Les Avant-Gardes

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    Un chien andalou

    Buñuel, Luis

    Nom

    1929 et 1961 pour la sonorisation

    Style

    Écrit et réalisé en six jours par le réalisateur espagnol Luis Buñuel et le peintre Salvador Dali en 1928, Un Chien andalou est l’emblème du surréalisme cinématographique. Récusant toute construction narrative classique, les auteurs ont choisi de travailler sans scénario, à partir d’un mode d’écriture automatique proche de celui du « cadavre exquis ». Le film a connu toutes sortes d’interprétations et de critiques, mais reste aujourd’hui considéré comme une œuvre majeure de l’histoire du septième art, témoignant de la richesse du lien entre art pictural et cinéma.

    Un court prologue dans lequel Buñuel joue lui-même situe le début de l’action. Dans un appartement citadin, un homme, cigarette aux lèvres, affûte un rasoir pour trancher le globe oculaire de sa compagne. Première image forte du film, cette scène en deviendra le symbole. Si cohérence narrative il y a, il semble que le fil directeur de l’intrigue soit le parcours d’un homme pour retrouver la femme objet de son désir (celle qui figure dans le prologue). Huit ans après, la femme reçoit chez elle la visite d’un homme déguisé en gouvernante, dont la main se remplit de fourmis qui semblent sortir de son propre corps, pour se fondre en un duvet pileux évoquant une aisselle féminine. Puis dans la rue devant l’appartement, une foule de badauds regarde une main coupée posée sur l’asphalte, manipulée par un hermaphrodite forcé par la police de la ranger dans une boîte. Il se fait renverser par une voiture un instant après. Se succèdent ensuite pendant un quart d’heure des saynètes aux liens souvent flous, mettant en scène les mêmes personnages dans des univers étranges et incongrus. Le film se clôt finalement par les retrouvailles funestes de l’homme et de la femme, dont nous voyons les corps ensablés jusqu’à la tête sur une plage au printemps.
    Plus que les motifs présents dans le film, c’est d’abord la construction narrative avec son scénario improbable et laborieusement descriptible qui est directement surréaliste. Si des cartons font faussement office de marqueurs de la temporalité, celle-ci dépasse toute réalité (on saute huit années pour revenir ensuite seize ans auparavant) ; les ellipses sont incohérentes et le montage bien qu’extrêmement maîtrisé complètement irrationnel .
    Né des rêves de Buñuel et de Dali (respectivement les fourmis sortant de la paume d’une main et l’œil tranché), Un Chien andalou regorge de figures typiquement surréalistes évoquant directement les recherches plastiques du peintre. Le piano à queue qui intervient au milieu du court-métrage est notamment présent dans Guillaume Tell (1930) ou encore dans Tête de mort atmosphérique sodomisant un piano à queue (1934). Ce dernier est lui-même relié à un cercueil que l’on peut retrouver dans Fontaine nécrophilique coulant d’un piano à queue (1933) par exemple. De même, les fourmis (Le Grand masturbateur, 1929) ou la référence au peintre Vermeer sont des indices forts des obsessions artistiques de Dali. D’autres motifs sont plus liés à Buñuel, comme les ânes morts, les curés, le sang, le corps humain et ses différents organes. Mais si l’atmosphère surréaliste qui investit l’œuvre est très prégnante, ce n’est qu’après la sortie du film que Buñuel se revendiqua de cette école et fit la connaissance d’André Breton, Man Ray ou Louis Aragon. Adoubé par ces artistes dès sa projection, Un Chien andalou fut très vite érigé comme le point d’orgue des recherches cinématographiques surréalistes.

    Le film a donné lieu à d’innombrables interprétations que les auteurs ont toutes récusées, justifiant leurs propos par l’idée que le film n’en réclame aucune. Simple rêve filmé selon ses auteurs, qui ne recèle pas de signification cachée, le court-métrage est une compilation des idées saugrenues et amusées des deux artistes qui ont écrit leur film comme un jeu d’illusions visuelles décalées. Si le film aborde des thèmes essentiels pour leurs auteurs comme les tabous religieux, l’ambiguïté sexuelle, le fantasme et la notion de désir, de frustration ou de perversion, il ne reste à leurs yeux que la simple expression de leurs délires artistiques.

    Réunion fructueuse d’un peintre et d’un cinéaste, Un Chien andalou marque également une étape importante dans le développement de la carrière cinématographique de Salvator Dali. Attiré par ce medium après avoir vu Der Müde Tod (Les Trois Lumières, 1921) de Fritz Lang, Dali participa par la suite à plusieurs projets cinématographiques, notamment avec Hitchcock pour qui il a réalisé les scènes de rêves de Spellbound (La Maison du Docteur Edwardes) en 1945.

    CD

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