Les Avant-Gardes

Index par termes liés

Mots clefs

  • nouvelle objectivité
  • art nouveau
  • abstraction
  • géométrie
  • science
  • diffusion
  • végétal
  • nature
  • avant-garde
  • livre
  • carte europe
    • origineOrigine géographique
    • circulationAires de circulation
    • conservationLieu de conservation actuel
    zoom-carte

    Les fiches les plus recommandées sont :

    Urformen der kunst

    Blossfeldt, Karl

    Nom

    1928

    Style

    Karl Blossfeldt a consacré sa vie à l’étude des plantes ; il est l’auteur de plus de six mille photographies de végétaux. D’abord étudiant à l’École des Arts décoratifs de Berlin, il devint par la suite l’assistant du professeur Mortiz Meurer chargé à cette époque de constituer des répertoires de formes destinés à servir d’inspiration aux créations décoratives modernes. C’est ainsi que Blossfeldt voyagea durant six ans dans les pays du bassin méditerranéen où il étudia la représentation des motifs végétaux dans l’art antique et commença à photographier les plantes. De retour en Allemagne en 1896, il devint professeur en arts appliqués, utilisant alors ses photographies comme support à l’enseignement du dessin avant de créer un cours de « modelage d’après les plantes vivantes ». Ses travaux l’amenèrent à élaborer une théorie selon laquelle les formes végétales et leur mode de croissance seraient un modèle universel et idéal, applicable à d’autres domaines (l’être humain, l’architecture, les arts industriels, etc.).

    La forte unité thématique et stylistique perceptible dans la production photographique de Blossfeldt est due aussi bien à sa méthode qu’à ses objectifs. Durant trente ans, il appliqua avec la plus grande rigueur scientifique le même protocole à un sujet unique. Toutes ses macrophotographies ont été réalisées selon un mode opératoire standardisé, soigneusement défini, et présentent les mêmes caractéristiques : un fond neutre, un cadrage serré, une vision frontale du motif qui en aplatit bien souvent le relief. Ainsi le végétal est-il, par l’agrandissement de détails infimes, réduit à des structures abstraites (Matteucia struthiopteris) où dominent les effets de symétrie (Allium Ostrowskianum). Ces formes nouvelles, inédites et comme manufacturées (Equisetum hyemale), souvent proches de l’Art Nouveau, (Adiantum pedatum), frappent l’esprit et suscitent la surprise. L’adjonction d’une légende laconique mais précise (le nom de la plante en latin et en allemand) achève de conférer à ces images, en même temps que l’aspect d’un herbier photographique, une valeur botanique et scientifique (valeur fictive car les plantes sélectionnées l’étaient pour leur esthétique et non pour leurs propriétés intrinsèques).

    Malgré le caractère unique de sa production, Karl Blossfeldt aurait pu rester inconnu sans la publication, en 1928, d’un condensé de ses travaux au sein d’un ouvrage intitulé Urformen der kunst (« Formes originelles de l’art »). Ce livre, regroupant cent vingt études de végétaux reproduites en héliogravure, connut un immense succès et devint un véritable best-seller assurant à son auteur – alors âgé de soixante-trois ans – une renommée internationale. Ce succès s’explique tant par le choix d’un thème universel (celui du monde végétal) que par la beauté rigoureuse des macrophotographies du professeur d’arts appliqués et par la nouveauté et l’objectivité de sa vision. Ce sont d’ailleurs ces deux dernières qualités qui attirèrent l’attention d’une nouvelle génération de photographes qui virent dans ce travail une anticipation de leur propre démarche. Artiste d’avant-garde et professeur au Bauhaus, Laszlo Moholy-Nagy fut séduit par la pureté de la vision photographique de Blossfeldt au point de présenter certaines de ses épreuves lors de l’exposition Film und Foto (1929).
    Fonctionnant sur le principe de la répétition (d’un motif, d’un protocole), l’œuvre de Blossfeldt possède un fort pouvoir de suggestion, sensible au fil des planches de Urformen der kunst. Standardisation, abstraction, géométrie, rigueur des formes, donnent une grande nouveauté et une identité artistique à des images conçues par leur auteur non pas comme des créations autonomes mais comme des modèles pour artistes, des répertoires de formes devant répondre à des critères stricts (fond neutre, frontalité, etc.). La particularité des photographies de Blossfeldt réside dans le fait que des prises de vues empreintes d’une forte objectivité, d’une rigueur scientifique, offrent à l’esprit humain de multiples significations totalement subjectives, de l’ordre de l’émotionnel ou du sensoriel. C’est cette ambivalence qui séduisit des avant-gardes aux visées très diverses, des adeptes de la Nouvelle objectivité (Neue Sachlichkeit) (fascinés par la pureté – fictive – de ces fragments de plantes) aux surréalistes (qui y voyaient autant de formes à interpréter sous un angle psychanalytique).

    La force de suggestion de ces portraits de végétaux a permis à Urformen der kunst de passer directement du statut de recueil de formes décoratives Art Nouveau – ce à quoi Blossfeldt destinait ses épreuves – à l’incarnation de la photographie moderne. Ainsi cette œuvre, qui aurait du, en 1928, être considérée comme désuète – l’Art Nouveau ayant depuis longtemps cédé la place à d’autres esthétiques – fut non seulement perçue comme moderne mais également revendiquée par les tenants des arts appliqués contemporains férus de rationalisme (Moholy-Nagy au Bauhaus). Urformen der kunst est d’ailleurs considéré de nos jours comme l’un des principaux exemples du renouvellement de la vision photographique dans les premières décennies du XXe siècle, au même titre que Métal de Germaine Krull. Un projet traditionnel et didactique mais une démarche moderniste et inédite ont donc fait de Karl Blossfeldt, malgré lui, l’un des principaux représentants de la Nouvelle objectivité allemande dans les années 1920-1930.

    JFC

    Fiches Liées :