Les Avant-Gardes

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    Wiene, Robert

    Nom

    1919

    Style

    Le Cabinet du docteur Caligari est un film long-métrage tourné en Allemagne par le réalisateur Robert Wiene en 1919. Le film est produit par Erich Pommer pour la Decla-Bioscop, petite entreprise qui intégra en 1921 la UFA, la plus grosse société de production allemande de l’époque. On doit le scénario à deux artistes allemands alors peu connus, Hans Janowitz et Carl Meyer, qui pour écrire l’intrigue se sont inspirés d’un fait divers survenu en 1918 ainsi que de leurs propres expériences. Sorti juste après la Première Guerre mondiale, Caligari témoigne d’une période tourmentée et des révolutions artistiques qui la caractérisent. Œuvre emblématique de l’expressionnisme cinématographique, d’aucuns ce film initiait un style propre que certains ont même voulu désigner sous le terme de « caligarisme ».

    Le film peut être décomposé en six actes et un épilogue, des marquages apparaissant dans l’œuvre sous la forme de cartons. L’histoire est faussement simpliste. Caligari (Werner Krauss) est un hypnotiseur qui circule de foire en foire pour présenter sa nouvelle attraction, un somnambule prénommé Cesare (Conrad Veidt), totalement sous l’emprise de son maître. Mais dans la ville d’Holstenwall où ils sont installés, de mystérieux meurtres sont commis et Cesare est rapidement suspecté par l’un des habitants et ami de deux des victimes, Franz (Friedrich Freher), qui est également le narrateur de l’histoire. Partant en chasse contre Caligari qu’il soupçonne de commanditer ces crimes, Franz réussit à le faire arrêter et à prouver sa culpabilité. Mais un retournement imprévu de situation intervient à l’acte 6 : Caligari se trouve être en réalité le directeur d’une clinique psychiatrique où Franz est interné. Ce sont donc les hallucinations d’un fou que nous avons suivies depuis le début du film, qui déformait son propre environnement.

    Si la structure de l’histoire reste à distance des expériences les plus avant-gardistes (la production, qui voyait en le scénario original une vision trop subversive de la société, imposera le retournement de situation final), c’est la dimension esthétique du film qui en fait une œuvre majeure. Tourné en noir et blanc mais sorti dans une version teintée sur les écrans, le film est centré sur l’évolution de figures aux personnalités exacerbées dans un environnement typiquement expressionniste. Les décors ont été construits par trois artistes allemands issus du mouvement pictural Die Brücke : Walter Rohrig, Walter Reimann et Hermann Warm. Ce dernier eut un rôle prépondérant dans la conception des maquettes et des toiles peintes, refusant toute continuité visuelle entre les différents espaces scéniques, en récusant tous les codes et repères filmiques affectionnés jusqu’alors par les cinéastes. Dans la ville de Holstenwall, les perspectives sont volontairement trompeuses, les angles des bâtiments abrupts et irréguliers, les trajectoires déviantes, les ombres menaçantes, les contrastes exagérés ; l’urbain côtoie de près la nature sauvage, selon un mélange qui rappelle les sources gothique et fantastique de l’expressionnisme cinématographique. Les effets visuels développés dans le film sont une parfaite hybridation entre les codes expressionnistes picturaux – qui s’étaient affirmés dès avant la guerre grâce aux artistes des groupes Der Blaue Reiter et Die Brücke, en traduisant plastiquement les sentiments intérieurs – et l’instigation d’un expressionnisme cinématographique, qui s’attache à la projection visuelle des sentiments des personnages, dont les pensées apparaissent notamment en surimpression. L’importance accordée aux personnages est assez révélatrice : si ces derniers adoptent quelques traits stéréotypés destinés à faciliter leur identification par le spectateur (le haut de forme de Caligari pour signifier son origine bourgeoise), c’est surtout leurs déplacements dans l’espace qui sont expressionnistes. Tour à tour mécaniques ou exagérément fluides, les personnages s’intègrent parfaitement à ce décor sur-expressif.

    La réalisation devait être au départ confiée à Fritz Lang, mais occupé par le tournage des Araignées et peu enclin à suivre les élucubrations expressionnistes des trois peintres, il refusa la proposition et laissa Wiene tourner le film. Plastiquement, ce dernier possédait déjà toute sa cohérence et la réalisation ne devait que mettre en mouvement les travaux graphiques des décorateurs. C’est donc tant au travail de Hermann Warm qu’à celui de Robert Wiene que l’on doit la force visuelle du film, élément majeur de son succès public et critique, et qui explique son inscription profonde dans l’histoire du cinéma.

    CD

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