Les Avant-Gardes

Index par termes liés

Mots clefs

  • avant-garde
  • demeure
  • géométrie
  • influence
  • symbole
  • portrait
  • carte europe
    • origineOrigine géographique
    • circulationAires de circulation
    • conservationLieu de conservation actuel
    zoom-carte

    Les fiches les plus recommandées sont :

    Chez Mondrian

    Kertész, André

    Nom

    1926

    Style

    Chez Mondrian. Tel un cadre, l’embrasure de la porte d’entrée restée ouverte laisse entrevoir un palier aux murs bicolores ainsi qu’un escalier à l’élégante rampe métallique. Un paillasson rectangulaire marque l’entrée de l’appartement et la délimitation entre un parquet fait de larges planches et un revêtement en tommettes hexagonales. L’intérieur est très épuré ; sur le mur, un portemanteau supporte un vêtement sombre et un canotier ; le premier plan est quant à lui occupé par une table sur laquelle est disposé un vase dans lequel le peintre a placé une fausse tulipe en bois. La lumière qui provient du palier éclaire l’intérieur de l’appartement tout en soulignant la demi-pénombre qui y règne. Tous les éléments de cette photographie évoquent les œuvres de Mondrian lui-même : les murs bicolores rappellent les combinaisons colorées de ses toiles abstraites ; la géométrie, omniprésente dans son œuvre, est également essentielle ici et structure cette photographie en un agencement complexes de lignes orthogonales (horizontales, verticales ou obliques), uniquement troublées – et mises en valeur – par des contrepoints arrondis ou circulaires tels le chapeau, le vase, la fleur, la rampe d’escalier, les marches. Cette puissante construction de l’espace crée en outre une incertitude vis-à-vis de la perception de la profondeur et des plans. Enfin, la présence, sur le mur de l’appartement, d’un carré sombre sur fond blanc résume à elle seule la rigueur géométrique qui caractérise les œuvres du peintre, comme celles du photographe, le Hongrois André Kertész.

    C’est à l’occasion de son installation à Paris en 1925 que ce dernier décida de vivre de ce qui n’était précédemment pour lui qu’un passe-temps d’amateur. Comme beaucoup d’émigrés d’Europe de l’Est, parlant mal le français, il fréquentait la communauté artistique et le « cercle des Hongrois » de Montparnasse. C’est ainsi qu’il fit la connaissance, au-delà du milieu de ses compatriotes, de certaines figures éminentes (Léger, Tzara, Mondrian, Chagall, Foujita, etc.) avec lesquelles il se lia d’amitié. C’est également là qu’il rencontra certains photographes comme Capa ou Brassaï. Peu de temps après son arrivée, Kertész se plut à réaliser le portrait de certains de ses amis d’une manière indirecte et symbolique. C’est ainsi qu’il photographia non pas Mondrian lui-même mais des objets (ses lunettes, sa pipe) ou des espaces (son appartement), évoquant l’homme à travers sa conception de l’art. Dans ce genre de photographies, l’espace et son agencement, les objets et leur disposition sont autant de signes-indices des préoccupations, des centres d’intérêts ou des ambitions du modèle absent dont Kertész réalise le portrait par procuration

    En 1928, Kertész acquit un Leica, nouvel appareil photographique qui devait révolutionner les codes de la prise de vue en offrant une liberté d’action complète à l’opérateur et une grande spontanéité de visée et de déclenchement. Au même moment, le monde de la presse illustrée était en pleine mutation avec l’apparition de nouveaux titres (Vu, Regards, etc.) mais surtout la modernisation radicale des revues hebdomadaires ou mensuelles. Grâce à des innovations techniques, celles-ci pouvaient désormais adopter de nouvelles maquettes qui accordaient une large place à la photographie, d’une manière tout à fait inédite et novatrice. De nombreux photographes (Capa, Cartier-Bresson, Brassaï, etc.) profitèrent de ce nouvel engouement pour diffuser leurs travaux. Pour vivre de son art, Kertész vendit donc lui aussi ses photographies à de nombreuses publications périodiques. Contrairement à d’autres photographes de son époque, il ne confia pas à une agence de presse le soin de diffuser ses clichés mais travailla de manière indépendante, soit en proposant des épreuves réalisées de son propre chef, soit en répondant à des commandes passées par les revues afin d’illustrer leurs articles. C’est ainsi qu’il réalisa en 1933 sa célèbre série des Distorsions (représentant la réflexion de nus féminins dans des miroirs déformants), expérimentation photographique surréaliste exécutée pour répondre à une commande du magazine humoristique le Sourire.

    Dès 1934, Kertész publia une sélection de ses photographies réunies sous le titre Paris vu par André Kertész. En 1936, il quitta la France pour s’installer à New York où il passa le reste de sa vie. Il n’y rencontra pas le succès espéré, n’arrivant pas à vendre ses photographies très personnelles aux journaux américains. Ce n’est que rétrospectivement que son importance dans le renouvellement de la vision photographique des années 1920 fut reconnue tout comme l’influence que ses images exercèrent sur certains de ses contemporains (comme Henri Cartier-Bresson). Auteur de photographies avant-gardistes caractérisées par leur rigueur et leur aspect méthodique, Kertész ne céda pas aux effets spectaculaires très appréciés des tenants de la Nouvelle Vision. La modernité de sa démarche réside justement dans une totale sobriété, un rejet de l’effet au profit d’un certain minimalisme, d’une certaine distance, qui font de ses photographies autant de silencieuses révolutions visuelles.

    JFC

    Fiches Liées :