Les Avant-Gardes

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    Le violon d’Ingres

    Radnitsky, Emmanuel

    Nom

    1924

    Style

    Une femme nue, assise de dos, la tête tournée vers la gauche, nous laisse entrevoir une partie de son visage. Ses hanches sont drapées d’une étoffe légère tandis qu’un turban orientalisant enveloppe ses cheveux. Son corps se détache sur un arrière-plan uni qui contraste avec le motif en damier du tissu sur lequel elle est assise. Cette femme n’est pas un modèle anonyme mais une personnalité du Paris des années folles : il s’agit de la chanteuse et actrice Kiki de Montparnasse – de son vrai nom Alice Prin (1901-1953) – qui était également, à cette époque, la muse et compagne du photographe. Célèbre pour sa beauté, elle inspira également d’autres grands artistes, tant photographes (Brassaï) que peintres (Modigliani, Foujita) ou sculpteurs (Calder). Dans l’angle inférieur droit de l’image, le photographe a apposé sa signature, tel un peintre au bas de sa toile : « Man Ray, 1924, Paris ».

    C’est à New York, en visitant la Galerie 291 d’Alfred Stieglitz, que Man Ray – de son vrai nom Emmanuel Radnitsky – découvrit la photographie. Lui qui était alors peintre adopta progressivement ce nouveau médium à partir de 1915 jusqu’à en faire son principal mode de création, allant même jusqu’à détruire ses peintures. Sa rencontre décisive avec Marcel Duchamp le décida à quitter les États-Unis en 1921 pour s’installer à Paris où il vécut jusqu’en 1940. Dès son arrivée, Duchamp lui présenta les membres du groupe Dada et notamment André Breton qui diffusa bientôt les créations photographiques du jeune américain. Les fréquentations de Man Ray lui permirent rapidement de devenir le portraitiste des intellectuels et des artistes les plus influents de l’époque, chaque rencontre lui ouvrant de nouveaux horizons (ainsi de Gertrude Stein qui lui présenta Picasso et Braque). Grâce à son inventivité et son audace, il connut le succès et enchaîna les commandes, travaillant notamment pour d’importants magazines de mode (Vogue, Vanity Fair). Il réalisa également des films expérimentaux (Le retour à la raison, 1923). Mais son succès lui vint principalement des innovations qu’il apporta à la pratique de la photographie. Influencé par l’esprit Dada puis par le Surréalisme, il popularisa l’usage du photogramme (auquel il donna le nom de « rayographie »), réalisant par ce biais des compositions assimilables à des ready-made ou des collages modernistes. Il sut également tirer profit des possibilités graphiques de la surimpression qui lui permettait d’associer des éléments distincts et d’en modifier ainsi le sens premier. Enfin, il fit d’un accident de laboratoire – la solarisation – un nouveau mode d’expression photographique.

    Cependant Le violon d’Ingres – sans doute sa photographie la plus connue – ne recourt à aucune de ces trois innovations. Sa composition classique est une citation directe de la Baigneuse de Valpinçon (1808), célèbre étude de nu du peintre néoclassique Jean-Auguste-Dominique Ingres (1780-1867), visible au musée du Louvre depuis 1879. Afin de souligner l’analogie des formes féminines avec celles d’un instrument à cordes, Man Ray dessina sur l’épreuve, à la mine de plomb et à l’encre de chine, deux ouïes de violon, transformant ainsi le corps du modèle en instrument de musique.
    La signification de cet acte est multiple. Il faut tout d’abord y lire le goût dadaïste de Man Ray pour les assimilations formelles, tendance déjà exprimée dans d’autres œuvres (cf. Woman, 1920, représentant… un batteur à œufs photographié en contre-plongée !). Cette composition est d’autre part un calembour, une sorte de charade visuelle : la pose du modèle fait écho à la célèbre toile d’Ingres tandis que les formes de la femme font référence à celles d’un violon. Le titre combine quant à lui ces deux éléments, recréant ainsi l’expression populaire de « violon d’Ingres ». Cette formule, désignant une activité que l’on aime pratiquer sans que cela soit son activité principale, dérive en effet de la passion d’Ingres pour le violon. Enfin, Le violon d’Ingres est également, d’une certaine manière, un manifeste stylistique pour Man Ray qui parodie ici, avec humour et ironie, l’œuvre d’un peintre aux conceptions artistiques à l’opposé de celles du Surréalisme naissant ou des provocations Dada.

    JFC

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