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    La mort du soldat républicain

    Friedmann, Endre Ernö

    Nom

    5 septembre 1936

    Style

    Le sujet de cette photographie est tristement simple : fauché par une balle, un soldat espagnol s’écroule dans un pré sur le front de Córdoba (à une dizaine de kilomètres au nord de Cordoue). C’était le 5 septembre 1936, il s’appelait Federico Borrell García et était âgé de 24 ans. À cette même seconde, Robert Capa, jeune photoreporter de 23 ans, vraisemblablement couché dans une tranchée à quelques mètres de lui, saisissait la scène, transformant ce soldat anonyme en une icône des martyrs de la Guerre.

    Expulsé de Hongrie en raison de ses opinions politiques, c’est à son arrivée à Paris en 1933 qu’Endre Ernö Friedmann adopta le pseudonyme de Robert Capa. Fréquentant le milieu artistique de Montparnasse, il se lia d’amitié avec André Kertész qui lui fit prendre conscience des extraordinaires possibilités offertes par un nouveau genre d’appareil photographique (le Leica). Dès août 1936, il quitta Paris afin de photographier le conflit armé qui venait d’éclater en Espagne. Cette guerre civile opposa de juillet 1936 à mars 1939 le camp des nationalistes à celui des républicains. Elle s'acheva par la défaite de ces derniers et la mise en place de la dictature du général Franco (1939-1975). Ce conflit marqua à la fois la naissance du photoreportage de guerre – l’implication de l’opérateur au cœur même du combat, à ses risques et périls – et celle du style personnel de Capa qui se caractérise par des gros plans, un intérêt marqué pour les regards et une volonté de se trouver toujours au plus près de l’action, allant jusqu’à prendre part aux opérations militaires.

    Plus encore que chez Cartier-Bresson, l’instant saisi est ici décisif ; l’homme est à jamais « immortalisé » dans sa chute dans une parfaite coïncidence entre le coup fatal et le déclenchement de la prise de vue. Capa a réalisé ici l’une des premières photographies représentant la mort « en direct » avec une terrible proximité et sans mise à distance. Mais c’est surtout sa très large diffusion dans la presse illustrée de l’époque qui a fait de ce cliché une véritable icône. La mort du soldat républicain est l’une des photographies de guerre les plus mythiques et les plus reproduites de l’histoire et sa puissance d’évocation rejoint celle du Guernica de Picasso (1937). Elle a fait le tour du monde et est devenue, au-delà de son sujet, le symbole des ravages de la guerre et des conflits armés mondiaux. L’hebdomadaire français Vu fut le premier à la publier dès le 23 septembre 1936. De nombreux autres suivirent, en France (Regards, Ce soir) comme à l’étranger (Weekly Illustrated, à Londres ; Life, aux États-Unis).

    Du fait de sa force et de sa célébrité, cette photographie suscita de nombreux débats. Certains voulurent y voir une mise en scène arguant que plusieurs détails manquaient de crédibilité ; d’autres affirmèrent le contraire. Le doute s’installa principalement du fait de l’existence d’au moins une autre photographie représentant un soldat mort et prise exactement au même endroit quelques minutes avant ou après celle du soldat républicain. Or, sur les deux clichés, on ne voit qu’un seul protagoniste ce qui semble, encore aujourd’hui, difficilement explicable. Robert Capa prit lui-même conscience très tôt du caractère exceptionnel de cette photographie. Dès 1938, il la choisit pour faire la couverture de son premier ouvrage, consacré à la guerre d’Espagne et intitulé Death in the Making. Néanmoins, il ne s’exprima qu’une seule fois à propos de cette image et ne leva pas totalement le mystère sur les conditions de sa réalisation. En revanche, dès 1937, il résuma son engagement de photoreporter en ces termes : « En Espagne, on n’a pas besoin de trucs pour faire des photos. Les images sont là, on les capture simplement. La vérité est la meilleure des images… ».

    Par la suite, Robert Capa photographia d’autres conflits historiques toujours avec la même force visuelle et la même puissance psychologique (on lui doit notamment de stupéfiants clichés du débarquement de Normandie auquel il prit part le 6 juin 1944). Fuyant le nazisme, il s’installa aux États-Unis en 1939. Huit ans plus tard, il y fonda l’agence Magnum avec trois autres photographes dont son ami Henri Cartier-Bresson. Il fut tué par l’explosion d’une mine au cours d’un reportage en Indochine en 1954. Ses archives sont aujourd’hui gérées et conservées par l’agence Magnum et l’International Center of Photography (New York). Si l’on connaît aujourd’hui plus de 70 000 négatifs de Capa, celui du soldat républicain n’a jamais été retrouvé. Un ensemble de 3 500 négatifs de la guerre d’Espagne vient toutefois d’être découvert en 2008. Peut-être y trouvera-t-on celui de cette photographie et pourra-t-on ainsi faire toute la lumière sur les circonstances exactes de la réalisation d’une des plus célèbres photographies de guerre.

    JFC

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