers plusieurs musées (Anvers, Berlin). Fermé, le quadriptyque présentait une Annonciation. À l’intérieur se déployaient quatre scènes consacrées au thème de la Passion du Christ : un Portement de Croix, une Crucifixion, une Déposition de Croix et une Mise au tombeau. Au revers du Portement de Croix du Louvre, figurent les armes du cardinal Napoleone Orsini. C’est vraisemblablement pour cet hôte de la cour pontificale (mort en Avignon en 1342) que Martini peignit ce tableau, portatif et pliable, destiné à la dévotion privée. L’hypothèse de cette commande apporte un éclairage intéressant quant à la manière emphatique adoptée par Martini dans le traitement du thème de la Passion : peut-être fut-il influencé par les écrits d’Ubertin da Casale. Ce chapelain franciscain, ami d’Orsini était l’auteur de l’Arbor vitae crucifixae Jesu Christi, un des textes mystiques les plus célèbres de l’époque. La datation de l’œuvre est difficile à établir sur des critères stylistiques : aussi, est-il tentant de penser que le cardinal Orsini passa cette commande à Simone Martini lors du séjour de ce dernier en Avignon, bien qu’aucun document ne l’atteste.

    Ayant déjà une longue carrière derrière lui, l’artiste, né à Sienne vers 1284, gagna en effet Avignon vers 1335 où il vécut jusqu’à sa mort en 1344. La venue d’un artiste de cette envergure – ayant travaillé à Sienne, Pise, Assise et Naples – révèle le prestige atteint par la ville où les papes s’étaient installés trois décennies auparavant. Les papes successifs avaient fait d’Avignon un centre intellectuel brillant et un foyer artistique reconnu à la hauteur de son statut de capitale de la chrétienté. À peine le Palais-Vieux de Benoît XII (1334-1342) achevé, le pape Clément VI (1342-1352) entreprend, quelques années après l’arrivée de Martini, l’édification d’un nouveau palais décoré de fresques sous la direction de Matteo Giovannetti de Viterbe. Allait s’y élaborer les ferments du style gothique international. Étrangement et pour autant qu’on sache, Simone Martini ne participa pas à ce chantier ni d’ailleurs à aucune autre commande publique, mis à part celle des peintures du portail de Notre-Dame-des-Doms (1336-1343) commandées par le cardinal Giacomo Stefaneschi. Son rôle dans la constitution du style avignonnais de la deuxième moitié du XIVe siècle reste ainsi difficile à évaluer.

    HG

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