Les Avant-Gardes

Index par termes liés

Mots clefs

  • parchemin
  • machine
  • plan
  • diffusion
  • voyage
  • dessin
  • nature
  • cathédrale
  • inscription
  • carte europe
    • origineOrigine géographique
    • circulationAires de circulation
    • conservationLieu de conservation actuel
    zoom-carte

    Les fiches les plus recommandées sont :

    Album de Villard de Honnecourt

    de Honnecourt, Villard

    Nom

    Vers 1230

    Style

    L'album de Villard de Honnecourt est l'un des documents graphiques les plus exceptionnels que le Moyen Âge nous ait légué. La rareté des documents de l’époque gothique conservés jusqu'à aujourd'hui ne fait qu’augmenter son intérêt.
    Cet album, ou plutôt ce carnet – son format est très réduit – est constitué d'un ensemble de petits cahiers de feuilles de parchemin reliés entre eux par des coutures et une couverture en cuir. On compte trente-trois folios recto-verso numérotés de 1 à 33 au XIXe siècle par l'architecte Lassus. Des lacunes sont à déplorer : il semble que des feuillets aient été arrachés dès le XIVe siècle. On estime que le manuscrit est aujourd'hui amputé de près de la moitié de son contenu originel.
    Les sujets représentés sont divers, se succèdent des dessins de figures (hommes, animaux) et des motifs décoratifs d'une part, des projets ou des relevés de machines, des figures de géométrie élémentaire, plans, élévations et coupes d'édifices d'autre part. Des commentaires, qui ne sont pas tous de la main de Villard et même bien souvent postérieurs à sa vie, lient ces images entre elles, les explicitent, au risque de nous tromper quant à leur signification.
    Ce que l’on sait sur l'auteur tient aux indices que nous a livrés son carnet. Architecte, maître d'œuvre ou maître d'ouvrage ? Il est difficile de trancher, d'autant que le statut même de l'architecte au Moyen Âge demeure mal connu. On sait néanmoins que Villard était originaire de Picardie, à la croisée des chemins menant à Cambrai, Laon, Reims, Meaux et Chartres. D'après les mentions et les relevés architecturaux que contient son carnet, il a visité ces villes aux imposantes églises et cathédrales. Peut-être même y a-t-il travaillé. Son statut d'artiste ne peut être réfuté : ses dessins sont d'une grande qualité et d'un trait sûr. Une mention précise qu'il a travaillé à un édifice en collaboration avec un certain Pierre de Corbie. Enfin, la dédicace que porte l'ouvrage précise que son travail manuscrit était destiné à ses successeurs, livrant des informations concernant différents domaines comme les méthodes de construction (maçonnerie, charpente, machines), le dessin et plus particulièrement les tracés géométriques. Villard de Honnecourt se pose ainsi en artiste, mais se considère aussi comme un pédagogue, soucieux de diffuser les connaissances et les méthodes de son temps.

    À une époque où l'Europe développe la mécanisation, en plein âge d'or des cathédrales, le carnet de Villard apparaît comme un témoignage de la circulation des modèles et des techniques d’architecture. Les élévations de façade, les relevés de motifs décoratifs, tel celui de la rose au verso du folio 15, les différentes machines en bois, comme au revers du folio 22, mais aussi les dessins de figures, sacrées ou profanes, qui répondent à des types bien précis (Cène, martyrs avec décollation, lutteurs...), constituent avant tout un matériel documentaire dédié aux artistes, aux artisans et aux ingénieurs de l'époque.
    Cette circulation des modèles et des techniques à travers l'Europe fut rendue possible grâce à la circulation des artistes. Des inscriptions du carnet nous permettent de penser que Villard séjourna à Lausanne ainsi qu'en Hongrie, où il écrit être resté « maints jours ». Des traces de l'influence du gothique français du début du XIIIe siècle sont attestées à Leyden ou à Kosice. Peut-être Villard y avait-il suivi des moines cisterciens et avait-il servi de conseiller sur ces chantiers si éloignés de la Picardie.
    À ce titre, le carnet de Villard de Honnecourt témoigne d'un fait capital : l'omniprésence des images nous renseigne sur les modes de transmission du savoir dans un monde en majorité composé d'illettrés. Le dessin était un moyen de prolonger le discours et de lui offrir un support identifiable et compréhensible. Il semble aussi significatif que ce carnet ait été rédigé en langue vulgaire et non en latin, ce qui dénote, de la part de l'auteur, un réel désir de communication avec ses égaux et ses successeurs.
    Villard de Honnecourt se situe ainsi dans une lignée qui relie les traités médiévaux de vulgarisation des techniques (comme celui du moine Théophile, daté du XIIe siècle) à ceux des praticiens experts du XVe siècle, au premier rang desquels figure Léonard de Vinci.
    On notera enfin la présence d'une volonté de naturalisme dans le manuscrit. Le lion représenté au verso du folio 24 aurait ainsi été dessiné d'après nature (al vif). Les ornements végétaux du recto du folio 5 s'emparent des visages dans un jeu formel typique du gothique qui s’attache tant à l'humain qu’au monde végétal.
    Ce naturalisme, conjugué à la connaissance de modèles antiques visible dans le traitement des drapés et des corps, ancre résolument l'album de Villard de Honnecourt dans l’épanouissement du gothique du premier quart du XIIIe siècle.

    BB

    Fiches Liées : Cathédrale Notre-Dame de Laon