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    Modèle B3

    Breuer, Marcel

    Nom

    1927

    Style

    La chaise B3 du designer et architecte hongrois Marcel Breuer, connue depuis les années 1960 sous le nom de Fauteuil Wassily, est incontestablement l’un des meubles les plus iconiques du design moderne. Inspiré du fauteuil club à l’anglaise, la création de Breuer réduit les formes rembourrées du meuble traditionnel à une ossature légère et résistante. Cinq composants en tubes d’acier nickelés, reliés par des vis à tête hexagonale, en constituent le cadre : un seul tube plié forme de larges « patins » sur lesquels repose le fauteuil ; un dossier et un siège, également pliés, viennent s’imbriquer diagonalement dans cette structure ; enfin, deux barres horizontales au niveau des accoudoirs consolident l’ensemble. À la place d’une garniture classique, des bandes de tissu fil glacé – semblable à de la toile mais contenant des fibres d’acier – sont tendues latéralement et cousues autour des tubes. Placées de manière à ce que l’occupant du fauteuil ne touche jamais le cadre métallique, les sept pièces de toile le tiennent en parfaite suspension. Constitué uniquement de lignes, de plans et de vides, le fauteuil évoque néanmoins, par son interaction avec l’espace qu’il occupe, des volumes simples et conséquents – un cube, entravé par un triangle en trois dimensions.

    Le Fauteuil Wassily conservé au Deutsches Historisches Museum, fabriqué en 1927, représente la version la plus aboutie de la chaise B3. En 1925, Breuer, inspiré par le cadre léger et indestructible de son vélo Adler, avait commencé à explorer la possibilité de fabriquer des meubles en tubes d’acier pliés. Faisant appel à la manufacture Mannessmann, il créa un premier prototype fait de neuf pièces soudées tendues de cuir de cheval, que Breuer révisa par la suite jusqu’à parvenir au modèle définitif deux ans plus tard. Ses nombreuses modifications – la diminution du nombre de pièces, le remplacement de la soudure par des vis, le prolongement du dossier par une poignée permettant de déplacer le meuble – visèrent à améliorer la stabilité, l’élasticité et la mobilité de la chaise, et il introduit une gamme élargie de couleurs.
    Si la conception du fauteuil revient entièrement à Breuer, il n’en est pas moins associé au nom du Bauhaus, école d’art et d’artisanat allemande (à Weimar, puis à Dessau) qui joua un rôle inestimable dans l’élaboration de l’architecture et du design du mouvement moderne. Fondée sur le principe de l’union et de l’égalité des arts et métiers, l’institution était organisée en onze ateliers, parmi lesquels la céramique, la sculpture, le verre, les textiles, l’imprimerie, le théâtre et la reliure. En 1920, Breuer intégra l’atelier de menuiserie en tant qu’apprenti, où il réalisa ses premières œuvres en bois et en textile tissé. De retour au Bauhaus en 1925 après un court apprentissage architectural à Paris, Breuer fut nommé professeur de menuiserie par le directeur et fondateur Walter Gropius. Quelques mois plus tard, le Bauhaus présentait le premier modèle de la chaise B3 dans deux expositions, sous le titre enjoué « Le siège abstrait ! ». Wassily Kandinsky, ami et collègue de Breuer, admirait particulièrement le fauteuil (d’où son nom), qui rencontra aussi un succès inattendu auprès du public. Sa fabrication industrielle, prise en charge initialement par la manufacture Standard-Möbel, débuta en 1927 et se poursuivit jusque dans les années 1930. Relancée dans les années 1960, sa production est aujourd’hui assurée par la marque de design Knoll.
    Étant donné la formation de Breuer, il n’est pas étonnant que son fauteuil reflète le style esthétique développé au sein du Bauhaus tout autant que les préoccupations idéologiques de l’institution. Les simples volumes géométriques du fauteuil témoignent de son assimilation du b.a.-ba des principes du design tel qu’on les enseignait alors à l’école – notamment que tout se construit à partir du cube, du carré ou du cercle. Le modèle B3, produit à la chaîne à partir d’un matériau industriel, incarne également l’esprit Bauhaus tel que l’exprimait la devise de l’école (à partir de 1922) : « Art et technique – une nouvelle unité ». Selon une brochure publiée en 1925, une chaise Bauhaus devait satisfaire trois critères : être réalisable en usine (afin d’être abordable pour un large public), avoir une assise confortable et ergonomique et, enfin, représenter le type de meuble qu’on appelle « chaise » – caractéristiques que possède le fauteuil Wassily.

    Au-delà se son affinité avec l’esthétique et la philosophie du Bauhaus, le modèle conçu par Breuer comprenait d’autres nouveautés significatives. Il était notamment le premier meuble jamais fabriqué en tubes d’acier, matériau qui devait se répandre par la suite dans tous les intérieurs modernes. L’utilisation pour la première fois de « patins » à la place de pieds ouvrit également la voie à une nouvelle gamme de meubles plus légers et transparents, comme la chaise cantilever sans pieds arrière.
    L’influence de Breuer ne se limita pas à la conception de meubles mais s’étendit également au domaine de l’architecture. Il quitta le Bauhaus en 1928 et ouvrit un bureau d’architecture à Berlin puis à Londres avant de s’installer définitivement à New York en 1937, où il collabora de nouveau avec Gropius. Or, aussi importants qu’aient pu être ses nombreux projets architecturaux – qui comprennent le bâtiment de l’UNESCO de Paris et le Whitney Museum à New York –, le Fauteuil Wassily demeure son œuvre la plus reconnaissable, symbole de l’introduction de la modernité radicale dans la vie de tous les jours.

    RE

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