Les Avant-Gardes

Index par termes liés

Mots clefs

  • avant-garde
  • machine
  • dada
  • cubisme
  • géométrie
  • mouvement
  • industriel
  • carte europe
    • origineOrigine géographique
    • circulationAires de circulation
    • conservationLieu de conservation actuel
    zoom-carte

    Les fiches les plus recommandées sont :

    Le ballet mécanique

    Léger, Fernand

    Nom

    1924

    Style

    Le Ballet mécanique est un court-métrage réalisé par Fernand Léger et le cinéaste américain Dudley Murphy en 1924, auquel a également participé l’artiste Man Ray. Destiné à prolonger cinématographiquement les recherches picturales de Léger sur les éléments mécaniques, le film se présente comme une succession animée de prises de vues d’objets usuels, de machines, de visages humains, souvent en gros plan. Certaines difficultés techniques ont contraint les auteurs à sortir le film dans une version muette, mais il fut ensuite sonorisé par le compositeur Georges Antheil en 1926. L’absence apparente de scénario et de construction narrative, le traitement des images ainsi que la forte inspiration machiniste font de ce court-métrage une œuvre qui s’inscrit directement dans l’émergence du dadaïsme au cinéma au début des années 1920.

    Une marionnette cubiste de Charlot gesticule à l’écran, sorte de composition animée de figures géométriques en noir et blanc. Le générique annonce : « Charlot présente Le Ballet mécanique ». Une femme se balance sur une escarpolette, filmée en gros plan. Changement de plan, trois bouteilles en verre apparaissent en très gros plan, puis un chapeau en forte plongée, un sourire humain maquillé ou des roues dont le mouvement circulaire est accentué par un long travelling. Le balancier d’une horloge filmé de très près introduit le plan suivant : la femme que nous avions vue au début est maintenant filmée en très forte plongée . L’impression de mouvement perpétuel, illustrée par l’analogie entre la balançoire et le balancier, est maintenue dans la suite du court-métrage grâce à l’utilisation du kaléidoscope. Les plans sont souvent construits autour du principe du reflet multiple. Une simple vue d’un écrou devient chez Léger, aidé par Man Ray, une composition graphique en mouvement, la glorification visuelle d’un élément très simple.
    Des objets usuels (couvercles de casseroles, bouteilles, chapeaux) et mécaniques (roues, machines industrielles, engrenages) se côtoient au milieu de visages et de fragments humains (jambes artificielles, yeux, sourires). Le montage est rapide, rythmé, les angles de prises de vue souvent perturbants, biaisés, en coin ; les mouvements de caméra accompagnent ceux des objets filmés. La caméra suit le mouvement d’une balançoire ou au contraire s’arrête pour mettre en exergue celui d’un engrenage mécanique.

    Si les nombreuses possibilités techniques offertes par le cinématographe ont été utilisées par Léger et Murphy, c’est surtout l’emploi particulier du cadrage qui donne sa force esthétique au film. Jouant avec le gros plan et avec le travelling avant/arrière (l’ancêtre du zoom), Léger met en mouvement les éléments filmés. Le cinéma lui permet ici de prolonger ses recherches picturales sur l’objet, entamées sur un mode cubiste puis poursuivie au sein du mouvement Puristes aux côtés d’Ozenfant et Le Corbusier. Fernand Léger dira d’ailleurs : «l’erreur de la peinture c’est le sujet, l’erreur du cinéma c’est le scénario».
    Fortement inspiré par les films d’Abel Gance, La Roue (1923) notamment pour lequel il a réalisé l’affiche, Léger souhaite que son passage au cinéma serve également à exprimer sa fascination pour l’ère industrielle et le développement technologique – positionnement très proche de celui de son contemporain Hans Richter par exemple. Le rapport de l’humain et de la machine est ainsi très prégnant dans Le Ballet mécanique, qui illustre la coprésence de l’homme et de la machine et la possibilité de leur coexistence pacifique ; Léger se réclame alors d’une nouvelle esthétique, qui traiterait de manière identique tous les éléments visuels. L’exploitation technique d’un nouvel outil comme le cinéma afin de témoigner de son intérêt artistique pour le progrès technologique est une idée chère à Léger, qui continuera par la suite à travailler pour le Septième Art. Si son collègue Richter y a trouvé en un moyen de prolonger son travail sur le mouvement, Léger y voit plutôt un vecteur nouveau pour ses recherches sur le machinisme et la mécanique, thématiques dont plusieurs dadaïstes s’écartent au moment où il réalise son film.

    Aujourd’hui considéré comme l’instigateur d’un cinéma non-narratif, Le Ballet mécanique jouit d’une reconnaissance critique importante qui l’impose comme une des œuvres d’avant-garde les plus importantes de l’histoire du cinéma.

    CD

    Fiches Liées :