Les Avant-Gardes

Index par termes liés

Mots clefs

  • avant-garde
  • exposition universelle
  • paysage
  • ville
  • critique
  • influence
  • pictorialisme
  • instantané
  • carte europe
    • origineOrigine géographique
    • circulationAires de circulation
    • conservationLieu de conservation actuel
    zoom-carte

    Les fiches les plus recommandées sont :

    Souvenir de l’exposition de 1900

    Demachy, Robert

    Nom

    1900-1901

    Style

    Sur la Seine, un remorqueur s’apprête à passer sous le pont Alexandre III, à Paris. À l’arrière plan se dressent les architectures éphémères construites sur l’esplanade des Invalides à l’occasion de l’Exposition universelle. La fumée que crache la cheminée de l’embarcation s’élève dans le ciel qu’elle obscurcit d’un nuage sombre. Au niveau du quai, elle s’étale, telle une coulée d’encre, sur la blancheur du bâtiment situé en arrière-plan. D’une tonalité intermédiaire, l’élégante courbe du pont guide le regard du premier à l’arrière-plan, d’une rive à l’autre du fleuve.
    Le Souvenir de l’Exposition de 1900 proposé par Robert Demachy quelques temps après l’événement est surprenant. Il ne s’agit ni d’une représentation des fêtes grandioses qui marquèrent cette manifestation, ni d’une vue d’un des multiples et extravagants pavillons construits pour l’occasion. La scène qui a retenu l’attention du photographe est beaucoup plus sobre ; elle fait néanmoins référence à l’Exposition et à la modernité des infrastructures qu’elle suscita (le pont Alexandre III venait alors d’être achevé, tout comme les bâtiments alentours, également flambants neufs).
    À cette modernité s’ajoute une forte dramatisation du sujet due principalement à l’ampleur du panache de fumée noire qui domine le tiers supérieur de la composition. Or, cet effet crépusculaire est une pure invention de la part de Demachy. En effet, si on compare cette épreuve avec son négatif, on constate que, lors du passage de l’un à l’autre, l’image a subi de multiples transformations. Les relations entre les valeurs ont été modifiées, les détails fondus, le cadrage resserré. Ces différences s’expliquent autant par la technique de réalisation de cette épreuve que par les intentions de son auteur.
    Robert Demachy fut le chef de file du pictorialisme en France. Prônant la possibilité d’un art photographique basé sur l’interprétation, il adapta et remit au goût du jour les techniques pigmentaires. Il se passionna notamment pour le procédé à la gomme bichromatée dont il fut l’un des meilleurs praticiens au monde, diffusant largement son expérience par le biais d’articles publiés dans des revues spécialisées.
    Cette technique permettait au photographe de contrôler l’effet final, de rétablir la juste relation entre les valeurs ou encore de supprimer des détails jugés déplaisants ou inutiles. C’est ainsi que Demachy donna, de son Souvenir de 1900, la description suivante : « La fumée du remorqueur (dans le cliché original) se détachait en noir sur un ciel très clair, plus clair que les palais aux murs stuqués. Or, le seul effet de cette petite fantaisie, si effet il y a, me semble justement produit par l’opposition des blancs des bâtiments avec la tonalité volontairement exagérée de la fumée, du ciel et de l’eau. Le contraste a été poussé jusqu’à l’effet de nuit ou tout au moins de crépuscule ».
    L’effet esthétique recherché est donc clair. En exagérant l’ampleur du panache de fumée, en le fondant à un ciel parisien déjà nuageux, en assombrissant l’eau, Demachy a créé une Impression de 1900, un effet atmosphérique moderniste. Suggérant la présence d’un voile de brume sur la Seine, le flou général de l’image – du en réalité à une caractéristique propre à la gomme bichromatée – renforce l’effet nébuleux de l’ensemble évoquant ainsi le caractère évanescent du Souvenir que représente cette vue de l’Exposition de 1900.
    Mais on peut voir également dans cette photographie un autre message : l’effet dramatique et la tonalité sombre de ce Souvenir pourraient évoquer le regret de l’échec que fut, pour la photographie artistique française, cette manifestation. En effet, plusieurs groupes pictorialistes étrangers boycottèrent l’Exposition de 1900, reprochant aux parisiens de n’avoir pas su faire accepter la photographie dans la catégorie des Beaux-Arts. Peut-être faut-il donc voir dans ce lourd nuage dominant les bâtiments de l’Exposition et dans ce bateau qui poursuit sa route, l’expression de la déception du photographe face à ce rendez-vous manqué, même si Demachy présenta cette épreuve comme une « fantaisie », simple prétexte à un exercice de style.
    Ce qui est certain en revanche, c’est l’admiration que Demachy portait à William Turner (1775-1851). Hormis l’Impression de 1900, plusieurs autres de ses épreuves font écho aux effets atmosphériques du peintre anglais et notamment à son fameux Pluie, Vapeur, Vitesse (1844). Ainsi Demachy, établissant un parallèle entre la démarche du peintre et la sienne, écrivit-il, à l’intention de certains sceptiques : « Pensez-vous que les soleils couchant de Turner existaient dans la nature tels qu’il les a peints ? Pensez-vous que, s’il les avait peints tels qu’ils étaient et non tels qu’il les ressentait, il aurait laissé un nom en tant qu’artiste ? ». Il justifiait ainsi le droit de la photographie à ne plus être un procédé de copie mais un art d’interprétation.

    JFC

    Fiches Liées :