Les Avant-Gardes

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    Spellbound

    Hitchcock, Alfred

    Nom

    1945

    Style

    Spellbound est un film long-métrage tourné en 1945 aux Etats-Unis par le réalisateur d’origine britannique Alfred Hitchcock. Réunissant des acteurs célèbres comme Ingrid Bergman et Gregory Peck, le film suit la relation d’un homme amnésique et schizophrène et d’une jeune psychiatre, qui deviendra sa thérapeute au cours de l’intrigue. Si Spellbound est souvent présenté comme l’un des films les plus intéressants sur les rapports entre le cinéma et la psychanalyse, il est également admiré pour ses qualités graphiques et esthétiques. Située au milieu du film, une séquence en particulier témoigne de la profonde modernité du film et des liens étroits entre art cinématographique et art pictural : la scène surréaliste illustrant les rêveries du patient, pour laquelle Hitchcock a sollicité les talents de Salvador Dali, artiste européen et ami.

    Cette séquence peut être décomposée en quatre parties. La première est un récit-cadre, où l’on voit le patient prêt à raconter son rêve de la nuit à ses deux thérapeutes, installés dans un fauteuil. C’est sur cet échange que la séquence débute et s’achève ; il sert de motif pour introduire chacune des trois autres parties. Chacune de ces parties correspond au rêve du patient. Correspondant aux trois phases du rêve, elles sont réalisées suivant le même mode, notamment marqué par les mouvements de caméra, les angles de prise de vue, le choix de l’éclairage et des contrastes ainsi que par la touche artistique de Dali, qui a participé à la conception et à la scénographie des décors.

    Alors que la voix-over du patient qui raconte son rêve occupe tout l’espace sonore, les images défilent pour illustrer ses propos. Placé par le réalisateur dans l’esprit même du patient, le spectateur peut habiter son rêve que les thérapeutes ne peuvent quant à eux percevoir qu’à travers son exposé oral. Ce choix stratégique d’Hitchcock constitue un moyen fort d’inclure le spectateur dans le déroulement du film. L’illustration du rêve débute par un lent travelling avant, dévoilant une salle de restaurant occupée par de nombreux convives. Le plan est alors encadré par de grandes tentures peintes par Dali, représentant d’énormes yeux qui fixent tous le patient (ou le spectateur, cette phase étant tournée en caméra subjective) ; cette idée avait par ailleurs déjà été utilisée en 1929 par Dali dans Un Chien Andalou. On voit une femme passer et embrasser tous les invités (elle ressemble singulièrement à la thérapeute du patient, incarnée par Bergman), tandis qu’un maître d’hôtel empoigne de gigantesques ciseaux et coupe les tentures suspendues. Ce personnage casse ainsi le cadre imposé par les tentures, conduisant à une première libération psychologique. Cette déconstruction du plan symbolise l’effet cathartique que produit chez le patient le récit de son rêve. Le travelling simule l’intrusion dans son esprit, le cadre évoque la censure du surmoi et l’action des personnages du rêve représente la cure psychanalytique. Le choix par Hitchcock des décors surréalistes de Dali (yeux énormes aux contours fluides et coulant, des ciseaux démesurés à la brillance exagérée) est en parfaite adéquation avec sa volonté de traiter le thème du rêve.

    Les deux phases suivantes reprennent les mêmes codes filmiques – lent travelling avant pour simuler l’intrusion dans l’esprit du patient, des décors très prégnants –, à quelques différences près. La deuxième phase du rêve a été tournée dans un imposant décor aux angles tranchés, aux courbes froides et abruptes, conçu par Dali et dont les effets sont accentués par les contrastes et angles de prise de vue choisis par Hitchcock (une légère contre-plongée au début qui fait place à une forte plongée). L’ambiance est sombre, les ombres qui se dessinent presque expressionnistes. Le patient raconte qu’il est alors attablé et joue aux cartes avec un vieil homme, bientôt rejoint par un bourreau masqué symbolisant la banque. le Les choix filmiques reflètent parfaitement le changement émotif chez le patient qui s’opère alors.
    La dernière phase du rêve diffère des autres en cela qu’elle est la seule à être tournée en caméra objective ; le patient fait donc partie des images qui défilent et y est pleinement intégré (nous l’entendons alors en voix-off). Filmé en très forte contre-plongée, le plan le présente fuyant un immense oiseau, puis croisant dans sa course un homme masqué jetant devant lui une roue, dont la forme rappelle fortement des motifs célèbres des peintures de Dali tels ceux des Montres Molles.

    L’appel à un artiste surréaliste qui avait déjà plusieurs fois travaillé pour le cinéma, afin de restituer plastiquement l’ambiance particulière d’un rêve donne une force un grande force au film et permet de matérialiser le domaine onirique ; il témoigne de l’assimilation des avant-gardes et de l’intérêt envers leurs modes de représentation, à la sortie de la seconde guerre mondiale en 1945.

    CD

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